Dr. Peter Goldsbury

Le dr. Peter Goldsbury (7 ème dan) est président du comité de direction de l’IAF


Dr. Peter Goldbury pendant notre Entrevue à Klausenburg (Cluj-Napoca/RO)

Quel est le rôle de la fédération internationale d’aikido (FAI) ?

Peter Goldsbury : Le Hombu Dojo est une organisation structurée et hiérarchisée, dirigée par le Doshu. Elle est complétée par d’autres structures, dans lesquelles les membres sont sur un même niveau horizontal, comme par exemple l’IAF (Fédération internationale d’aikido). L’IAF a pour mission de s’occuper des échanges entre les structures, comme par exemple Sport Accord. Ces fédérations permettent ensuite un lien et des contacts avec les clubs de sport ou les comités olympiques nationaux.

Quelle est la différence entre la FAI et la Fédération Européenne d’aïkido ?

Dans la FEA, les membres viennent de différentes structures européennes alors que la FAI ne prend pas en compte cette différence.

J’ai toujours cru que la différence entre ces fédérations était d’origine politique.

Au niveau européen, oui c’est le cas. Mais en tant que président, j’ai toujours veillé à ce que ces différends politiques n’interfèrent pas avec la FIA.

La FAI a-t-elle une influence sur l’aïkido en tant qu’art martial ?

Sur l’art martial ? Je ne pense pas. Non, tout simplement parce que l’Aïkikai est une organisation familiale [iemoto]. Les relations suivent un schéma pyramidal, ainsi j’ai un lien avec le Doshu du fait de ce grade. La FAI est une association de membres qui ont tous un même type de relation avec le Doshu au sein du Hombu. Mais l’aïkido n’est pas uniquement pratiqué au Japon, donc oui, nous avons une influence malgré tout. Par ailleurs, la mentalité occidentale – je veux dire par là tout ce qui est hors du Japon – est différente, donc la manière de pratiquer diffère aussi. C’est tout à fait normal que des non Japonais interprètent l’enseignement d’Osensei différemment que les Japonais. Je ne dis pas qu’il y a une pratique meilleure qu’une autre mais en tout cas, au vu des différences de cultures, l’aïkido diffère également. Lors de ce séminaire en Roumanie, tous les professeurs n’étaient pas Japonais, et il y avait aussi des professeurs membres de la FIA. Lorsque j’enseigne, j’explique bien que j’ai mon dojo mais que je fais partie de la FIA. L’organisateur roumain, Monsieur Marchis, a souhaité que tous les professeurs viennent de l’Aïkikaï mais aussi que certains soient membre de la FIA. Aujourd’hui je n’étais pas trop dans mon assiette car avant moi, Christian Tissier, bien connu, faisait son cours, puis après moi le petit-fils du fondateur. Et moi, j’étais entre les deux …

Pourquoi faites-vous de l’aïkido ?
Pourquoi ? La principale raison est sûrement que j’apprécie l’entrainement. J’aime cette manière d’agir. J’en fais depuis presque 45 années. J’ai eu tout ce temps de nombreux professeurs différents. Et j’ai eu la chance d’étudier la spiritualité de l’aïkido au moins de deux façons différentes.  La variante orientale et la variante occidentale. La variante orientale où le corps et l’esprit ne sont pas dissociés, où cette dualité n’existe pas. Expliquer cela à un Occidental n’est pas si simple. Les Occidentaux ont de la difficulté à imaginer qu’il existe un art qui passe par le corps mais qui par là même passe par une relation avec le partenaire qui n’est pas que corporelle. C’est un grand challenge et il diffère en cela du judo, du football. Je ne veux pas dénigrer ces pratiques, mais la compétition leur donne une tout autre dimension, que je ressens comme très différente de celle que l’on peut atteindre avec l’aïkido.

Où avez-vous commencé à pratiquer?

Lors de mes études dans le Sussex en Angleterre, mon colocataire était un aïkidoka, élève de Noro, à Paris. Il était bilingue et me disait : « Peter, j’ai trouvé un art martial qui est basé sur l’amour ». Et je me disais juste « hum… ». Un an plus tard, un Japonais arriva à l’université et il était 3ème dan d’aïkido. Je suis monté sur le tapis, me suis fait secouer, j’ai acheté une tenue et je n’ai jamais arrêté depuis. C’était en 1970. Mon ami japonais est ensuite retourné dans son pays, et j’ai continué avec quelqu’un d’autre, ceinture noire aussi. Quelques années après, pour mon doctorat, je suis allé aux Etats-Unis d’Amérique. J’ai rencontré quelques personnes de l’Aïkikaï, qui m’ont conseillé un enseignant à Boston. Il a été mon professeur pendant quatre années avant que je ne retourne à Londres. Je cherchai un nouveau dojo car il y avait des soucis politiques à Harvard. J’en trouvai un et continuai mon entrainement. Puis j’entendis parler du fondateur et du but de cet art martial. Je me suis dit : « je vais aller au Japon et aller voir ça ». Je m’y suis rendu et je n’ai pour l’instant pas l’intention d’en repartir.

Depuis quand êtes-vous au Japon ?

35 ans, et je souhaite y rester.

Que pensez-vous des traditions japonaises ?

Comme vous le savez certainement, dans l’aïkido vous avez omote et ura. Peut-être peut-on les voir comme des noms qui permettent de faire quelque chose un peu différemment, mais ce n’est pas le cas. C’est un concept central de la culture japonaise, comparable au yin et au yang de la culture chinoise. Et il existe bien sûr aussi des mythes, héros, rites etc. Pour une personne comme moi, qui y vit depuis un moment, il faut apprendre avec le temps, comprendre qu’il faut regarder plus loin et oser un regard sous la couche superficielle que l’on aperçoit en premier lieu.

Comment avez-vous réussi à vous comporter ainsi ?

Tout d’abord, je ne connaissais pas la langue. De plus, je ne me rendais pas au Japon seulement pour l’aïkido, car j’étais aussi muté à l’université de Hiroshima en tant que professeur. Je travaille dans le domaine des langues en général. Le professeur qui m’avait invité à Hiroshima me dit : « comme moi je sais le faire, je vais t’apprendre à lire le japonais ». Pendant 25 ans, je me suis rendu deux fois par mois chez lui, pour traduire ses livres du japonais à l’anglais. C’était vraiment une très bonne méthode qui m’a permis d’ouvrir des portes que je n’aurais pu imaginer.

Les Japonais considèrent toujours qu’omote existe avec ura et vice versa, et même qu’il existe une version omote de ura et vice versa. Et la culture est en lien avec la culture martiale. C’est comme un art autour de l’épée qui serait parfaitement en lien avec la culture européenne.


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