Gildo Mezzo enseigner à Genève – entretien été 2009

En 1970, j’ai décidé de tout lâcher ici et de partir au Japon, pour l’aïkido…


Gildo Mezzo dans sa maison à Jura.

Gildo Mezzo, c’est un nom italien, n’est-ce pas ?

Oui, mais tout comme mon père, je suis né à Genève.

Quand, pourquoi et comment avez-vous commencé à pratiquer l’aïkido ?

J’ai commencé le judo en 1961, et dans le dojo où je m’entraînais, il y avait aussi un cours d’aïkido après le judo, et après quelques années j’ai essayé de faire un peu d’aïkido. Petit à petit, ça a basculé dans l’autre sens : j’ai fait beaucoup plus d’aïkido que de judo, et j’ai vraiment commencé l’aïkido en 1965. J’ai fait de l’aïkido ici jusqu’en 1970, puis je suis parti au Japon où je suis resté 5 ans. J’étais parti pour un temps indéterminé, et j’y suis resté jusqu’en 1975. J’étais là avec les pionniers de l’aïkido : Christian Tissier, Frank Noël, Alain Guerrier…

Peter Shapiro ?

Un Américain ? Oui. Et puis Gérard Sachs, qui est encore au Japon… il y avait aussi M. Perrin, qui est décédé il n’y a pas très longtemps. Donc j’ai pratiqué là, j’ai repassé tous mes grades…

Au Hombu Dojo ?

Oui, au Hombu. J’ai été aussi dans de petits dojos, mais j’ai principalement pratiqué au Hombu Dojo.

Et avant votre départ, quel était votre professeur ?

C’était Me Valleé, qui était surtout prof de judo. Il travaillait l’aïkido avec Me Nocquet et Me Cauhépé. J’allais aux stages de Me Nakazono. C’était à Annecy, pas très loin d’ici. C’était presque le seul stage d’été qu’il y avait à l’époque. Il y avait aussi le maître qui était à Londres, et Me Tamura. Et en 1970, j’ai décidé de tout lâcher ici et de partir au Japon, pour l’aïkido : j’étais assez insatisfait de ce qu’il y avait ici.
Quand je suis rentré ici, à Genève, j’ai tout de suite rejoint l’Association Culturelle Suisse d’Aïkido (ACSA) qui avait été créée en 1969. Le dojo où j’enseigne maintenant enseignait l’aïkido, mais celui de Mochizuki. En 1975 c’est devenu le Yoseikan Budo, et comme le dojo voulait garder une section d’aïkido, ils m’ont demandé de créer une nouvelle section d’aïkido Ueshiba. Ce que j’ai fait, et depuis je suis là…ça fait maintenant 34 ans que j’enseigne l’aïkido au Shung Do Kwan.
Maintenant je vais au Japon chaque année, pour deux mois. Les quatre dernières années, j’y suis allé pour faire du ken : en septembre 2008, j’ai créé une section ken au Shung Do Kwan. Cela fait 25 ans que je pratique le Kashima Shin Ryu, mais depuis quatre ans je vais au Shiseikan Dojo, avec Inaba Sensei. Si je retourne au Japon, c’est surtout pour me perfectionner en kenjutsu, je n’y fais pratiquement pas d’aïkido.

Le kenjutsu est plus intéressant que l’aïkido ?

Non, mais comme j’ai créé une section de kenjutsu, il faut que je me perfectionne encore. Je vais le faire aussi longtemps que je le peux… mais cela ne va peut-être pas durer longtemps : j’ai 64 ans !

Qu’est-ce qui vous a amené à pratiquer le kenjutsu ?

C’est une décision que j’ai prise il y a vingt-cinq ans de cela : tous les maîtres commençaient à avoir leur propre façon d’enseigner l’aïkiken. Chaque fois que j’allais pratiquer avec un autre maître, c’était quelque chose de différent, et j’ai choisi le Kashima Shin Ryu, qui est une école qui se complète bien avec l’aïkido. Et depuis c’est la seule école que je pratique. Pendant 25 ans, dans le cadre de la section d’aïkido, j’ai fait le Kashima Shin Ryu, mais l’année dernière je l’ai séparé. J’ai créé une nouvelle section, la section kenjutsu, pour que les personnes qui ne voulaient faire que du kenjutsu puissent s’inscrire au dojo.

Vous enseignez ainsi un style très traditionaliste…

Oui, j’ai eu la permission d’Inaba Sensei. Inaba Sensei est un peu dissident de la vraie école Kashima. Il a un peu démocratisé l’enseignement, parce que dans la vraie école Kashima ils sont très stricts : si on fait de l’aïkido, ils n’acceptent pas que l’on fasse le Kashima Shin Ryu. Alors que moi je veux toujours faire de l’aïkido.

Vous avez dit que pendant votre séjour au Japon vous aviez aussi pratiqué dans de petits dojos, quelle était la différence avec le Hombu ? Et en quoi le Hombu a-t-il changé ?

Au Hombu, c’était comme maintenant, il y avait cinq cours par jours. Mais les maîtres, eux, ont changé ! Les horaires sont exactement les mêmes : c’est toujours le Doshu qui fait le premier cours du matin, il y a un deuxième cours à 8 heures, un cours à 3 heures, et les deux cours du soir à 5 heures et demie et à 7 heures.

Maintenant, il y a un cours pour les femmes…

En plus… C’est vrai ! Il n’y en avait pas avant.
Et avec qui avez-vous travaillé ?

J’ai travaillé avec Saotome, Yamaguchi, Tohei – qui était encore au Hombu – et bien sûr avec le Doshu – qui à l’époque était Koshimaru. Il y avait encore Arikawa, Osawa père… Je pratiquais le plus possible.
Au Japon, j’étais cuisinier – j’étais déjà cuisinier ici – et comme cuisinier on trouve facilement du travail.

Les Japonais s’intéressaient à la cuisine française ?

J’ai fait la cuisine suisse… avant, j’avais commencé par travailler dans une ambassade.

Et vous avez aussi fait la cuisine japonaise ?

Pas trop… un petit peu… Mais j’adore ça.

Et les petits dojos ?

Il y en avait un à Kamakura, où j’habitais. Takeda Sensei, quand il était jeune, y enseignait. C’était un petit dojo au bord de la route, j’y suis allé quelquefois. Je suis aussi allé dans d’autres dojos où cela ne m’a pas tellement plu, je n’y suis pas resté et j’ai même oublié où c’était. J’ai été aussi dans un petit dojo à Shibuya…

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