Cornelia Remmers

Christian m’a rapidement proposé de faire homologuer mon grade de 2ème dan

Cornelia Remmers pendant notre entrevue - Vincennes 2014.
Cornelia Remmers pendant notre entrevue - Vincennes 2014.

Pourquoi es-tu venue en France?

Je suis venue m’installer en France afin d‘approfondir mes connaissances en aïkido auprès de Christian Tissier, cela remonte déjà à 20 ans… A mon arrivée, Christian m’a rapidement proposé de faire homologuer mon grade de 2ème dan que j’avais obtenu en Allemagne. Ce geste a été pour moi le signe qu’il m’acceptait en tant qu’élève.
Quant à Patrick Bénézi, c’était un enseignant dont j’avais fait connaissance lors d’un stage à Hambourg, puis je suis venue en Savoie pour mon premier stage d’été français. Patrick enseignait aussi au sein du dojo de Christian, il dispensait un cours le jeudi soir, ainsi j’apprenais également avec lui.

Cela n’a pas été le baptême du feu ?

Non, pas vraiment même si je ne savais pas ce qui m’attendait. L’aïkido avait pour moi un rôle très particulier, pour ne pas dire essentiel dans ma vie, un peu comme Patrick l’expliquait lors de son interview publiée récemment dans ce journal. Toutefois, devenir enseignante n’était pas le but de mon apprentissage, car comme le disait Patrick, les élèves sont souvent dans une position où ils acceptent de manière inconditionnelle ce que peut transmettre le professeur. J’en ai fait l’expérience lorsque j’ai enseigne à mon tour, et cela ne me satisfaisait pas. Je ne recherchais pas une relation trop marquée par la soumission qu’on  trouve souvent entre professeur et élève. Je suis venue poursuivant une grande passion, un  besoin profond de développer ma pratique d’aïkido. La première année à Paris, je me consacrais quasiment entièrement à la pratique et à l’apprentissage de la langue.
 
Est-ce que tu as trouvé chez Christian un Aikido différent, plus intéressant ?

En effet, c’était bien plus intense, le contact avec le partenaire était « plein », l’action allait sur ce qu’on appelle plus communément le « centre ». La perception du corps de l’autre dans la relation prenait une nouvelle dimension. Puis, l’aspect martial s’y joignait également. Très généralement on peut dire que les Français ont beaucoup travaillé sur la pédagogie pour transmettre l’art.
 
Dirais tu que les Allemands manquent d’une pédagogie fine ?

L’enseignement en Allemagne à l’époque, consistait surtout dans un apprentissage par la vision. L’élève regardait le professeur faire la technique avec un élève au milieu, et il essayait ensuite de reproduire le mouvement qu’il venait de voir. Lorsqu’on servait d’uke au professeur, on avait aussi une expérience par le mouvement, par le contact direct. Mais de manière générale, il y avait très peu d’explications. Lorsque j’ai fait mes premiers stages avec des professeurs français, Christian Tissier, Patrick Bénézi et Franck Noël, que je fréquentais lors de stages à Cologne et Hambourg, je me suis rendu compte de la différence flagrante dans l’enseignement. Ils nous proposaient des exercices pour apprendre certaines séquences d’un mouvement, ils expliquaient ses aspects techniques. Pour la première fois, on nous donnait des éléments constitutifs pour apprendre le rôle d’uke. Patrick et Franck évoquaient souvent les principes qui conditionnent la pratique, et que l’élève doit respecter.
 
Est-ce que tu pourrais expliquer ces principes ?

On pourrait les distinguer en trois catégories : les principes ou valeurs spirituelles et liés à la relation avec le partenaire (Shin), les principes techniques (Gi) et les principes des qualités physiques (Tai). La plupart du temps, ces aspects sont tous les trois imbriqués et difficilement séparables les uns des autres.
Lorsqu’on est formé en France pour devenir professeur d’Aikido (contrairement aux Allemands, il faut obtenir un diplôme d’Etat) « l’école des cadres » apprend aux futurs enseignants d’aïkido à transmettre et illustrer les différents aspects aux élèves. Ce sont surtout les principes techniques qui sont explicités. On insiste par exemple sur l’unité du corps, la verticalité, le principe d’irimi et d’anticipation, la construction de la rencontre avec le partenaire (déaï) et la non-violence. Lors des passages de grades pour l’obtention des dans (depuis environ 15 ans je suis membre des jurys de 1er  et 2ème dan), on évalue l’exécution des techniques sous l’angle de la construction avec ses trois phases et le principe d’intégrité. Au cours de l’exécution, on doit retrouver l’application de l’ensemble de ces aspects. La connaissance purement théorique est moins importante que d’être capable de traduire ses connaissances en mouvement. Des indicateurs clairement définis attestent de la bonne compréhension de la technique par le candidat. Il existe une multitude de styles et d’écoles différents au monde, et leur base commune est constituée des techniques prédéfinies : shihonage, kotegaeshi... avec comme point commun le respect des principes d’exécution.

Tu as évoqué l’aspect martial, est-ce que l’aïkido est un art martial ?

Oui, tout à fait et c’est une notion juste. Morihei UESHIBA, son fondateur, était lui-même un guerrier au sens propre du terme. Il a étudié différents arts martiaux et les a développés. L’expérience spirituelle avait une place centrale pour O Sensei. Par période, cet aspect prenait même le dessus par rapport à la pratique physique.
En aïkido, tous les mouvements se construisent sur le schéma de l’attaque (saisir par exemple le poignet pour empêcher de dégainer le sabre) et la « défense ». La défense pour un aïkidoka consiste dans l’absorption et la conduite de l’attaque. On canalise donc l’énergie de l’attaquant. Il ne s’agit pas d’un combat au sens de la compétition, mais de la ritualisation de mouvements qui permettent de développer des qualités physiques et spirituelles. Lorsqu’on pratique avec attention et intelligence, on construit de bonnes bases qui permettent d’affronter d’autres situations conflictuelles de la vie.
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