Peyrache Alain, Lyon 2partie 2008

C’est en rupture avec le système traditionnel martial des menkyo.

Alain Perache dans l'entretien avac Horst Schwickerath
Alain Perache dans l'entretien avac Horst Schwickerath

Quand vous avez quitté la FFAB vous étiez 6e dan. Et maintenant?

Rien du tout. Puisque chez moi, je suis tout seul, je suis le ”patron de mon école”, de mon cours, de mon dojo. Je m’occupe de mon dojo, de mes élèves, je ne suis pas dans un autre système. Parfois les gens me donnent un titre, parce que cela leur permet de le reclasser… là aussi, il y a beaucoup à dire, parce que l’invention des grades kyu et dan, c’est quand même une invention de Kano, ce n’est pas de l’aïkido. Ça aussi c’est du bricolage fait par le fils Ueshiba. L’invention des kyu et dan a été pensée dès le départ pour la mentalité occidentale et le sport, inspirée d’ailleurs par les grades universitaires et militaires occidentaux. C’est en rupture avec le système traditionnel martial des menkyo. C’était la volonté de Kano, fondateur du judo, qui était moins un pratiquant d’art martial qu’un intellectuel…

C’est pour cette raison que les gens qui ne s’y connaissent pas se sont raccrochés à ça, parce que cela correspond à leur mentalité. Je vois pas mal de pratiquants qui ne sont pas avec nous et qui viennent par curiosité voir ce que nous faisons ; la première question qu’ils posent, c’est celle des grades. C’est ce qui permet aux administrations d’exister et de fonctionner, comme par hasard.

Est-il alors surprenant que des élèves du fondateur aient renvoyé leurs grades et diplômes quand le système Kano est devenu la norme ? C’est ce qu’ont fait MM. Abe et Nakazono que nous avons bien connus en France, par exemple.

Quand j’étais débutant, dans les premières années de l’aïkido, on ne demandait pas: ”Quel est ton grade?”, on demandait: ”De qui es-tu l’élève?”. C’est comme ça que l’on classe un pratiquant d’aïkido. C’est l’élève de Maître Machin, pas selon la fédération ni le grade.

C’est exactement ce qui faisait la richesse de l’aïkido : tous ces élèves du fondateur qui propageaient des enseignements différents, cela permettait à chacun de trouver un maître à sa convenance.

Mais dans un système sportif, où règne la pensée unique, on ne peut diplômer que ceux qui se conforment rigoureusement au référentiel. Il ne peut donc pas en être autrement : la diversité n’étant pas gérable administrativement, elle est combattue par tous les systèmes administratifs, quels qu’ils soient.

Dans l’entreprise de Me Machin vous occupez telle fonction, ou il vous a placé à tel poste… soit, mais chez un autre ce sera peut-être différent. Si vous êtes contremaître chez Renault, vous n’êtes pas forcément contremaître chez Citroën quand vous changez d’entreprise ! En revanche, quand vous créez votre propre affaire, vous n’êtes plus contremaître mais patron… Soke en japonais.

Et les lois et règlements nationaux, les Brevets d’Etat…

Le Brevet d’Etat, c’est l’autorisation légale de gagner de l’argent avec la profession de professeur d’aïkido en France. Cela veut dire que cela intéresse uniquement les professionnels, qui se comptent sur les doigts d’une main. Maintenant, au niveau de l’Europe, il y a une circulation des diplômes, une circulation des compétences, et vous pouvez travailler dans n’importe quel pays du moment où vous êtes reconnu. En Belgique, les fédérations locales sont reconnues par le ministre, mais tout ce qui est international est reconnu par le Roi des Belges. Nous sommes la seule association internationale belge pour l’aïkido, à ma connaissance, à être reconnue par le Roi des Belges. Cette reconnaissance est valable au niveau de l’Europe, nous sommes donc tout à fait officiels, européens, dans le cadre légal: il n’y a pas de souci. Et nous avons cette volonté de fonctionner de manière européenne, mais dans l’esprit de la tradition japonaise, c’est-à-dire: ”Un maître, un dojo.”
Personnellement je ne m’occupe que de mes élèves. C’est aussi une forme de respect à l’égard de mes collègues.
Nous avons connu différents maîtres japonais, élèves du fondateur de l’aïkido, et certains d’entre nous en avaient choisi un, avaient choisi de suivre son enseignement. Chez nous c’est exactement cela qui se passe.
Il n’y a pas de méthode nationale, de contraintes qui n’ont rien à voir avec l’aïkido. Et comme nous avons un milieu de travail complètement différent, cela produit une ambiance, une pratique, des attitudes, des échanges humains tout à fait différents, et tout ce que l’on retrouve dans les fédérations ne se retrouve pas là, parce que cela ne peut y exister.

On a retrouvé le système traditionnel japonais, où il n’y a pas de fédération, où il y a 3000 dojos, qui sont en fait des entreprises artisanales, avec à leur tête un maître. Il y a certes des regroupements de dojos, dont le Hombu dojo, un dojo parmi tant d’autres mais le plus connu: il profite en effet au niveau des institutions du crédit du fondateur de l’aïkido, dont ils sont les héritiers. Mais il existe énormément de dojo d’aïkido au Japon, dont plusieurs milliers qui n’ont rien à faire de l’Aikikaï où, selon eux on ne fait plus d’aïkido depuis longtemps.

Dans le système français… si vous voulez entrer dans le cadre de ”Jeunesse et Sport” pour avoir l’agrément du Ministère, le label ”poulet du Gers”, vous êtes obligé de suivre le règlement sportif qui n’est pas fait pour les pratiquants d’aïkido mais pour des sportifs.

Vous n’êtes pas obligé, en France, d’avoir le label ”poulet du Gers” du Ministère Jeunesse et Sports qui veut imposer sa tutelle, mais vous pouvez très bien exister légalement en tant qu’association selon la loi de 1901 qui dit que deux personnes au moins peuvent s’associer pour décider d’un fonctionnement commun. Il suffit que ce fonctionnement commun soit celui d’un dojo traditionnel, et l’association est tout à fait légale. Elle n’aura pas l’agrément de Jeunesse et Sports, mais on s’en fiche, on n’en veut surtout pas ! Parce que si vous l’acceptez, vous déviez, vous êtes dans un cadre qui n’est plus le vôtre.

Pour en revenir à votre histoire personnelle, pratiquiez-vous un autre art martial avant l’aïkido?

Non. Au départ je voulais faire du judo, c’est par erreur que je suis arrivé à l’Aïkido.

Vous n’êtes pas le seul : c’est arrivé à de nombreux de nos interlocuteurs ! Et cela vous a plu tout de suite?

Oui, cela m’a plu et j’ai continué.

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