Gérard Blaize

La source historique « Take musu Aïki »


Gérard Blaize dans le Dojo à Paris

Urs Keller : Vous avez utilisé le livre TMA en tant que source pour votre livre : „Aïkido, des paroles et des écrits du fondateur à la pratique“ ?

J’ai utilisé une revue japonaise qui s’appelait « Aïkido Today ». Cette revue publiait les articles de Maître Morihei Ueshiba parus dans le journal « Aïkido» du Honbu Dojo. Et plus tard, son fils Kisshomaru Ueshiba senseï en a fait un livre qu’il a appelé « Shinzui Aïkido», c’est-à-dire « au cœur de l’aïkido ». Et j’ai aussi utilisé TMA. Je peux dire que j’ai essentiellement utilisé cette revue et ces deux livres.

Quelle importance accordez-vous au livre TMA comme source historique ?

Selon moi, c’est la première fois que les personnes ont eu la possibilité d’avoir des explications de l’aïkido par celui qui l’avait créé. Jusqu’à maintenant, c’était toujours des élèves de Maître Ueshiba qui expliquaient l’aïkido ; beaucoup, pas beaucoup, ça dépendait des gens. Mais on n’avait pas de textes, on n’avait pas d’explications; quand j’ai commencé l’aïkido, on nous disait que Maître Ueshiba n’expliquait pas, ne parlait pas … Alors, cela a été une surprise d’avoir ces textes, la retranscription de ses conférences. Et aussi avec ce qu’il avait écrit dans la revue de l’Aïkikaï de Tokyo, j’ai compris qu’il avait beaucoup écrit mais ce qu’il a dit, ce qu’il a écrit pouvait choquer les gens et j’ai l’impression qu’on l’avait mis un peu de côté. Pour moi, c’était très important d’avoir enfin l’aïkido expliqué par celui qui l’avait créé.

Dans le 1er volume de la traduction du livre TMA (Editions du Cénacle), votre nom est mentionné ; l’éditeur vous a remercié pour vos connaissances et recommandations – donc vous êtes comme un expert ?

Non, non, le mot est trop grand. Pour écrire mon deuxième livre, j’avais demandé à ma compagne Chikako San de traduire. Elle n’avait pas traduit complètement le TMA, elle le lisait et elle traduisait ce qui m’intéressait pour mon livre.
Elle avait donc aussi lu ces livres, ces revues japonaises. C’est pourquoi j’avais une masse d’informations que l’éditeur n’avait pas à l’époque. Alors je lui avais donné des conseils mais je ne suis pas expert parce que je ne suis pas capable de lire le japonais. Grâce à tout le travail que j’avais fait pour écrire mon deuxième livre, j’avais une certaine quantité d’informations et je lui en avais fait part.

Au sujet de livre « Take musu Aïki » : Certaines personnes dans le monde de l’aïkido prétendent que Osenseï n’est pas le penseur du livre TMA mais que les idées de Goi senseï sont vantées sous le nom de Ueshiba.

Je ne sais pas pourquoi ils disent cela. Dans la version japonaise, son fils Maître Kisshomaru Ueshiba précisait clairement que c’est bien la retranscription des conférences de son père. Donc, c’est une polémique, je crois, qui n’a pas de sens. Je pense simplement que les gens avaient une idée de l’aïkido et quand ils ont lu ce que racontait le fondateur de l’aïkido, ils ont été choqués et donc ils ont commencé à dire que peut-être, ce n’était pas vrai. Je crois que c’était plutôt cela.
Il y a effectivement l’introduction de Goi senseï dans la première partie mais Goi senseï était un ami de Osenseï, c’est donc assez normal. Celui qui a retranscrit, Takahashi Senseï, était aussi quelqu’un de la secte de Goi senseï ; donc, il est normal que Goi senseï fasse une préface.

Ce sont vraiment les pensées de Maître Ueshiba ?

Oui, ce sont ses pensées, ce n’est pas secret ! Ce sont des conférences qu’il a faites, qui ont été enregistrées et qui ont été retranscrites. Ce n’est rien de mystérieux !

Dans la publication originale japonaise, il y a quinze images. Goi senseï et Osenseï posent à plusieurs reprises ensemble et ils donnent l’impression de très bien s’entendre.

Osenseï disait que Goi senseï avait eu les mêmes expériences que lui avec un chemin différent et que de ce fait, tous les deux se comprenaient bien. Cela pourrait expliquer toutes ces photos. Quand on lit ce que racontait Osenseï, c’est assez surprenant. Donc, si Goi senseï avait des expériences un peu semblables, bien sûr que les deux hommes se comprenaient, d’où leur relation particulière.

Les photographies qui montrent l’Aïki-Jinja, témoignent également d’un lien étroit entre Osenseï et votre maître Hikitsuchi Michio senseï.

Manifestement, il y avait un lien très fort entre Hikitsuchi senseï et Osenseï, c’est clair. 

Je parle de la photo du grand festival du Aïki-Jinja

Oui, elle est parlante parce que l’on voit que Hikitsuchi senseï est derrière Osenseï. Il fait les mêmes prières que lui. C’était un lien de maître à élève très fort. Entre Goi senseï et Osenseï, c’est plutôt un lien de personnes qui ont un don spirituel semblable. Et Hikitsuchi senseï avait un lien très fort en tant qu’élève, en tant que disciple. Il s’était investi totalement dans le travail de son maître et je pense qu’il était très proche de lui. Notamment, dans la relation maître-élève.

Il faut aussi souligner le fait que le Aïki-Jinja se situe à quelques heures du Dojo de Hikitsuchi senseï. Malgré cette grande distance, on peut constater, sur la photo du grand festival du Aïki-Jinja, la proximité frappante de Osenseï et de Hikitsuchi senseï.

C’est toujours délicat pour moi de répondre parce que comme Hikitsuchi senseï était mon maître, c’est facile de dire qu’il était très proche de Osenseï. Mais je pense que oui, effectivement il y a d’autres situations où l’on voit la proximité de Hikitsuchi senseï avec Osenseï. En particulier vers la fin de la vie de Osenseï ; quand il va pour la dernière fois à Hongu ou par exemple quand Hikitsuchi senseï le soutient pour l’aider à descendre les escaliers ; on peut voir quelle unité il y avait entre eux.  Au niveau du regard, au niveau du corps ; effectivement, il y avait quelque chose de très proche entre eux.
Hikitsuchi senseï écrit en préface de votre livre « Aïkido, recherche du geste vrai » (Recommandation, page 15) : «Gérard Blaize […] est un pratiquant de la recherche assez rare, même parmi les Japonais, par son sérieux et son application extrême ». C’est en ce sens que vous étudiez aussi le Kototama ?

Alors… je ne peux pas répondre aussi directement à la question. Hikitsuchi senseï avait enseigné comme ça, par hasard, un peu le Kototama, en 1984, à Bâle. A l’époque, j’écrivais tout ce qu’il enseignait. Je l’écrivais dans un petit cahier.

Donc, je l’avais écrit et ensuite, j’avais commencé à essayer de voir ce que cela voulait dire, ce qu’il avait indiqué: avec tel son, c’est tel geste, tel son, c’est tel geste. J’avais un peu étudié cela, puis j’avais arrêté et après j’ai recommencé car je me suis rendu compte que quand on faisait une technique de Osenseï par exemple, enfin quand on essayait de faire une technique comme faisait Osenseï, on utilisait les voyelles du Kototama – le Kototama, au Japon, ce sont 75 sons normalement. Mais en aïkido Osenseï a réduit cela aux voyelles et toutes ces voyelles sont comprises dans la gestuelle ;  donc j’ai commencé à m’y intéresser et à en faire l’étude.

Alors je ne sais pas si c’est parce que je suis sérieux ou pas sérieux (rires) c’est plutôt parce que je suis passionné par l’aïkido que j’ai eu la chance de recevoir de la part de Hikitsuchi senseï cet enseignement. A l’époque je n’avais pas compris grand-chose mais je l’avais écrit ! J’avais marqué : le son A correspond à tel geste ; le son O correspond à tel geste et donc tout ce qu’Hikitsuchi senseï nous a dit, je l’avais écrit et après, en relisant ces notes, j’ai commencé à en faire l’étude.
Puis j’ai arrêté parce que j’ai pensé …


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https://www.aikidojournal.eu/Edition _ francaise/2014


 


 

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