Kobayashi Yukimitsu Shihan Édiion 64FR

Enseignant au Hombu-Dōjō / édition 64FR


Kobayashi pendant l'entrevue à Klausenburg (Cluj-Napoca) mai 2018

… Kobayashi sensei prend la parole, car il souhaite clarifier quelque chose :


 


Je me fais un peu de souci, car je suis un représentant du Hombu-Dōjō mais de l’autre côté, j’ai aussi ma propre opinion…

…Je pourrais dire que c’était un entretien avec quelqu’un d’autre.
Qu’est-ce qu’un Budō 武道  pour vous ?

Je suis un enseignant professionnel – le Budō est pour moi « ma vie » – ma vie signifie le Budō. Tout ce que je fais, dans mon quotidien est Budō. Quand je mange ou bois, c’est relié au Budō pour moi.

Le mot « art martial » existe-t-il en japonais ?

Oui, en japonais, on utilise le terme « martial arts » [NDLR, an anglais dans la conversation] mais cela signifie autre chose que le Budō. Il y a bien une différence, et pour ces histoires de compétitions, on utilise ce terme anglais. On n’utilise pas le terme Budō pour parler de ce domaine là. Le Budō relève du domaine des arts traditionnels.

Est-ce-que l’aïkidō est un Budō ?

A mes yeux, l’aïkidō est un Bu-jitsu, donc un système de techniques de combat – et parce que « ça » s’appelle Aïki-dō, c’est également un Bu-dō. Une voie martiale. D’ailleurs, au sujet du terme de « art martial » : il existait auparavant un terme « Bugei ». C’était aux temps de Musashi où l’on utilisait ce terme et qui se traduit littéralement « art martial ». De  nos jours, ce terme n’est plus utilisé mais l’était aux temps féodaux.
A l’époque, un combat avait comme issue la mort, il s’agissait d’un conflit. Dans le Budō, il n’est pas question de tuer quelqu’un – ou de gagner un conflit. Il est question de laisser vivre l’autre et de le vitaliser.


Mais ceci n’est « apparu » que ces derniers siècles…

… oui, ces cent à cent cinquante dernières années environ. Cela a aussi avoir avec la restauration de Meiji… Lorsque tout ce qui était en rapport avec le féodalisme fut réprimé. Les aspects culturels et traditionnels furent aussi réprimés afin d’occidentaliser la société japonaise. Les arts traditionnels se devaient de trouver un nouveau voie afin d’être de nouveau intéressants pour « la nouvelle société moderne ». Pour les arts martiaux, ce fut naturellement de se caractériser comme une « voie » (Dō) pour le développement personnel… Parce que suite à l’occupation du Japon par les Américains lors de la deuxième guerre mondiale, tout ce qui était en lien avec le domaine militaire devait être réprimé, et ils ne leur restaient pas d’autre choix que de trouver une voie (Dō) pour « rester en vie ». C’est ainsi que les arts martiaux sont devenus des « chemins de Paix »…

…Il existe un mythe, voire un non-sens, qui dit que tel ou tel art japonais ou sport japonais était trop dangereux et donc interdit par les Américains…

…Non, je ne pense pas. Ce ne fut pas activement réprimé, les arts martiaux étaient même une matière à l’école. Oui, la matière quant à elle fut interdite par contre. Les subventions furent annulées – ce que les personnes faisaient en privé, restait entièrement privé.

Vous avez eu un enseignant que, si je me remémore bien vos mots, vous avez suivi jusqu’à la fin de vos études supérieures – Sasaki Sensei. Qu’est-ce-qui vous fascinait chez lui ?

C’est simple à expliquer, j’ai commencé l’aïkidō à l’université – l’enseignant en charge du cours, était Sasaki Sensei. Je n’avais pas d’autres choix que de le suivre. J’ai été obligé de l’accepter comme mon professeur – c’est ainsi au Japon (rires). Cela n’a rien avoir avec la politique, on n’a pas toujours la possibilité de choisir… C’est l’enseignant que je devais suivre, voilà !

Je vous pose cette question, parce que je sais que Sasaki Sensei était très spirituel et qu’il travaillait en lien étroit avec le shintoïsme qu’il célébrait…



…Tada Sensei ainsi que Sasaki Sensei et les élèves de Nakamura Tempus étaient spirituellement influencés. Le côté spirituel fut en conséquence souligné par ces enseignants… - pour ma part par contre, je n’ai pas d’expérience spécifique quant à ce sujet. Sasaki Sensei fut enseignant mais je ne l’ai pas suivi. Par ailleurs, quand j’ai débuté l’aïkidō, Sakaki Sensei parlait très peu. A l’université, il montrait quelque chose sans trop d’explications, et nous, étudiants, devions essayer de reproduire le mouvement. C’est seulement avec l’âge que Sasaki Sensei a commencé à parler pendant les cours. L’âge a amené sa parole – j’étais à l’époque déjà engagé au Hombu-Dōjō. J’étais uchi-deshi au Hombu-Dōjō… et je m’orientai comme salarié du Doshu. J’avais également d’autres enseignants que je voulais et pouvais copier. C’est pourquoi l’influence spirituelle m’était plutôt étrangère.
Nakamura Tempu était celui qui enseignait ce que Sasaki Sensei disait – et ce que Tada Sensei peut de nos jours encore dire – ce sont des aspects qui sont difficilement compréhensibles, parce que le vocabulaire spécifique qui fut et, qui est utilisé n’est pas facile à saisir pour des « simples mortels ». Ces « discours » doivent avoir été entendus maintes fois avant de pouvoir en comprendre quelque chose – Tada Sensei utilise en plus un vocabulaire très spécifique. Lorsque l’on a entendu plusieurs fois la terminologie, il est alors possible d’accéder à une « grossière » compréhension de ce que Nakamura Tempus voulait transmettre… Pour moi, lorsque j’ai commencé à voir un « résultat » de cette écoute, j’étais tellement impliqué dans le Hombu Dōjō, que j’ai capitulé – je ne suivais plus…

Après vos études, vous étiez uchi-deshi 内弟子 – un « vrai » uchi-deshi ou un soto-deshi 外弟子 ?

J’ai habité au Hombu-Dōjō – au 3ème étage, il y avait une chambre de bonne dans laquelle je vivais. Les uchi-deshi sempai habitaient au rez-de-chaussée. Lorsque l’orqu’on entre au Hombu-Dōjō, il y a une grande affiche avec le portrait d’ Ōsensei derrière laquelle se trouvent les chambres des sempai. On traverse le Hombu-Dōjō du haut vers le bas – et après il faut partir (il rit).

La voie d’ Ōsensei est très „diverse“, mot que l’on peut aussi interpréter de diverses manières – comment voyait vous cette voie du Budō jusqu’au spirituel, jusqu’au religieux…

…Je ne peux pas vraiment m’exprimer. Tout ce qui a trait à Ōsensei est inexprimable …

…Okay, je vais donc poser la question à Monsieur Meier.

(il rit) Quand Ōsensei est décédé, j’étais encore à l’école primaire je connais Ōsensei que par des films – partant de ce constat, il me serait déjà difficile de me faire ma propre opinion, en dehors de la version officielle.

Comment voyait vous l‘aïkidō aujourd’hui – par exemple avec ce que montre le Doshu actuel, le petit fils de Ōsensei ?

Comme je le disais, il m’est difficile de répondre librement à cette question. Actuellement, nous avons le 3ème dirigeant du Hombu-Dōjō dont je suis salarié – donc je suis obligé de soutenir le Doshu.
Ce que je peux dire c’est que l’aïkidō se pratique de part le monde entier – donc l’aïkidō a eu un développement fantastique. On ne peut rien dire de plus pour l’instant.

La question est où se trouve l’aïkidō – comme dit précédemment, la voie d’Ōsensei et de l’aïkidō était diversifiée, d’une synthèse du Budō en passant par le Daito-ryu, l’aïkijujutsu, le Kobu et jusqu’à une forme de religion… Après la deuxième guerre mondiale, deux des élèves d’ Ōsensei sont également partis. La question est donc où en est l’aïkidō ?

Je n’ai jamais rencontré Ōsensei, je ne l’ai jamais vu non plus, je ne le connais que par les livres et les films. A partir de là, avoir une connaissance de ce grand homme est impossible, surtout que je ne suis pas capable d’assimiler tel ou tel aïkidō à une phase d’évolution de l’aïkidō d’Ōsensei – impossible. Ce que je peux dire c’est que c’est de l’aïkidō. Avant qu’Ōsensei ne le nomme aïkidō, c’était aussi une partie de l’histoire de l’aïkidō. Aussi, ce qu’il faisait à la fin de sa vie, plutôt spirituel, faisait partie de l’aïkidō … [une objection du traducteur : De nos jours il y a de nombreux enseignants qui pratiquent un aïkidō diversifié et différent, et il est difficile de dire si c’est de l’aïkidō ou pas… Ce sont des facettes d’une seule et même chose.]

Il est probable qu’aucun de nous ne fasse de l‘aïkidō, car seul Ōsensei le pouvait, nous a contrario…

…Même si nous le disions comme ça, il est tout de même important de souligner l’intention que nous avons d’atteindre son niveau. Essayer, avoir cette force motrice, est selon moi ce qui fait aussi l’aïkidō, la technique mise à part …

…Peut être qu’avec les mots que le Doshu a utilisé il y a quelques années : si Ōsensei voyait aujourd’hui la diversité de l’aïkidō, il en serait plus qu’étonné.

Ceci est quelque chose que seul le Doshu peut dire – nous ne pouvons pas le dire.
       
… j’ai eu un petit entretien avec le Doshu à Paris et je lui ai demandé son ressenti du fait d’avoir un grand père d’une telle renommée. Sa réponse fut : « Il était mon papy ».
Tamura Sensei s’en mêla et expliqua qu’ils avaient quasiment peur d’Ōsensei et qu’ils étaient plus tendus que détendus sur les tatamis – et d’un coup arriva en courant un « p’tit gars » (le Doshu) et sauta sur son grand-père…


…Et Ōsensei ne s’énervait pas et pour le Doshu ce n’était que « son grand-père » - la famille. En tout cas la scène que vous décrivez est à en mourir de rire (il rit).
Les enfants de Waka Sensei font maintenant la même chose avec le Doshu…

…A propos de ce que vous disiez à l’instant, ne pas pouvoir vous exprimer ou ne pas avoir le droit de s’exprimer ; il y a quelques temps, lors d’un entretien avec deux élèves du Doshu, ils me disaient que je ne devais pas écrire à ce sujet, je devais le promettre… Je ne leur ai jamais répondu.

Je peux comprendre que cette situation vous mette en colère.

…Je ne me suis pas énervé, j’ai quand même écrit à ce sujet.

Les enseignants du Hombu-Dōjō ont leur point de vue, tout à fait privé – mais tout le monde se retient car chaque parole peut vite emprunter la mauvaise route et être mal comprise. Personne ne peut se  … lisez plus dans l'édition 64FR


 

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