La Colle sur Loup

Entrevue avec Stéphane Benedetti (SB), Malcom Tiki Shewan (TS), Dominique Pierre (DP), Jean-Claude Joannes (J-C)

AJ : Pour quelle raison Yamada n’est plus là ?

SB : Je crois qu’il fallait qu’il ralentisse son rythme de travail, qu’il prenne un peu de recul. Il se déplace tellement qu’il a fini par dire qu’il fallait qu’il lève le pied. De plus, je crois qu’il a quelques petits problèmes de santé, il n’a plus la santé d’un jeune homme de 20 ans.

AJ: Donc cette année, c’est la première fois que vous êtes seuls ?

SB : Oui, c’est la première fois qu’il n’y a pas de maître japonais. Nous ne sommes pas mécontents, il y a une belle participation au stage. Je suis agréablement surpris de voir qu’il y a du monde. On n’attendait pas nécessairement autant de monde.

AJ :Vous faites quoi ? Aïkido ? Jodo ?

SB : Oui, et du iaï. Le matin il y a un peu d’aïkiken, un peu  de Iaï (Muso Shinden Ryu). Il y a 3h d’aïki, en même temps,  il y a 1h30 de jodo. Et l’après-midi, il y a le Iaï Ryûshin shôchi Ryû, et aïkido, et encore jodo… Il y a pratiquement 12h par jour d’activité.

AJ : Beaucoup plus qu’avant ?

TS : Oui, beaucoup plus qu’avant. La formule a été transformée, c’est un stage où l’on travaille. Ce n’est plus l’idée d’un stage-vacances. L’idée de La Colle, au départ, c’était de faire un stage où les gens pouvaient venir passer des vacances et faire un peu d’aïkido le matin.
Depuis le début, je fais toujours un cours de sabre tôt le matin, de 6h à 7h30, et l’aïkido, c’était de 9h à midi. Comme des stagiaires disaient qu’ils voulaient pratiquer aussi l’après-midi, et que la plage ne leur suffisait pas, nous avons ajouté des cours d’aïkido l’après-midi, donnés par des cadres européens. Mais les vacances, c’était autant pour les stagiaires que pour maître Tamura et sa famille.
Après la disparition de maître Tamura, maître Yamada a simplement voulu assurer la suite des choses, pour que cela ne s’arrête pas, donc il est venu en 2011, 2012, 2013, et puis il a décidé de lever le pied en ce qui concerne la fréquence de ses stages à l’étranger. Dans le même temps, Jenny, qui assurait l’organisation, voulait prendre sa retraite – elle avait 92 ans, quand même…
Nous avons réuni les Rencontres européennes, en posant la question : est-ce qu’on arrête là, ou est-ce qu’on essaie de continuer, et si oui, comment ? Comme beaucoup de gens de Mutokukaï, nous étions présents à cette réunion, et nous avons dit : « Eh bien on fait ça ! ». Stéphane vient depuis très longtemps à La Colle, depuis le début…

SB : Oui, à peu près… cela fait plus de 40 ans qu’il a lieu, ce stage, c’est impressionnant.

TS : Oui, depuis 72…
Donc c’est parti de là. Mais Jenny a dit qu’elle ne pouvait plus assurer toute la logistique de l’organisation ; l’équipe avec laquelle elle travaillait, qui est toujours là, a dit qu’elle était prête à continuer, mais ne voulait pas se mettre en avant. Et après discussion, il a été décidé que Mutokukaï allait prendre en charge la direction technique du stage. Les Rencontres européennes restent en place, avec quelques personnes supplémentaires, et nous sommes donc partis avec l’idée de proposer un stage où l’on remplit la journée de travail, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors. Nous sommes restés dans le doute toute l’année, nous ne savions pas combien de personnes on pouvait s’attendre à voir au stage, et à notre grand étonnement – et grand plaisir d’ailleurs – nous avons constaté que c’était une réussite. Nous avons ajouté Pascal Krieger, avec le jodo, il y a des cours de sabre avec Daniel l’après-midi, et les jeunes cadres donnent des cours d’aïkido l’après-midi aussi, et pour l’instant, avec quelques petits changement en jonglant avec les avis, les retours des stagiaires, l’ambiance dans son ensemble était extrêmement bonne. Donc nous avons beaucoup d’espoir que cela continue.
Ce qui est nouveau, évidemment, c’est l’ambiance du stage, la réaction qui pour l’instant est très positive à une forme d’enseignement qui est celui de Stéphane et de moi, d’une part, et d’autre part le fait que nous ayons tous les cadres de Mutokukaï, les hauts gradés, qui interviennent lors des trois heures du matin. Ce n’est pas toujours facile de faire avec plusieurs professeurs, mais comme l’entente entre les enseignants est très bonne, on se complète tout à fait à travers les cours. Si je commence le cours, je fais une heure de cours, Jean-Claude prend la suite sur le même thème, et les stagiaires ne sont pas en train de suivre un cours, puis un autre cours, puis un troisième cours, etc., mais il y a une continuité, un fil conducteur pendant tout le stage, y compris dans les cours de jodo et de iaï. De ce fait, le stage a une cohérence plus forte qu’il n’a jamais eue, et pour nous, ce qui est important, c’est de voir que les gens réagissent très bien à cela, qu’ils en sont contents. Quelqu’un est venu me voir ce matin, et m’a dit « vraiment, voilà le stage que je rêvais de faire, où on pratique toute la journée sur des thèmes, où j’ai l’impression de pouvoir progresser, travailler … ».
Nous sommes très heureux d’avoir pu être à l’origine d’un tel type de stage, et d’autant plus que cela marche bien, avec un nombre important de pratiquants.

AJ : … oui, c’était difficile, avant il y avait maître Tamura, puis maître Yamada…

TS : C’est-à-dire que le stage était essentiellement axé autour de maître Tamura, et ensuite, évidemment, son invité, qui pouvait être Yamada, ou diverses personnes. Mais tout était axé autour de ce qu’ils concevaient. Donc ce n’est plus tout-à-fait la même conception. Nous abordons les choses un peu différemment. Donc les stagiaires auraient pu dire : « ce n’est pas pareil qu’avec les Japonais, et on n’aime pas cela… ». Mais ce qu’on leur propose semble très apprécié.

AJ : Qu’est-ce que tu en penses, Jean-Claude Joannes ?

J-C : Oui, je me souviens qu’une fois j’avais choisi un thème, et puis lui a enchaîné, et le lendemain les gens m’ont dit « ce que vous avez fait tous les deux, c’est super ».

TS : Jean-Claude, donc, animait un cours pendant 1h30 le matin, en compagnie de notre Canadien, qui nous rend visite, qui est un des cadres en Amérique et tous les deux ont su établir tout de suite un rapport permettant que leur cours, qui couvrait 1h30, avec deux professeurs successifs, était vraiment lié. Les gens avaient l’impression de faire la même chose ensemble.

J-C : quand je suis arrivé, les gens m’ont dit : « on a apprécié le cours parce que derrière la continuité, il y a eu autre chose qui s’est greffé… mais dans cette continuité ». Cette forme plaît.

TS : En général, quand il y a un stage avec un ensemble de personnes, il y a souvent un cours donné par un tel, un cours par un tel, un cours par un tel, et il n’y a pas de rapport entre eux. Et, évidemment, ce n ‘est pas l’esprit avec lequel on est parti pour faire ce stage. L’important, c’est que les gens réagissent très bien à cela et adhèrent à l’idée de travailler de cette façon. Cela leur donne la sensation d’être vraiment au cœur du problème.
Evidemment, c’est un stage axé purement sur la pratique de la discipline. Nous n’avons pas d’autres activités qui concerneraient d’autres …


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