Farouk Benouali


pendant notre entrevue - 2014 à Lyon.

Après notre première conversation, nous avons convenu de la rencontre d’aujourd’hui - à cette époque, tu avais déjà reçu une lettre peu aimable de la FFAB. Tout à l’heure, tu parlais d’un week-end désagréable à Bras, à l’Ecole nationale d’aïkido de la FFAB. Que s’est-il passé à Bras ?

Nous nous étions vus au mois d’octobre, la veille de la venue de Léo ici, quand j’avais reçu un courrier de la Fédération me disant qu’ils trouvaient anormal, incompréhensible que j’organise un stage, moi qui fais partie de la FFAB, avec Léo qui l’a quittée. Je leur avais répondu convenablement, en leur disant que c’était un stage d’ouverture, comme nous en faisons; de plus Léo est un ami, et c’est vraiment dans un cadre amical que nous le faisons, d’échange et de partage, comme l’exige l’esprit des budo. Cette réponse a semble-t-il été mal perçue, puisque deux semaines après, lorsque je suis descendu en stage des hauts niveaux à Bras – c’est le stage où ils déterminent l’obtention ou non de notre 5ème ou 6ème dan – le soir même, à la fin du repas, alors qu’il restait une poignée de personnes, dont des cadres de la FFAB – Claude Perrin, Serge Sans, Robert Le Vour’ch, Carlo Andolfi, le médecin fédéral, Xavier Dufaut, au début, et Serge Pouliquen, qui vient de Bretagne, nous nous racontions des anecdotes sur le budo, des blagues… tout en sirotant café, thé, whisky… et à un moment, Claude Pellerin m’interpelle en me disant qu’il me trouvait extrêmement intéressant, en tant que personne, mais qu’il souhaitait me dire quelque chose d’important pour lui. Je lui ai demandé de quoi il s’agissait, et il m’a alors traité de faux-cul.
Je voudrais ici relater le plus exactement possible l’échange que nous avons eu après cette entrée en matière.
Je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi, et sur quoi il s’appuyai pour dire cela, et il m’a répondu : « nous pensons que si on te donne le 5ème dan, tu vas quitter la Fédération ».
Je lui ai dit alors que dans mon esprit, il n’était pas question que je quitte la Fédération ; j’ai deux clubs, j’ai des élèves, dont certains qui veulent passer des grades dan, et il n’est donc pas question de cela.
En revanche, ai-je ajouté, puisque tu abordes la question de cette façon avec moi, eh bien oui, je vais peut-être la quitter, la Fédération, si vous vous y prenez comme ça. Posez-moi directement les questions, au lieu de supposer en coulisses, entre vous.
Je lui ai dit que selon moi, cette conversation aurait dû avoir lieu entre quatre yeux, entre lui et moi, et non pas devant les autres. Il s’est mis alors à montrer du doigt chacun, en disant : « lui, j’ai confiance, lui, j’ai confiance, lui j’ai confiance… », et il a ajouté : « on sait que tu es sympathisant, ou que tu fais partie de Mutokukaï ».
J’ai répondu que ce n’était un secret pour personne. Toutes ces personnes – Tiki, Stéphane, Yamada, Daniel Leclerc, Dominique Pierre…  – cela fait des années que je les connais et que je les suis, depuis quasiment le début de mon parcours. J’ai commencé l’aïkido en 1993, et j’ai connu Tiki en 1996. J’ai beaucoup suivi ses cours, que ce soit en aïkido, en iaï, en ken, ceux de Stéphane, toute la fine équipe, si l’on peut dire. Donc, tout simplement, Mutokukaï, ce n’est pas une fédération, c’est une association, une association de copains, dans laquelle on ne fait pas de politique. Ce qui compte, c’est la pratique. C’est comme si je faisais partie de SOS amitié tout en faisant de l’aïkido, comme si j’étais d’une certaine obédience religieuse, ou que j’étais franc-maçon tout en faisant de l’aïkido…
Mon sentiment, et je le lui ai dit, c’était : « de quoi je me mêle ? Je pratique aussi d’autres budo que l’aïkido, entre le iaï, le iaïjitsu, le kenjitsu, et maintenant je  m’intéresse aussi au shindo budo ».
Il m’a dit alors que je faisais trop de budo, que je me dispersais.
J’ai répondu « mais tu ne me connais pas, pour qui te prends-tu, de me dire cela ? »
- mais non, mais dès qu’on fait trop de choses…
- pour moi c’est la même chose, Maitre Tamura lui-même disait que la pratique du sabre, il ne faut jamais la dissocier de l’aïkido. Et relis le traité des cinq roues de Myamoto Musashi… je ne sais pas…
- mais il faut choisir une voie, il faut faire des choix dans la vie…
J’interprète peut-être en disant cela, mais l’idée que cela me donnait, c’est que selon lui, on ne peut pas être ami avec tout le monde, qu’il faut choisir les personnes qu’on suit… Il me reprochait de suivre des infréquentables, c’est vraiment le terme.
Et de fait, ils sont « infréquentablement compétents » …
Claude commence alors à me parler de Léo Tamaki :
- la Fédération t’a écrit une lettre pour te dire que c’est inadmissible que tu fasses un stage avec lui ».
- Mais Léo Tamaki, c’est un ami … un ami ! Il faudrait qu’il arrête l’aïkido pour que vous acceptiez mon amitié avec lui, et que tout se passe bien ? Oui, nous faisons des stages ensemble.
Il continue :
- la Fédération t’a écrit, tu leur as répondu. Tu nous as envoyé ton courrier de candidature pour le stage, tu as demandé à être mis en situation… Nous avons un peu considéré cela. On ne veut pas te mettre en situation, notamment par rapport à Léo…
- et aussi Mutokukaï et Tiki [Shewan] …
Il ne répond rien, mais il reprend :
- et Léo Tamaki, pour qui il se prend, de dire que Maitre Tamura, avant de mourir, l’estimait. Pour qui se prend-il, de se vanter de tout ça, et ce n’est pas vrai, il ment…
- cela, ce que Maitre Tamura a pu lui dire, c’est entre eux ; tout comme toi, il t’a fait des remarques, ou il t’a fait des éloges, je ne sais pas, c’est entre vous.


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