Alain Peyrache Lyon 2008.

…on travaillait avec Nakazono, puis Noro, puis avec Tamura …


Alain Peyrache au dojo à Lyon septembre 2008.

Vous souvenez-vous de vos débuts en aïkido ?

Moi, oui, je me rappelle. Mais est-ce que cela va intéresser vos lecteurs ?

Bien sûr ! Chacun de nous a commencé un jour, et c’est intéressant de savoir pourquoi et comment quelqu’un comme vous a débuté.

J’ai commencé en 1964.

Ici, à Lyon ?

A Villefranche sur Saone et à Lyon, en parallèle. C’était pratiquement les premiers cours d’aïkido dans le Lyonnais. Il y avait très peu d’aïkido à l’époque : le plus haut gradé était 3e kyu.

Et avec qui travailliez-vous ?

Avec les élèves directs du fondateur Morihei Ueshiba. On a commencé avec Nakazono, Noro, ensuite Tamura, puis tous les autres, Tada, Asaï, Ichimura… Je n’ai pas commencé tout de suite avec les Japonais, mais, par erreur, avec Nocquet, parce que j’avais 14 ans… Je suis allé au premier dojo qui était à côté de chez moi, et le professeur – c’est un bien grand mot – était un élève d’André Nocquet. Après quelques mois on s’est aperçu que ce n’était pas ça, que ce n’était pas ce que l’on voulait faire et quelques anciens m’ont amené à Lyon en R8 Gordini (toute une époque) – car à l’époque je n’étais pas motorisé – pour voir des élèves qui travaillaient avec Me Nakazono…
Ensuite quelques mois après, les ”anciens“ ont créé un dojo pour travailler avec les maîtres japonais, élèves de Me Ueshiba, qui arrivaient en France et en Europe. On était sous la coupe d’un président du judo qui voulait des postes fédéraux et on nous obligeait à faire du Mochizuki et tout un tas de choses qui servaient les intérêts de ce judoka administratif qui voyait là un excellent moyen de se faire dorer le blason, mais nous, ça ne nous intéressait pas. En revanche, cela a fait que l’on a connu un peu tout ce qui se faisait en aïkido à l’époque.

Il s’agit du fils, de Hiroo Mochizuki ?
Oui, c’était des élèves du fils, c’était l’époque où Floquet était encore avec Mochizuki fils, il est parti bien après. Comme on était dans un club de judo, le président du club voulait monter dans la hiérarchie fédérale, et nous obligeait dans ce sens à travailler avec ces gens-là, parce que c’était des gens reconnus par la fédération FFJDA. Mais cela ne nous intéressait pas du tout.
C’était déjà une des manifestations du système administratif… Mais enfin bon, on va avoir l’occasion d’en reparler.
La plupart des pratiquants l’ignorent sans doute, mais il faut se souvenir que le judo a pesé pendant des années sur l’aïkido, du moins jusqu’à la scission de 1981, date de la création de la FFLAB. La FFAAA a prolongé cette tutelle pendant quelques années supplémentaires. Si je vous raconte tout cela, c’est parce que le judo a été perverti en moins d’un an, justement à cause de cette administration : relisons par exemple ce qu’en a dit l’ancien champion Levannier, pionnier de la discipline ! (Alain Peyrache lit un extrait reproduit en bas de page)*
Le judo est pourtant conçu au départ par Kano pour être un sport, ce qui n’est pas le cas de l’aïkido qui est exactement l’inverse. C’est pourquoi les dégâts causés par la structure sur la discipline sont encore pires en aïkido.
Faire fonctionner un art comme l’aïkido dans un système sportif, avec sa logique sportive, c’est certainement la pire des choses qui puisse arriver. Cela conduit immanquablement à pratiquer autre chose que de l’aïkido, et en peu de temps.
Le seul moyen d’en sortir est de fonctionner autrement que dans le cadre sportif. Mais il m’a fallu longtemps pour le comprendre. C’est pourquoi j’ai créé l’EPA dans les années 90.
Le but de toute administration est le pouvoir. On crée une administration pour résoudre un problème et on s’aperçoit que lorsque le problème est résolu, lorsque l’administration n’a plus de raison d’être, elle perdure uniquement pour elle-même. Pensez à la vignette auto dont le financement n’assurait même pas la paye des fonctionnaires qui s’en occupaient !
Le seul but d’une administration est d’assurer sa survie et celle de ses hiérarques. Plus elle est contestée, moins elle s’ouvre à la démocratie. Il suffit de regarder le monde fédéral aïkido pour s’apercevoir qu’il y a de nombreux adeptes. J’en viens parfois à penser qu’il suffirait qu’ils aient les moyens de faire appliquer par la force leurs délires, et nous aurions au pays des droits de l’homme de véritables autocrates, et toujours pour la bonne cause : un aïkido fédéral, officiel etc. Vous connaissez leur littérature comme moi.
Très rapidement, dès le début des années soixante-dix, je suis entré au Comité directeur de l’ACFA – en France, à l’époque, il y avait l’ACFA (Association Culturelle Française d’Aïkido) qui avait environ 800 adhérents, il y avait André Nocquet (un ancien judoka, culturiste), qui était dans la fédération de judo, cela représentait 3000 adhérents. Il y avait également Mochizuki, un ”grand maitre” qui, du haut de ses vingt ans, collectionnait déjà les 6e dan en judo, en karaté, en aïkido, etc. Il avait à peu près le même nombre d’élèves. Ces fédérations fonctionnaient avec le judo FFJDA, toutes étaient déjà dans la logique sportive.
L’ACFA était à part: on travaillait avec Nakazono, puis Noro, puis avec Tamura quand il est arrivé.
Nous avions la volonté de ne pas être un sport. C’est ce qu’indiquait l’intitulé de nos associations (Association Culturelle Française d’Aïkido = ACFA et Association Culturelle Européenne d’Aïkido = ACEA).
On a liquidé l’ACFA vers 1971-72 : on a arrêté parce qu’il y a eu une première réunification française, c’était l’UNA (Union Nationale d’Aïkido), jusqu’en 1981 où nous avons quitté la fédération de judo avec Me Tamura pour créer la FFLAB et c’est à ce moment-là qu’il y a eu la création de la FFAAA.

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