Alain Floquet

Cercle d’étude et de recherche en aikibudo et en kobudo

Alain Floquet pendant notre entrevue_ 2013.
Alain Floquet pendant notre entrevue_ 2013.

J’étais de profession fonctionnaire de police, pendant une trentaine d’années, et puis quand j’ai quitté l’administration de la police, je suis devenu expert judiciaire en criminalistique. Je fais des expertises sur les crimes principalement ou les accidents et les violences, pour ce qui est violences commises avec les mains, ou avec des armes, mais pas les armes à feu.
Voilà, donc, ma profession. L’année prochaine, ce sera fini, puisque je suis dans ma 74ème année ; normalement, cela se terminait à 70 ans, la loi fixait cet âge limite. Mais la loi a changé, et les réinscriptions se font maintenant par 5 ans. Et comme j’ai posé ma réinscription d’expert judiciaire à 69 ans, cela m’emmène à la fin de mes 74 ans. Ensuite, j’espère que je resterai expert honoraire.


 


… pour quelle raison avez-vous commencé l’aïki ?

C’est un peu le hasard parce que c’était au début de l’introduction du karaté en France, dans les années 1957, à peu près. Mon frère aîné faisait du judo, et lui-même m’y avait emmené, vers 1953 – j’avais 13 ou 14 ans – et jusque vers 1957 j’ai fait du judo, de façon épisodique, comme souvent quand on est enfant. Et ensuite, mon frère cherchait pour moi un livre de karaté, et il m’a offert un livre qui venait de sortir, et qui s’appelait quelque chose comme « Victoire par la paix », un livre de Jean Zin, qui avait été fait avec Tadashi Abé. C’est de l’aïkido, une forme d’aïkido, celui qu’il pratiquait, lui, à cette époque.
J’ai donc lu ce livre sur l’aïkido, et mon frère a trouvé un club, qui s’appelait le club Parmentier – il se situait 62 avenue Parmentier –  ou le club Mochizuki, et c’était Jim Alcheik qui était le professeur de ce club, et qui revenait lui-même du Japon. Il a dû rentrer du Japon fin 1957, je m’y suis inscrit au début 1958. Le club tournait déjà ; un peu avant, y était passé Hiroo Mochizuki, qui été venu accompagner un petit groupe de Japonais, parmi lesquels il y avait Murakami senseï, qui, lui, faisait du karaté, il y avait Kondo senseï, Sugiyama senseï, qui était installé en Italie, et puis Jim Alcheik.
C’est là que j’ai fait de l’aïki et du karaté. C’était l’aïki du yoseikan, et donc cet aïki n’était pas de l’aïkido. C’était un aïki-jujitsu. Maître Minoru Mochizuki l’appelait aïkido-jujitsu. Il était d’abord élève de Jigoro Kano, c’était un jeune judoka qui était 3ème dan du Kodokan. Jigoro Kano a créé le Kobudo kenkyukaï, ce qui signifie la « section pour l’étude des arts martiaux anciens », d’où découle un peu le terme du CERA qui était l’aïkibudo-kenkukaï, l’aïkido-kenkukaï, à l’époque.

C’est cet élève de Jigoro Kano, avec d’autres, parmi lesquels il y a eu à un moment donné Tomiki, également, peut-être aussi Sugino Yoshio, qui faisait surtout du Katori Shinto ryu mais qui était aussi 4ème dan de judo Kodokan, qui sont allés – surtout Minoru Mochizuki – pratiquer l’aïkido Jujitsu chez maître Ueshiba. C’était entre 1930 et 1932-33 à peu près. Ce qu’ils faisaient, c’était un aïki qui était encore très imprégné de daïto-ryu. Ce n’était pas encore de l’aïkido, en fait, c’était du daïki-ryu, mais pratiqué par Ueshiba senseï, donc c’était déjà sa sensation, son développement du daïto-ryu. Donc quand en 1935 maître Ueshiba a donné à Minoru Mochizuki senseï un makimono, un menkyo kaiden de daïto-ryu aïki-jujitsu, c’était Ueshiba Moritaka, à l’époque, disciple de Takeda Sokaku, à Minoru Mochizuki.

Ensuite il y a eu la guerre, et Minoru Mochizuki avait à cette période monté un dojo à Shizuoka et il y faisait du judo, de l’aïki-jujitsu, du karaté, du juken – c’était la baïonnette, à l’époque cela se pratiquait pas mal. Pendant la guerre, il est parti servir en Mandchourie, où il avait un poste important. A son retour, il a repris la pratique, et Ueshiba senseï, à un moment donné, a appelé son art « aïkido ». Il y a eu des discussions – c’était pendant l’occupation américaine et les arts martiaux, les budo étaient interdits – et de ces discussions il est ressorti que le meilleur terme, celui qui certainement était le plus souhaité par Ueshiba senseï à ce moment là, c’était aïkido.
Donc l’aïki-jujitsu est devenu aïkido, et maître Ueschiba a continué à développer son art. Son art, c’est lui, et la technique, c’est un peu autre chose, on peut l’exprimer différemment, sans nécessairement avoir son expérience et son vécu pour faire comme lui. Personne ne peut remplacer une autre personne, être l’autre. Ce n’est pas possible, c’est un art, chacun est un artiste, et il s’exprime à travers ses sensations, ses perceptions, et ses capacités.

Maître Ueshiba a donc développé l’aïkido, dans les années cinquante – je n’ai pas les dates exactes en tête – et parmi ses anciens disciples, à qui il avait donné d’autres titres, il y en a deux qui avaient reçu le menkyo kaiden de daïto-ryu aïki-jujitsu, c’étaient Tomiki et Minoru Mochizuki. A Minoru Mochizuki, peut-être aussi à Tomiki, mais je ne le sais pas, il a donné, en équivalence, le 8ème dan d’aïkido. Ce diplôme était affiché au dojo de Minoru Mochizuki. Par contre chez lui, dans sa maison, il avait son menkyo kaiden, dont j’avais d’ailleurs fait des photos à cette époque.


… liesez plus dans la édition 46FR

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