A Bourg-en-Bresse – Hervé Guénard

L’aïkido avec passion, modestie et sincérité…


Hervé Guénard pendant de l'entrevue

Quand avez-vous commencé l’Aïkido?
En 1972. Auparavant, j’avais fait du judo. A l’époque où je faisais du judo, il n’y avait pas de catégorie de poids. On pouvait donc tomber aussi bien contre des poids lourds que contre des poids légers. La compétition était incontournable pour passer des ceintures et professionnellement, je ne pouvais pas suivre. J’ai donc arrêté les arts martiaux, très peu de temps car cela me manquait. Je cherchais un art martial qui puisse me satisfaire, dans l’idée du bushido. J’ai alors découvert l’Aïkido que je ne connaissais pas. J’étais à Lyon à l’époque, et j’ai essayé. J’ai été bien accueilli et l’essai s’est bien passé, c’est important pour commencer quelque chose. Le temps passant, l’Aïkido est devenu non pas indispensable, mais une passion.
Voilà, cela fait 38 ans que je pratique l’Aïkido.

Vous rappelez-vous dans quel dojo c’était ?
Oui, c’était le CLAM à Lyon, le Centre Lyonnais des Arts Martiaux, dirigé par Bernard Monneret.

Et cela vous a plu ?
Au départ, c’était un peu difficile, parce que les formes de relations et de chutes sont différentes entre Judo et Aïkido : au Judo, les relations sont des affrontements, il y a confrontation permanente pour qu’il y ait forcément un gagnant. A l’Aïkido, c’est l’inverse : un affronte et l’autre laisse passer cette agressivité, ou bien l’utilise. En Aïkido, il faut apprendre à accepter de chuter. En Judo, la chute est un échec. En Aïkido, c’est un renouveau, c’est un échange avec le partenaire dans lequel il n’y a pas un gagnant un perdant, mais deux gagnants. Donc dans ces conditions, le passage d’une discipline à l’autre n’est pas toujours facile.

Combien de temps êtes-vous resté à Lyon ?
Je suis resté avec ce professeur à Lyon environ 8 ans. Ensuite, j’ai dû aller à Paris pour des raisons professionnelles. A Paris, il y avait plusieurs possibilités. Christian Tissier Senseï avait et a toujours son dojo à Vincennes, mais je ne pouvais pas arriver à l’heure compte tenu des conditions de circulation. Le dojo de Bernard Palmier était plus accessible, et j’ai pu pratiquer avec lui. Nous avons été ensembles durant une vingtaine d’années, presque jusqu’en 2000. Cela a été une longue collaboration. Il m’a beaucoup apporté par son enseignement.
J’ai commencé l’Aïkido en 1972, le temps passait, et donc l’âge de la retraite professionnelle est arrivé. Je suis revenu à Lyon. Ensuite je suis venu à Bourg en Bresse où l’on m’a accueilli très gentiment. Depuis 2002/2003, je suis professeur à l’Aïkido Club de Bourg en Bresse avec beaucoup de plaisir.

Le club existait déjà ?
Le club a été fondé par Armand Perrin en 1975. Je le connaissais lorsque j’étais à Lyon car nous faisions des échanges. Ce club vit depuis 35 ans et j’espère qu’après moi, il continuera à vivre.

Quels sont vos grades ?
Je suis 6ème dan, depuis 5/6 ans.

A qui devez-vous votre premier grade?
J’ai passé mon 1er dan en 1976, à l’époque on passait devant un jury, je ne me rappelle plus qui était dans le jury. Il fallait faire des kilomètres pour aller passer des grades. Les gens ne venaient pas à votre porte, il fallait se déplacer, avoir envie de bouger. Je l’ai passé près de Toulon.

Il y avait déjà une commission qui fédérait ?
Oui, il y avait déjà un jury, composé de 2 jurés. En 1976, nous avions déjà ce système. C’était le CNA, le Comité National d’Aïkido qui l’organisait, ce n’était pas encore la 2F3A. Nous étions une discipline intégrée dans la Fédération de Judo.

Pratiquer l’Aïkido, c’est quoi pour vous ?
Voilà une bonne question. Qu’est-ce que c’est ? Alors on va commencer par le plus facile à mon goût : je l’ai dit tout à l’heure, c’est une passion. C’est y passer du temps, essayer d’intégrer, de saisir ce qu’est profondément une discipline quelle qu’elle soit. Donc pour moi l’Aïkido c’est cette passion là et c’est essayer d’en saisir tous les sens. Beaucoup de technique et bien après la technique, la philosophie. Beaucoup de gens essaient de faire de la philosophie et oublient la technique. Je pense que quand on aura saisi toutes les subtilités des techniques, qu’on les aura intégrées au point de les oublier pour les restituer sans y réfléchir, on pourra faire de la philosophie. Il faut d’abord mouiller beaucoup de kimonos, j’en ai mouillé pas mal.
Et puis il y a aussi maintenant le plaisir d’essayer de faire aimer l’Aïkido à d’autres personnes, de montrer l’Aïkido tel qu’on le ressent, transmettre ce que l’on a pu percevoir, ce que l’on a ressenti et essayer de faire progresser les pratiquants. Cela fait aussi partie de ma passion, de pouvoir la communiquer, et de la faire aimer. Bien souvent, les débutants abordent l’Aïkido avec une idée de défense, de sécurité personnelle. Il faut essayer de leur faire comprendre qu’ils doivent oublier cette idée, que ce n’est pas seulement un art de défense, que c’est un travail important sur soi-même et non pas sur les autres. Les autres sont un prétexte pour travailler sur soi-même. Maintenant, y arrive-t-on, c’est autre chose.

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