Raymond Bisch - deuxième partie

… où est la verticalité dans ce genre de mouvement ?

Raymond Bisch pendant notre entrevue - 2012.
Raymond Bisch pendant notre entrevue - 2012.

si je reste vertical, c’est le maximum, non ? Le mieux ?

Gilles : Le mieux… ça dépend ! Quand on bouge, par exemple, il n’y a pas forcément de verticale absolue. Qu’est-ce que c’est, « vertical » ? C’est vertical par rapport à l’environnement ? Est-ce que c’est vertical par rapport à ses appuis, donc ses forces, quand on exerce des appuis ? L’équilibre des appuis, la capacité de se mouvoir le plus facilement, le plus rapidement, au moindre coût ?
C’est simple à expliquer quand on ne bouge pas, mais c’est beaucoup plus difficile à percevoir lorsqu’on commence vraiment à bouger. On peut très bien se trouver dans une position un peu bizarre, que ce soit en aïkido ou en iaï, sans pour autant avoir perdu sa verticalité, je pense. Quand on voit Maitre Noro projeter des gens…

R. Bisch: … où est la verticalité dans ce genre de mouvement ?

[Raymond Bisch et Gilles montrent un mouvement]

G : Je pense que la verticalité se construit, c’est une espèce d’axe de rotation, mais qui change constamment.

Si je parle de « verticale », ce sont les muscles du dos qui travaillent, automatiquement.

R. Bisch : Il ne faut pas parler de muscles, mais de chaine musculaire, des orteils, par la voûte plantaire, jusqu’à l’occiput. Ce sont tous les faisceaux qui sont reliés entre eux, ce sont tous ces faisceaux qui marchent ensemble, et non pas segment par segment. C’est un tout. C’est toute la relation qu’il y a dans le corps, et c’est le centre qui est en mouvement, et tout s’articule alors d’une façon équilibrée dans le mouvement.

Sur ikkyo [RB montre ikkyo]…
Où est la verticalité, là dedans ?
C’est une conception tout à fait différente, rien n’est fixe, tout est en mouvement. Et le problème c’est qu’on est parti sur des bases très géométriques de la posture – « ça doit descendre comme ça, comme ça… » – mais dans l’action, c’est très différent. Quand on voit Ueshiba, ou Noro, c’est très différent.

Si on commençait maintenant à faire le béton pour cette dalle, sans la bétonnière, si je ne suis pas droit, dans cinq minutes j’aurai le dos cassé…

R.B. (rire)
Je crois qu’on a tendance à trop attacher d’importance aux muscles pour tenir le corps. Ce n’est pas simplement ça. Il y a autre chose, Gilles pourra vous expliquer mieux que moi. Le volume musculaire n’a rien à voir avec la tonicité.

maintenant je ne pratique presque plus l’aïkido, mais avant, j’expliquais tous les jours qu’il faut rester droit, quelle que soit la technique, même pour shiho nage… parce que si je ne reste pas droit, certains muscles commencent à travailler pour compenser, et je commence à forcer, automatiquement. C’est cela que je ne trouve pas bien. Peut-être qu’on ne peut rien y faire en aïkido, mais pour moi, il faut travailler en souplesse et rester droit, ça ne pose pas de problème si on a l’habitude. Ce n’est pas une raison pour faire ça [Horst montre le geste]. Aujourd’hui, beaucoup de maîtres  disent « reste droit », mais travaillent comme ça. C’est ridicule, pour moi.  Vous avez raison, je n’avais pas pensé à ce que vous dites, que c’est une spirale, bien sûr, lorsqu’on est en mouvement…

R. Bisch : On peut varier l’amplitude du mouvement. Ce qu’il faut, c’est que tout soit délié, et en mouvement. Mais après, on peut exagérer les amplitudes, pour x raisons. Par exemple, rue des Petits hôtels, on avait développé de très grands déplacements, des grands mouvements. Mais cela avait une raison d’être, c’était pour délier toutes les articulations du corps. Et on peut le faire très court, mais dans ce mouvement court, il peut y avoir toutes les facettes du délié des articulations. Ce n’est pas une question d’amplitude, de grande courbe. On peut le travailler parce que les gens ont besoin de bouger, etc. mais on peut le faire très court, dans la projection. C’est une question d’adaptation de la technique, d’un mouvement donné. On faut un choix. Mais quand je voit actuellement les mouvements, sous prétexte de verticalité, je trouve plutôt qu’ils sont raides. Il n’y a pas de disponibilité, c’est rigide… ça ne me convient pas, ce n’est pas ma conception.
Je suis pour que le corps soit délié, que toute les articulations travaillent, qu’il y ait une succession entre le muscle, le tendon, l’articulation, les insertions, les capsules articulaires ; que tout vibre ; les cartilages, la pression au niveau des articulations est très différente, donc cela a besoin de bouger dans tous les axes.
Après, l’amplitude, la verticalité, être droit… c’est l’adaptation. Mais il ne faut pas confondre, sinon les gens sont rigides. Quand on voit qu’ils font shiho nage en descendant à genoux, par exemple… pourquoi pas, mais c’est leur conception, ce n’est pas la mienne.


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