Hiroshi Ikeda Senseï

Fondateur du Brigde-Seminaires


… pendant le cours à Darmstadt - 2013.

Pourquoi êtes-vous parti aux Etats Unis?

Le Japon est un petit pays. J’étais jeune, je voulais voir un grand pays. J’ai d’abord pensé à l’Australie, mais comme mon professeur Saotome Senseï était aux Etats-Unis, je l’ai rejoint là-bas. Je vis maintenant au Colorado, mon professeur vit en Floride.

AJ: Depuis combien de temps êtes-vous là-bas ?

Cela fait 33 ans.

AJ : Cela fait à peu près aussi longtemps que je vis en France, 31 ans. Mais vous avez commencé l’aïkido au Japon n’est-ce pas ?

Lorsque j’étais à l’université à Tokyo, il y avait un club d’aïkido.

AJ : Etait-ce avec Saotome Sensei ?

Il enseignait au Hombu dojo. Vous savez, ma vie a changé lorsque je l’ai rencontré. Si j’avais eu un autre professeur, je n’aurais peut-être pas continué l’aïkido. Quand j’étais jeune, j’ai fait du kendo à l’école élémentaire, puis du judo au lycée. Lorsque je suis arrivé à l’université, j’ai fait de l’aïkido. Mon université était proche du Hombu Dojo, j’y suis donc allé, ainsi que dans d’autres dojos. A l’époque, vous pouviez aller dans différents endroits, voir différents professeurs. Il n’y avait pas de considérations politiques. Nous étions plus libres. C’était bien. Lorsque vous alliez au Hombu Dojo tous les jours, vous aviez des cours avec les élèves  d’Osenseï. L’ambiance était très bonne, vous pouviez rencontrer des personnes vraiment très sympathiques.

AJ: Avez-vous rencontré personnellement Osensei ?

Non, j’ai commencé l’année de son décès, en 1969.
Avant, nous commencions les arts martiaux, que ce soit le kendo, le judo ou l’aïkido sans penser à la philosophie. Nous pratiquions, c’est tout. De la même manière qu’aujourd’hui les gens font du football, du rugby, du base-ball ou du basket, sans penser au fondateur. Je ne pense pas que beaucoup de gens connaissent le fondateur du basket ! Il y a longtemps, c’était comme cela pour les arts martiaux japonais.

AJ : Vous voulez dire que c’était plus naturel de commencer par les arts martiaux qu’aujourd’hui ?

Oui, exactement. Au Hombu dojo, il y avait différents enseignants, vous pouviez aller où vous vouliez, simplement étudier l’aïkido. C’est cette belle époque que j’ai connue. Aujourd’hui si vous allez voir tel enseignant, vous ne pouvez pas aller voir tel autre.

AJ: Quelle est votre voie ?

Ma voie ? C’est une autoroute ! [rires].
Ma voie est assez naturelle. J’essaie de varier les styles, de voir comment on peut utiliser son corps, comme un art. Je ne veux pas faire des copies, des standards à reproduire. Je travaille spontanément, avec mon cœur. Quelle est l’esthétique d’un mouvement d’aïkido ? Cela n’a pas d’importance. Du moment que cela vient de l’intérieur, que votre cœur y est, pour moi c’est bien.

AJ: Cette voie, ce travail “interne”, il y a longtemps que vous pratiquez ainsi ?

J’ai commencé il y a quelques années, parce que personne ne l’enseignait. Quand j’ai commencé, je ne comprenais pas cela. Ce travail interne, je l’ai appris d’un professeur de karaté d’Okinawa que j’ai rencontré aux Etats-Unis durant l’Aïki Expo. Il y avait différents enseignants, j’avais du temps, et j’ai essayé différents cours jusqu’à ce que je rencontre Kenji Ushiro Shihan, un enseignant de karaté d’Okinawa. J’ai été très intéressé par les principes qu’il enseignait et comment je pouvais les intégrer dans mon aïkido. J’ai travaillé cela pendant 2 à 3 ans, et puis j’ai commencé à l’enseigner durant mes stages.

Anita : Cela veut dire que vous avez trouvé cela vous-même ?

oui

Anita : Et vous l’avez intégré dans votre enseignement, n’est-ce pas ?

Exactement

Anita : Cela a-t-il changé votre forme d’aïkido ?

Oui, j’ai beaucoup changé, et c’est une bonne chose. Je crois que les hommes ont besoin de cela. Il ne suffit pas d’avancer mais d’évoluer.
AJ : Que voulez-vous dire ?

On peut encore une fois prendre le passé comme exemple : c’est non seulement par le développement personnel que l’art martial a avancé, mais il est devenu populaire au cours des dernières années. C’est un signe que le développement peut se faire grâce aux arts martiaux.
Peut-être y a-t-il des écrits sur l’essence de l’aïkido, mais en fait personne ne nous les a appris. Dans le passé il y avait des hommes puissants qui écrasaient physiquement et des faibles qui étaient soumis. Si on se pose la question de ce qu’une personne soumise peut faire face au puissant, c’est un défi. Personne n’a parlé de cette pensée centrale dans l’aïkido. Néanmoins cette essence vit dans l’aïkido japonais. Je ne suis pas non plus le seul qui enseigne ainsi, moi je suis un grain de sable dans l’océan. Il y a beaucoup de différentes choses et chacun peut choisir ce qui lui convient. Pour moi il n’y a que cette méthode. Celle-ci m’a permis de me développer. Je suis ma voie, mais ce n’est pas important pour moi si les personnes n’apprennent pas avec moi. Il s’agit au fond de mon propre développement et de ma propre formation. Je ne le partage qu’avec les hommes qui sont intéressés et ensuite j’essaye de les aider. Et si cela ne les intéresse pas, cela n’est pas un problème pour moi. Chacun peut trouver son propre aïkido.
Anita Köhler: Je pense que votre aïkido est très naturel, il est très beau. Pas du point de vue athlétique. Cette beauté ressemble plus à des feuilles qui, par le souffle du vent, tombent en dansant de l’arbre.

Oui, c’est le chemin que j’essaie de suivre.

Anita Köhler: Je pense que c’est très efficace. Par conséquent, c’est aussi un véritable Budo. Ce n’est pas simplement un sport. C’est vraiment quelque chose qui submerge et moi-même je pense que c’est assez rare. Beaucoup d’enseignants ne peuvent pas provoquer cet effet.


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