Jean-Jacques (Jisch) Scheuren

Entretien à Schengen 2e partie Édition 68FR


Jisch während unseres Gespräches 14/11/2017 à Schengen

Gudrun : … quels âges ont-ils ?

… 28, 24 et 22 ans. 

Gudrun : … Mais c’est un âge où les intérêts peuvent être nourris…

… C’est l’âge idéal – j’ai débuté à 26 ans, après les études. Tu as fini ta formation et tu peux chercher de nouvelles voies à suivre ….
A l’époque, je lisais beaucoup sur l’aïkidō – c’était l’aspect philosophique qui m’attirait. J’ai rencontré quelqu’un au Luxembourg, qui vivait de manière macrobiotique – nous avons aussi pratiqué le zen ensemble et cuisiné de manière macrobiotique ensemble, nous étions souvent dans les montagnes suisses pour chercher la proximité de la nature …
Nous avions un stage avec Gerd Walter dans un cloître à Marienthal, Rosch Krieps et sa femme Heng cuisinaient de manière macrobiotique – je ne l’oublierai jamais, essayer d’éduquer des mangeurs de viande en suivant la méthode macrobiotique.

Je crois que c’est un aspect important de l’aïkidō que d’être satisfait. Mais de l’autre côté, parce que je n’ai pas fait attention, sont apparus chez moi des problèmes de dos et de genoux. Je suis persuadé que mes problèmes de genoux viennent des sauts de grenouille du cours de karaté et d’un peu trop de suwariwaza [座り技]. J’ai aussi eu un problème au niveau des disques intervertébraux, provenant à 100 % de l’aïkidō.

… est-ce que tu recommencerais l’aïkidō ?

… Je crois que oui. J’ai toujours été nageur – où le souci vient du fait de ne pas travailler pour toi, mais pour être meilleur que l’autre – ou pour „améliorer ton chrono“. Ce qui est beau dans l’aïkidō, c’est que tu travailles ta propre technique – afin de l’affiner. En français, ce terme est parfaitement défini par „art martial“. C’est comme en poterie – l’artisan essaie de dessiner les tonalités de sa terre au mieux. En aïkidō, tu fais tes techniques afin qu’elles soient de plus en plus „compréhensibles“ … c’est-à-dire de plus en plus précises. L’objectif n’est pas de mettre uke à terre au plus vite, mais d’emprunter ton chemin sur la voie de l’aïkidō. 

Le travail du centre, mais que tu retrouves dans plein de sports, est un aspect assez intéressant. Ou si tu dis à une personne, fais cela pendant 30 ans, alors il se peut que tu aies des regards stupéfaits.
Avant, j’ai également ressenti cette tension, lorsqu’une personne arrive et remplit toute la salle, il ne te viendrait même pas à l’esprit de ne pas t’assoir correctement – quoi que ça veuille dire. Pourtant, j’ai la sensation que dans une telle heure de cours, comme je la décris, j’apprenais à l’époque beaucoup plus qu’aujourd’hui … Peut être que j’ai déjà énormément appris et mon potentiel est atteint.

… Peut-être que tu ne peux plus le juger maintenant, parce que tu travailles sur autre chose, comme la précision du mouvement des hanches – tu n‘as des fois plus besoin d’attraper le bras d’uke, mais tu le guides, avec un doigt.

La dernière fois, Tiki Shewan est venu chez nous, il a débuté avec une technique et à la fin, il a parlé d’aïkidō … je me suis dit : „ohlala, c’est un long chemin pour arriver à expliquer cela, mais c’est primordial“. Il a fait un grand détour afin de parler des techniques au sabre pour en venir à l’aïkidō. Tiki est un maître dans ce domaine et je ne suis pas capable de le juger. J’aime le sabre comme Chiba le montre – avec une main. Comme ça, tout le monde voit que le sabre est la prolongation de notre bras, qui fait partie de notre mouvement de corps.

… Est-ce que tu es satisfait du développement du dojo ?

… nous étions 153 l’année dernière, dont 90 enfants.

… ici ce sont alors aussi les enfants qui portent le dojo.

… si nous n’avions pas les enfants, je ne pourrais pas inviter d’autres enseignants.

Ici, les parents travaillent, comme partout ailleurs – je vais chercher les enfants à 16h de la garderie – à 16h15 débute le premier cours et à le deuxième – les parents viennent ensuite chercher les enfants – ou dans certains immeubles, il y a une autre garderie pour les enfants jusqu’à ce que les parents viennent les récupérer. Et ça, quatre fois dans la semaine, donc, nous sommes des baby-sitters.

… j’ai en fait des hauts gradés dans mon Dōjō – mais ils devraient devenir plus actifs, d’une part venir au moins une fois dans la semaine pratiquer, si non, toutes les deux semaines – mais cela doit être régulier. Le mieux serait qu’ils donnent un cours par semaine … cette diversité donne vie au Dōjō … j’en ai l’expérience.

Certains adhérents reviennent après des années au Dōjō, ils étaient absents à cause d’un divorce, ou reviennent parce que les enfants ont grandi …

Tu ne peux que dire : « la porte est ouverte ».

Nous avons réagi à ces situations, nous avons mis en place un tarif famille depuis longtemps – il y a une limite haute comprenant les adultes avec leur X enfants, ils n’auront pas à payer plus cher. Ces « entrées d’argent minimisées » doivent être vues comme une forme de publicité car ces familles peuvent amener d’autres familles à venir au Dōjō – ceci amène également de la vie. 

Souhaites-tu dire quelque chose de particulier ?

C’est la question piège ?

En Europe, l’aïkidō est devenu européen – mais en quoi est-ce encore européen ? Si l’on regarde de l’autre côté de la frontière en France – on voit tout de suite à quel point ils ne se mélangent pas entre eux. Selon moi, quand Me Tamura était encore des nôtres, la situation était meilleure – on se rencontrait tous pour l’aïkidō – peut être que je ne fais que rêver, peut-être n’est ce qu’une image mais de mon point de vue, de par sa prestance, il y avait une autre volonté parmi les pratiquants. C’était lui quoi …

C’est un marché que les fédérations souhaitent contrôler – tout le monde s’en tient à ses propres efforts, et contrairement à ce que l’on apprend, on ne « regarde pas plus loin que le bout de son nez ».

Me Yamada m’a raconté que deux des élèves de Me Asai étaient venus le voir en tant qu’uchi deshi – Me Asai a salué leur acte.
 
… J’ai été élève de Me Asai. A partir d’un certain point, il te dit d’aller voir ailleurs … il le fait depuis longtemps.

… le marché est saturé – un jour, il y a un stage avec trois personnes et le lendemain, un autre stage ailleurs avec quatre participants. Quand Sensei vient, et c’est en semaine, il y a 55 personnes sur les tatamis … C’est souvent organisé de manière que personne ne puisse s’y rendre. Ce sont des groupes de personnes bornées qui veulent tout contrôler – Je me demande quelquefois, quel esprit sain peut … Bref … Le marché ne peut être détruit en fait et l’on dit « n’y allez pas » ... 

la peur …



… ou comme tu disais tout à l’heure que Messieurs les maîtres « distribuent» des grades. Le niveau n’est plus vraiment correct et cela devient négatif si je peux me permettre.



C’était différent chez Me Tamura, un deuxième Dan était un deuxième Dan, un 3ème Dan était un 3ème Dan – ça se voyait.

… Que penses-tu du fait que Me Tamura testait les trois premiers dans en une seule fois puis les attribuait, ou pas.
   
… il voyait déjà quand il montait sur le tatami … il passe, lui non … il suffisait d’un mouvement, comme par exemple Shomen uchi Ikkyo, puis il savait le niveau de la personne. Il l’a toujours vu – je le vois bien aujourd’hui quel niveau il y a sur les tatamis.
En ce moment, c’est la marée des 6ème Dan …

Regarde Yamada, il a son 8ème Dan depuis 1990 – regarde un 8ème Dan de 2017… Ce sont des mondes qui les séparent …

… oui d’accord, mais on en parlait tout à l’heure – lui aussi a dû apprendre.
 
Oui.
Il m’a dit – non attend c’est Noriko qui me l’a dit : « on fait de beaux rêves dans le silence de Bernau ». Je raconte mon rêve et Noriko me dit : « Yamada a rêvé que le Doshu lui attribuait son 9ème Dan ».
Tu n’as pas le droit de le raconter – mais je pense que ce rêve reflète son souhait …

… Qui est Noriko ? 

Noriko est la femme qui fait tout pour lui. Elle fait fonctionner le dōjō, lit tous les e-mails, elle est sa secrétaire … Elle fait attention à lui, elle fait la cuisine. Elle a une certaine responsabilité. Elle a pris une place très importante dans la vie de Senseï. Avant, c’était sa fille qui avait ce poste. Noriko fait cela très bien… – même tous les échanges d’e-mails. Cela ne marcherait pas sans elle. Chez Me Tamura, c’était pareil, il y avait Gonze et un bon nombre d‘autres personnes, Stéphane traduisait …

Je suis aussi très content que mes 5ème et 6ème Dan aient été validés par Me Tamura et Me Yamada …

Avant c’était comme ça, il fallait patienter jusqu’à ce que Me Tamura te le donne sur les tatamis – c’est là que ça valait quelque chose – aujourd’hui, tu en as pas mal qui se nomment eux-mêmes bien avant de recevoir leur grade.

Quand tu vois Claude Berthiaume qui a reçu son grade en 2004 de Kanai Senseï et Dany Leclerre qui a reçu son 7ème Dan en 2017 … Ce sont des mondes qui les séparent.  … Pour en savoir plus, consultez l'édition de l'AJ  68FR

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