Gérard Obellianne

Maître Kobayayashi m’avait désigné comme délégué de l’Aïkikaï Osaka Hombu pour le Maroc.

Aikidojournal Interview

Gérard, pour quelle raison habitais-tu au Maroc ?

Parce que j’y suis né, même si je ne suis pas marocain. Mes grands-parents étaient dans l’armée, et mon grand-père a été envoyé au Maroc avant la guerre de 39-45. Et donc mon père a fait une partie de ses études du côté de Nancy, puis ensuite au Maroc ; il y a enseigné, puis il a rencontré ma mère… et voilà. Et je suis né en 1942, à Rabat, la capitale administrative du Maroc. J’ai fait toutes mes études, ma scolarité secondaire, mes études universitaires scientifiques, à Rabat. Mes professeurs venaient de Bordeaux ou de Pau, ils étaient envoyés en mission au Maroc.
Après, je suis entré dans l’éducation nationale, j’ai été d’abord instituteur, puis professeur, puis conseiller pédagogique, enfin inspecteur. Puis je suis rentré en France parce que tout l’enseignement, qui était en français, a été ensuite donné en arabe. Or je parle l’arabe, mais l’arabe dialectal, et je ne l’écris pas. C’est l’arabe dialectal qui prime dans le contact direct, mais si on veut lire les journaux, ou des revues qui viennent d’autres pays que le Maroc, il faut connaître l’arabe classique, et ce n’était pas mon cas.
Donc nous sommes rentrés en France, en 1987. J’avais 45 ans. J’ai pris un poste de sciences physiques au lycée, et ma femme un poste de professeur de mathématiques dans la même ville. Nous avions acheté une maison à une trentaine de kilomètres de Mont-de-Marsan, en 1976, et c’est pour cela que nous avions demandé à revenir sur Mont-de-Marsan. Donc nous étions très contents.
C’est à ce moment que j’ai commencé à créer un club, parce que quand je suis allé dans les clubs existants, on trouvait que j’étais trop gradé, et que ça n’allait pas. Donc j’ai créé un club à la base aérienne de Mont-de-Marsan, et voilà, cela continue….

Tu avais donc commencé l’aïkido au Maroc ?

j’ai commencé l’aïkido, je ne sais plus si c’est en 1967 ou 1968, avec Georges Stobbaerts, qui est maintenant au Portugal. Georges Stobbaerts a été obligé de quitter le Maroc en 1970 pour partir au Portugal, et c’est moi qui ai pris la direction du club, le Budo club du Maroc.
Cela n’a pas été facile du tout, parce qu’il y avait des jalousies. J’ai été confronté à des provocations. C’était l’époque des premiers films de Bruce Lee, et les gens allaient dans un dojo pour provoquer le maître, etc. J’ai eu la chance d’avoir des gens qui venaient assister à mes cours et qui après, me demandaient un combat … Je ne me suis jamais dégonflé, j’ai toujours répondu positivement, et les gens ne donnaient pas suite. Si j’avais répondu négativement, ils auraient insisté. Alors je leur demandais : « Quelle arme vous voulez ? Le sabre ? A mains nues ? Avec un couteau ? Vous voulez le combat, d’accord. A quelle heure ? A quel moment ? ». Ces provocations forgent le mental. A d’autres moments, je trouvais le club saccagé ; par exemple  il y avait un sabre planté sur la table du bureau, avec une photo de moi, façon de dire « aujourd’hui, c’est la photo, demain, c’est toi » … (rire) C’était le folklore, à tel point que lorsque j’allais faire cours – parce que je donnais des cours d’aïkido à peu près vingt-cinq heures par semaine, de 17h du soir à 21h, tous les jours – après mon travail au lycée, j’étais obligé de mettre dans ma maison un gardien pour protéger ma femme et mes enfants  pendant ce temps.
Ma femme avait peur, il fallait que je la tranquillise, avec un gardien elle était rassurée, mais moi je faisais attention parce qu’on me suivait en voiture, etc. A tel point que j’avais des élèves qui me suivaient. Un jour je leur ai dit « mais arrêtez, ne me suivez pas, parce que je vais croire que ce sont des gens qui veulent m’agresser et je vais leur rentrer dedans ». Ils m’ont répondu : « non, non, c’est pour te protéger ». C’était très sympathique. Puis cela s’est calmé. Au bout de cinq, six ans, j’ai créé un autre club. Le premier club qui s’appelait  Budo Club du Maroc a disparu parce que tout le bloc a été racheté par une société pour faire une école privée, et il n’y a plus eu de cours.
J’ai donc créé un club, le Bu Iku Kan  avec un ami qui pratiquait le karaté avec maître Arada Harada, qui était à Londres, à l’époque. C’était du karaté do shotokaï, je crois. Il s’appelait Jean Visconti. Il avait son club, il m’a dit qu’il voulait l’étendre, et nous nous sommes donc associés pour créer le Bu Iku Kan, en plein centre de Casablanca, et nous avons eu beaucoup de monde.
Voilà mes débuts au Maroc. Mais quand j’ai commencé à enseigner avec la responsabilité du club, je n’étais pas tranquille. J’apprenais par cœur ce que j’allais enseigner. C’est normal, je n’avais pas de formation, donc je me suis formé sur le terrain.
En 1971, j’ai créé un cours d’enfants : j’avais 80 enfants sur le tapis, j’étais crevé, fatigué … parce qu’après j’avais le cours des adultes. Il y avait un intervalle de temps d’une demi-heure entre les deux cours ce qui me permettait de dormir un quart d’heure. Après j’ai formé des assistants, parce que tout seul, 80 enfants, c’est énorme ! Donc après il y avait des gens qui m’aidaient, et cela allait bien. Mais en France, il n’y avait pas encore de cours d’enfants, à l’époque. J’en garde un bon souvenir, c’était sympathique.


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