Le point de vue d'editions n° 38FR d'AJ – 1ère partie.

L’efficacité de l’esthétique en aïkido – 1ère partie.


André Cognard à bourg Argental – 2011.

L’éthique et l’esthétique sont indissociables et indispensables pour produire un geste efficace. Mon maître me disait : Pour qu’un geste soit efficace, il faut qu’il soit beau. Pour qu’il soit beau, il faut qu’il rende compte de l’harmonie universelle.
Bien évidemment, cela nous écarte de la victoire à tout prix et par n’importe quel moyen. Cela nous projette dans une dimension qui outrepasse la conception de l’efficacité guerrière au sens strict, même si celle-ci ne peut exclure complètement la dimension esthétique. Il est clair qu’une des substructions du budo se trouve dans cette dimension esthétique. O Sensei a nommé son art aikido et le vocable ai est affligé d’une certaine polysémie qui nous inscrit dans un champ sémantique compris entre l’harmonie, la rencontre et l’amour. L’équivoque qui persiste entre ces trois paradigmes nous en impose un quatrième qui les contient tous les trois. Mettre en relation ce cadre avec celui défini par « éthique esthétique efficace » est une tentation à laquelle je n’entends pas résister. Comment la dysharmonie pourrait-elle produire la beauté ? Comment l’amour ne serait-il pas sous les auspices de l’éthique et comment le sentiment esthétique pourrait-il ne pas être modérateur de soi (je ne m’autorise pas ce qui n’est pas beau), révélateur d’une prescience de l’harmonie et pierre fondatrice d’une l’éthique consubstantielle de toute relation.
L’efficacité comme la beauté sont dépendantes d’une certaine pureté, un dépouillement révélateur du langage universel. O sensei a désigné toute pratique d’aikido comme étant un misogi. Misogi no jo, le jo purificateur, misogi no ken… Il a tout aussi clairement donné à l’aikido le sens de langage universel et de voie spirituelle. Ce qui est dit ou montré par l’aikido fait de nous l’acteur de l’être en soi. Comment pourrait-on alors séparer la dimension éthique de celle de spiritualité ? Comment ne pas voir non plus à quel point le sentiment spirituel a inspiré l’art, depuis l’âge des cavernes jusqu’à nos jours ? Les plus beaux gestes musicaux sont des œuvres sacrées, les plus grandes peintures sont des icônes, et l’art, même quand il se dit profane, est la célébration de l’univers, l’expression de la beauté fondamentale, celle de l’équilibre de l’espace temps, celle de l’harmonie entre l’intérieur et l’extérieur, et même l’effraction est révélatrice des profondeurs et à travers elles, de la structure universelle, de son unité et de sa tenségrité.
 
Un des critères absolus pour Kobayashi Sensei était : être droit.
Cela permet de mettre en évidence la rencontre entre les espaces verticaux, horizontaux et longitudinaux, c’est-à-dire de rendre compte de la spatialité universelle, de l’espace comme substance. Cela signifie aussi intégrer ces trois dimensions et vivre dans un monde repéré, ce qui contribue à la lucidité et à la sérénité. Ce sont là deux outils indispensables à l’efficacité.
Etre droit, c’est do …

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