Raymond Bisch

Je suis venu ici, j’ai fait de l’ostéopathie, j’ai étudié ce qui m’intéressait.


… pendant notre entrevue à Paris 2012.

Je n’ai jamais fait d’article sur l’aïkido ; d’abord, parce que tout a déjà été dit, et ensuite, parce que ce qui est écrit et ce que l’on voit, c’est un peu différent
Les gens prennent dans les livres, ils répètent les phrases, et il n’y a pas de ressenti, pas de perfection. On joue au samouraï, on joue au Japonais… ce n’est pas ma conception. Ma conception, c’est l’utilisation d’un mouvement ; ce n’est pas ikkyo qui m’intéresse ; c’est  le mouvement par lui-même, ce qu’il peut amener au niveau du corps, au niveau de la posture, toutes les réactions biomécaniques et ce que cela peut engendrer sur le corps humain. Pour moi, la technique n’est qu’un moyen, mais elle doit être faite correctement, on doit la respecter. Mais chacun a des adaptations différentes.

Les gens jouent aux arts martiaux, ce n’est pas ma conception. Des techniques comme ikkyo, shiho nage, kote gaeshi ont des variations de courbes qui permettent d’arriver à un développement, une perception du mouvement très intéressante pour le corps humain, pour l’humain, même. C’est ce qui devrait être, d’ailleurs.
C’est pour cela que je ne peux pas être en harmonie avec les fédérations, qui veulent enseigner des mouvements quand moi je veux utiliser les mouvements.

Quand avez-vous commencé l’aïkido ?
En 1970, rue Constance, avec maître Noro.

Pour quelle raison ?

j’en avais entendu parler un peu, mais le mot m’avait toujours intéressé : aï-ki-do, c’était un mot qui m’accrochait.

vous aviez fait autre chose, avant, d’autres arts martiaux ?

j’ai fait du foot, jusqu’à 20 ans. Je voulais être professionnel, mais ça n’a pas marché. Et puis j’ai eu des problèmes d’articulations, donc j’ai dû arrêter. J’étais dans un état assez lamentable sur le plan physique,  je ne pouvais plus courir… bref en 1966, quand je suis sorti de l’armée, j’ai rencontré une femme, qui a été ma femme pendant plus de 43 ans ; elle connaissait un kinésithérapeute, avenue d’Eylau, à Paris, qui faisait beaucoup d’assouplissements, et du hata yoga. Je suis allé le voir, et j’ai travaillé avec lui pendant des années, et par lui j’ai été en contact avec des danseurs-étoiles de l’Opéra de Paris. J’ai appris à bien placer le corps, le pied, comment dérouler… un sens du mouvement très pointu, parce qu’avec des danseurs de l’Opéra, on ne peut pas faire n’importe quoi.

Donc j’ai eu la chance de travailler avec ces gens-là, et après je suis allé chez maître Noro faire de l’aïkido, tout en continuant avec ce kinésithérapeute – Boudine, il m’a beaucoup aidé – et en même temps cela a été le parallèle avec l’aïkido de maitre Noro, rue Constance, au moment où il commençait à avoir une conception différente. Il disait : non, ce n’est pas ça, il faut faire autrement, et autre  chose…  Il y a eu tous les problèmes avec la Fédé… Nous sommes partis rue des Petits hôtels, où il a complètement tout changé. Le dojo était plus grand, et c’est là que nous avons fait la classification : cours initiation 1, 2, 3, 4, et 5.
Cela, c’était intéressant, je crois que c’est la meilleure classification.

Initiation 1, ce sont les gens qui n’ont jamais pratiqué ; il n’y a que les assouplissements, les préparations… à l’époque, il n’y avait que lui et moi qui donnions les cours d’initiation 1. Puis il disait aux gens : « vous êtes autorisé à passer à l’initiation 2 ». Là, on travaillait beaucoup plus  les déplacements, on commençait à travailler les techniques d’une façon très souple, la façon de suivre, la façon de marcher sur le tatami, et c’était très intéressant.
Après, les gens pouvaient passer au cours initiation 3, puis 4, 5, puis au cours supérieur.
Ce qui était intéressant, c’est qu’il y avait beaucoup d’heures de cours – il y avait une quarantaine d’heures de cours, à l’époque – et que ceux qui venaient aux cours supérieurs, initiation 4, 5, venaient quand même aux cours initiation 1 ou 2, où ils avaient toujours la possibilité de travailler la souplesse, ce qui fait que nous avions des pratiquants qui arrivaient à travailler au minimum une quinzaine d’heures par semaine, et qui avaient une forme de corps tout à fait différente.

J’y suis resté jusqu’en 1977, puis j’en suis parti, et j’ai monté mon premier dojo, tout près d’ici, à 100 m. J’ai tout revendu en 2000, parce que c’était petit, et nous avions ouvert une école de danse, qu’on a arrêtée après.
Entre temps j’ai fait de l’ostéopathie, à Genève, et ensuite je me suis installé. Je suis entré à la Fédération, tout gardant des distances, en montant une école de cadres au CREPS de Montry avec Gérard Gras, à la FFAB.


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