Mare Seye

Entretien du 1er Mai

mare pendant notre entreve :
mare pendant notre entreve :

Comment as-tu commencé l’aïkido ?

J’ai commencé l’aïkido en 1987, en novembre. J’avais eu une petite expérience quelques années avant, mais je n’avais pas eu le temps d’en faire sérieusement. J’y allais une fois par semaine, je n’étais pas très régulier mais cela me plaisait bien et je me suis dit que je n’avais pas envie de pratiquer dans ces conditions. Donc je me suis arrêté, j’ai attendu cinq ans pour reprendre et j’ai dit alors à mon entourage : « lundi, mercredi, vendredi, je ne suis là pour personne, quoi qu’il se passe ».


Tu avais pratiqué d’autres arts martiaux, avant ?

J’ai fait un peu de judo quand j’étais enfant. J’ai commencé à 5 ans comme beaucoup d’enfants et puis à 12 ans, j’étais moins motivé et j’avais souvent des blessures, j’avais des problèmes de hanche, d’épaule, j’arrêtais, je reprenais et je me re-blessais. J’avais envie de faire un art martial, mais je n’étais pas un compétiteur-né, je n’aimais pas la compétition. Je me souviens de ma première compétition, c’était l’ouverture des championnats d’Espagne, qui comportait des compétitions enfants ; je ne l’ai jamais faite, parce que j’ai trop paniqué.
Je n’étais pas un bon compétiteur parce que je n’avais pas cet esprit « c’est lui ou moi ». Les gens avec qui, à l’entraînement, je n’avais aucune difficulté technique me dépassaient largement le jour de la compétition car eux étaient motivés, ils étaient à 200 %, alors que je n’étais qu’à 50 % ; je me faisais battre régulièrement. Donc je n’étais pas un bon compétiteur.
Et aujourd’hui ?

Je ne vois pas les choses comme ça, on ne pratique pas de cette façon à l’aïkido : il y a des rôles définis, c’est  « lui ‘et’ moi » et non pas « lui ‘ou’ moi » ; c’est « lui ‘avec’ moi » et « moi ‘avec’ lui », c’est donc très différent comme état d’esprit.


Quel âge avais-tu en 1987, quand tu as commencé ?
J’avais 23 ans, je n’ai pas commencé très tôt. Parfois je pense que c’est dommage parce qu’il y a des qualités que l’on développe vraiment à l’adolescence, entre 18 et 25 ans, quand on a quelques années de pratique, de la technique. Et en même temps je ne suis pas mécontent d’avoir commencé à cet âge là parce que j’avais déjà un pied dans la vie et cela m’a permis de relativiser un peu les choses liées au microcosme de l’aïkido, quand on est très impliqué dedans. J’avais fini mes études, j’avais commencé à travailler, je commençais à m’insérer dans la vie active, j’étais déjà en couple avec la femme avec laquelle je me suis marié, et de ce fait l’aïkido n’a pas rempli un vide, il a été un choix volontaire, délibéré. Pour moi, c’est bien aussi d’avoir un cercle d’amis qui n’a rien à voir avec l’aïkido. Cela permet, là encore, de relativiser ce qui se passe dans le petit monde de l’aïkido. Le monde est plus grand que le cercle des aïkidokas. Parfois on a tendance à l’oublier, alors on est pris dans le quotidien, dans les histoires qui ne manquent pas de surgir.


Etait-ce difficile de passer du judo à l’aïkido ?

Non cela n’a pas été difficile. Quand j’ai commencé l’aïkido, je ne faisais plus de judo depuis plus de dix ans. Au début, ce qui a été difficile à comprendre, c’est le sens de ukemi : en judo on est projeté, on n’a aucun choix. Au départ, en aïkido, pour apprendre à chuter, on y met quand même beaucoup du sien, on n’est pas physiquement projeté. Quand on vous fait un kote gaeshi, l’ukemi n’est pas provoqué par le petit bras musclé du partenaire qui vous envoie voler, il faut donner une impulsion, il faut accepter la chute. En ce moment je dis beaucoup que je n’aime pas le mot chute, qui de mon point de vue ne correspond pas à l’idée d’ukemi. Chute, dans notre monde occidental, a une connotation de déchéance. La chute c’est lorsqu’on perd en judo.
Dans la vie de tous les jours, quelqu’un qui chute, c’est l’idée qu’il s’abaisse alors que de mon point de vue, dans l’aïkido, il ne s’agit pas de ça. Il s’agit aussi de retrouver ce que l’on fait comme tori : face à une attaque qui est ritualisée et codifiée, on va essayer de préserver son intégrité ; comme uke on va, là aussi, préserver son intégrité en utilisant ukemi. Donc ce n’est pas du tout quelque chose qui est de l’ordre de la déchéance, c’est quelque chose qui est de l’ordre de la construction, de la participation active. Cela été pour moi la plus grande ou la première différence radicale de vision entre ce que j’avais expérimenté au judo et l’aïkido.


Avec qui avez-vous commencé l’aïkido ?

Ma toute première expérience d’aïkido, c’était avec Louis Clériot qui est décédé récemment. Il était l’un des fondateurs de la 2F3A. Et ensuite c’était Christian Mouza qui aujourd’hui est DTR de Corse. A l’époque quand j’ai commencé, il était 1er dan, c’était sa 2ème année d’enseignement. Lui enseignait l’aïkido et une fois par semaine venaient au dojo Philippe Bersani et Francine Rambault. Philippe Bersani est un des très anciens élèves de Christian Tissier, et n’enseignait que le kenjutsu. C’était à l’époque les katas de kashima. Aujourd’hui le travail de ken que l’on fait avec Christian Tissier a évolué. Il n’enseigne plus lui-même les katas de kashima tels qu’il les avait appris, mais il utilise ce travail sans doute pour développer autre chose, plus liée à l’aïkido et à la démarche qui est la sienne en aïkido. Mais à l’époque c’était vraiment kenjutsu.


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