Gildo Mezzo, 2 partie 2009 N° 32FR

Au Hombu Dojo… Pour moi, cela a tout le temps été un plaisir. …

Gildo Mezzo pendant de l'entrevue 2009.
Gildo Mezzo pendant de l'entrevue 2009.

Combien d’élèves avez-vous ?

J’ai quatre-vingts adultes et il y a un groupe d’environ trente-cinq enfants dont je ne m’occupe que pour le chapeauter : ce n’est pas moi qui donne les cours, ce sont des gens spécialisés qui donnent les cours aux enfants.
On a du mal à retenir les jeunes. C’est une section qui vieillit, un peu comme l’ACSA. L’ACSA, c’est une fédération qui devient âgée, la moyenne d’âge augmente chaque année. Nous avons un noyau : j’ai des élèves qui sont là depuis le début – il y en a trois, qui sont là depuis maintenant trente-quatre ans – et la majorité du noyau a plus de vingt ans de pratique. Mais on a de la peine – de plus en plus de peine, je trouve – à trouver des gens qui restent, bien que l’on fasse des efforts dans ce sens. Je pense que c’est dû au fait que l’on peut faire tellement de choses maintenant… et puis, et c’est vrai depuis le début, les gens pensent que c’est facile, quand ils voient de l’aïkido et qu’ils ne connaissent pas. Et quand ils sont dans le bain, ils voient que ce n’est pas si facile que ça !

Vous pensez que les jeunes cherchent quelque chose de plus sportif ?

Non, je ne pense pas que ce soit ça… Les jeunes, on les prend à huit ans et le passage jeune-adulte est difficile. On a de la peine, aussi, parce que la pédagogie du cours pour enfants est un peu ludique, on passe par le jeu, et quand ils font la transition et passent chez les adultes, il n’y a plus de jeu, c’est vraiment sérieux, et là c’est difficile. On essaie de trouver des moyens pour faire passer les jeunes chez les adultes, mais c’est difficile de faire qu’ils restent. J’estime, en gros, qu’il faut cent personnes qui commencent pour former un 1er dan. Sur les quarante personnes qui commencent chaque année, il y en a une dizaine qui restent. Combien de temps, on ne sait pas…

Les gens ne se rendent pas compte que cela demande un investissement de temps incroyable et le « problème », mais c’est aussi ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas de limite, pas de plafond. Cela va jusqu’à ce que l’on soit satisfait… mais on n’est jamais satisfait. En aïkido, on peut toujours se perfectionner, notre aïkido évolue avec notre âge, notre condition physique : en fait, il y a une évolution constante.

Les gens pensent que l’aïkido s’apprend comme on apprend quelque chose à l’école : quand vous apprenez les maths, quand vous savez faire une addition, vous savez faire une addition, ensuite on passe à la soustraction, et ainsi de suite. L’aïkido, ce n’est pas comme ça. En aïkido, il faut poncer toute sa vie. Ce n’est pas notre façon habituelle de voir les choses : ici, quand on sait, on sait. Quand on construit un mur, une fois que l’on a posé sa brique, elle est là.

Dans cette perspective, les dans ne veulent pas dire grand-chose…

Je ne regarde pas tellement les grades, je regarde le plaisir que l’on a à pratiquer. Cela peut sembler péjoratif, mais je l’ai fait longtemps tous les matins, comme on se brosse les dents. Il y a beaucoup de Japonais qui font ça au Hombu Dojo. Sans se dire : « Je fais progresser, je vais passer des grades… ». Pour moi, cela a tout le temps été un plaisir. Bien sûr, avec les années, les grades arrivent quand même. Personnellement, je préfère miser sur la durée qu’être pressé. Le chemin est en pente mais la route est longue !

Votre compagne pratique-t-elle aussi ?

Oui, c’est même elle qui enseigne aux enfants. Une des personnes qui enseignent, car en Suisse, pour la sécurité, il faut un enseignant et un assistant pour 7 enfants.
Pensez-vous que l’aïkido a un avenir ?

Un avenir ? Je pense que oui. Je pense qu’il a plusieurs avenirs. Il y une diversification. En Suisse, il y a beaucoup d’aïkidokas qui ont commencé avec Me Ikeda. Maintenant que Me Ikeda n’est plus là, ils essaient de perpétuer son enseignement. Et, en fait, ça dérive un petit peu. Je ne dis pas que ce soit bien ou pas bien, mais ça dérive un petit peu : chacun met ce qu’il a vu de Me Ikeda. Le problème avec ça, c’est que ça s’arrête : Me Ikeda n’est plus là pour continuer. Pour moi, cette approche n’est pas possible : il faut tourner la page.
Moi, j’ai tourné la page. J’essaie d’arriver à une certaine satisfaction dans mon évolution. Je ne peux pas m’arrêter, comme ça, à un souvenir. Je suis assez ouvert à des maîtres. Par exemple, j’ai rencontré un maître au Japon, et aussi à Genève : Me Yamashima, vous le connaissez ?

Nous avons publié un entretien avec lui dans notre numéro d’automne 2008.

Me Yamashima est un maître très abordable. Toutes les années, au mois de mai, il y a les démonstrations de tout l’aïkido japonais au Nippon Budokan. Il y a au moins 20 000 personnes qui participent à cet embukaï. Je l’ai regardé avec lui, on a discuté un moment et je l’ai trouvé hyper abordable, très sympathique, pas comme certains maîtres… J’ai bien aimé ce maître, sa technique et sa personnalité. Il vient à Genève de temps en temps, pas chez nous, mais là où j’ai commencé l’aïkido : au Judoclub de Genève.
Personnellement, je ne suis pas très social, un peu sauvage : un ours [rires].

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