Gérard Blaize Senseï de Urs Keller

Projeter à distance


Gérard Blaize dans le dojo, rue Petit hôtel ?a Paris.

L’Aikido Journal m’a donné la tâche particulière d’interroger Gérard Blaize au sujet de “projeter à distance” durant le stage d’été, à Vichy.
La possibilité m’a été offerte d’interviewer ainsi que d’être projeté à distance par Gérard.
Dans le texte qui suit, la parole est laissée à Gérard, toutefois, je vais aussi vous parler de mes propres expériences.


 


Je voulais savoir comment fonctionne, selon Gérard la projection à distance.
Gérard dit qu’avant tout on ne peut pas progresser en Aïkido grâce à la projection à distance. Les progrès s’acquièrent par l’entrainement des techniques.
C’est uniquement l’état de grâce par lequel on peut projeter quelqu’un à distance qui est utile pour l’exécution d’une technique d’Aïkido.

La méthode pour “projeter quelqu’un à distance” est propre à chacun. Gérard précise qu’il peut seulement expliquer comment lui ressent et pratique cela. S’il essaie par sa volonté de projeter à distance quelqu’un, ça n’aboutira pas. Il est primordial de se libérer de l’idée de réussir, de la volonté de faire et c’est là le plus difficile car il s’agit bien d’un état. Le corps doit devenir doux et détendu afin que les gestes puissent l’être aussi. Quand le corps est complètement détendu, quand il n’y a plus de volonté et que la poitrine est ouverte et relaxée c’est alors, dans ces conditions, que quelque chose peut se passer qui va faire tomber la personne.

Il y a certainement d’autres techniques. Gérard mentionne les experts de la projection à distance : Hiroyuki Aoki, le fondateur des Shintaido, Kozo Nishino Senseï et Nobuyuki Watanabe Senseï.
On peut aussi projeter quelqu’un avec brutalité sans le toucher. Cependant Gérard n’utilise pas la brutalité. Il a choisi la façon qu’il nous a décrite ci-dessus car l’Aïkido, c’est guider et il serait contradictoire de vouloir guider des personnes par la brutalité.

Je vis cet entretien avec Gérard dans un sentiment très rafraîchissant. Il est près de midi, nous nous trouvons à côté d’une rivière, à l’ombre d’un saule pleureur. Ses réponses me plaisent. Que les gens soient critiques par rapport à la réalité de “projeter à distance” est une bonne chose. Même d’en douter est approprié. Par contre nier ce fait serait une erreur. Pour Gérard, ce sujet a soulevé beaucoup de questions. De telles présentations montrent un phénomène qui ne peut pas être expliqué par la rationalité de la pensée. Il est bon de s’interroger sur le fait de projeter quelqu’un à distance. Toutefois, il ne faut pas y accorder trop d’importance.
Je demande à Gérard de m’expliquer ce que cela peut apporter à un aïkidoka de se poser de telles questions. « Cela peut l’amener à se rapprocher du fondateur de l’Aikido. »

Actuellement, les gens ne s’intéressent pas au fondateur. Ces phénomènes et expériences venant de “projeter à distance” soulèvent des questions dont Osenseï est la clé. Le plus important est de s’intéresser à Osenseï car c’est lui qui a créé l’Aïkido et pas nous ! Pour un Aïkidoka, il devrait être fondamental de s’intéresser au fondateur et donc s’intéresser à la source de l’aïkido ». Grâce à Hikitsuchi Senseï qui faisait toujours référence à Osenseï , Gérard à son tour a commencé à s’intéresser au fondateur. « Cela m’a beaucoup aidé et a été déterminant pour mon Aïkido », dit-il.
Gérard s’est demandé comment Osenseï a produit les vagues dans ses mouvements. Il voulait comprendre et aussi appliquer ce que disait Osenseï. Sur la voie de l’Aïkido d’Osenseï surviennent toujours de nouvelles questions.
Gérard étudie les vidéos et les textes d’Osenseï et, grâce à l’enseignement de Hikitsuchi Senseï, il a été initié au Kototama. Il a appris comment s’accordaient les vibrations du Kototama qui vont produire les techniques d’Aïkido. Pour Gérard, c’est un ensemble de plusieurs recherches : le travail sur les tatamis, le travail avec les vidéos d’Osenseï, les explications qui ont été fournies par Hikitsuchi Senseï ; il pratique régulièrement le Qi Gong et le Saitai et s’entraine aussi au budo ancien – le Ko-Budo. Son message principal est : s’intéresser à Osenseï.

Très souvent, j’ai entendu Gérard dire que les techniques d’Aïkido ne sont pas la finalité mais le chemin pour arriver à l’état qu’avait atteint le fondateur. Je lui pose la question à ce propos: « Oui, les techniques du fondateur ne sont pas la finalité. Elles sont faites pour retrouver l’état dans lequel se trouvait le fondateur ». Osenseï expliquait comment il s’entrainait. Il a défini son Aïkido et raconté ses expériences qui ont produit cet état de grâce dans lequel il pouvait se livrer à son Aïkido. Nous avons la chance d’avoir à notre disposition des sources très précieuses telles que des films mettant en scène Osenseï et des textes de sa plume.

Je reviens sur le sujet de “projeter à distance” et demande à Gérard : « Quelle énergie emploies-tu? » – « Aucune énergie. Un relâchement total sur le plan physique et mental, un vide dans la poitrine, là se trouve la clé ».

On peut le voir sur la première photo où je suis projeté avec Alexis Coqueran. J’ai reçu cette vague énergétique comme quelque chose de surprenant et agréable. Ce qui s’est passé n’était pas facile à comprendre pour moi. Sur le moment, j’ai eu l’impression qu’une vague m’emportait. Gérard explique qu’il est aussi possible de projeter quelqu’un grâce à l’énergie du ventre. On peut observer cela sur la photo où je suis seul avec Gérard. J’ai trouvé cette façon de projeter à distance moins douce. C’était comme si un vent fort m’avait terrassé.

Pour poursuivre, Gérard précise que l’on ne doit pas accorder trop d’importance à la projection à distance. On ne devrait pas non plus la pratiquer trop souvent. Car il y a le risque que l’Uke développe une sorte de réflexe grâce auquel il tomberait automatiquement. Et pour le Tori pourrait survenir un désir de réussir et dans ce cas cela ne fonctionnerait pas.

Quand Gérard a testé pour la première fois la projection à distance, il a été surpris. L’expérience est intéressante mais pas le but. La douceur dans la poitrine est la chose la plus importante et ce sentiment doit aussi se dégager durant les techniques d’Aïkido. De la sorte, nous pouvons expérimenter le fait que les techniques guident le partenaire. Gérard se réfère directement à Osenseï : « Quand on commence la technique le premier, on guide le partenaire et on l’aspire. Là, se dévoile le secret de l’Aïkido » …  suivez dans l'AJ57FR

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