Mare Seye

Deuxième partie


… pendant l'entrevue à Paris - 2012.

Si la technique ne « marche » pas, qu’est-ce que cela signifie ?

Je retiens que je n’ai pas assez travaillé. Mais la question, c’est qu’appelle-t-on une technique « qui marche » ? Aujourd’hui, pour moi, la technique marche dans la majorité des cas ; la question est « comment elle marche  ? ». Est-ce que le fait que mon partenaire chute ou que mon partenaire soit immobilisé au sol, ça veut dire concrètement : oui la technique a marché ? On m’a demandé de l’emmener au sol, mon rôle, à ce moment-là, était de l’emmener au sol. La question est « comment » et c’est là-dessus qu’on travaille. Finalement la projection ou l’immobilisation n’est que la résultante de tout un processus que l’on a mis en œuvre. On ne travaille pas sur l’immobilisation en elle-même ou sur la projection, en tant que fait – « le partenaire chute ». On aura travaillé sur tous les éléments mis bout à bout ou coordonnés pour aboutir à ce que le partenaire soit immobilisé au sol ou projeté. Et c’est là que l’on peut, même si finalement le partenaire chute ou est immobilisé, avoir la sensation que cela ne marche pas comme on aimerait que cela marche. Finalement, il est assez rare que la technique ne marche pas du tout.


On pourrait utiliser la force si cela ne marchait pas…
On est bien dans le « comment ». Si cela ne marche pas, on recommence son travail, on essaie de corriger. Ce n’est pas dramatique. Ensuite en tant que pratiquant ou en tant qu’enseignant, c’est différent. En tant qu’enseignant, c’est quasi exceptionnel. Il arrive en stage que des gens veuillent tester, veuillent voir ce que je peux bloquer. En tant que pratiquant, le fait que ça ne marche pas pour moi est un facteur de progression : c’est imparfait, ce n’est pas à la hauteur de ce que tu aimerais travailler, voilà. Cela ne pose pas de soucis. Lorsqu’on est en position d’enseignement, là aussi ça dépend dans quel contexte, mais d’une façon générale on se débrouille pour que ça marche. Parce qu’il y a une partie qui est liée à la crédibilité de ce que l’on dit, j’essaie de n’enseigner que ce que je pense maîtriser, c’est une règle de base. Se pose le problème pour moi, et c’est une source de progression et d’enrichissement, du fait que les gens avec qui je suis amené à pratiquer en tant qu’enseignant, quand je dirige des stages en France ou à l’étranger, ont des formations, des formes de corps, des réactions que je ne suis pas habitué à voir. Alors, c’est un challenge.

Aujourd’hui je crois dans la formation que j’ai eue, parce que je vois que ça marche, et qu’au fur et à mesure, je me rends compte que lorsque la formation est solide, on peut faire de l’aïkido avec des gens extrêmement différents. J’ai été amené à diriger un stage dans un club FFAB : c’était un stage que je devais codiriger avec René VDB pour les 25 ans du club de Montivilliers. Malheureusement, il est parti trop tôt pour que je puisse avoir ce plaisir. J’étais vraiment impatient de le faire, c’était un grand monsieur, j’étais impatient et intimidé. Je me disais qu’il fallait être à la hauteur, et j’étais honoré de le faire. Le stage a eu lieu parce que c’était les 25 ans du club, ils avaient tenu René au courant et il voulait que cela se fasse quand même. Je me suis retrouvé essentiellement avec des gens de la FFAB et finalement de mon point de vue, je n’ai pas eu de difficultés. Parfois il faut éclaircir un concept, une façon d’approcher la technique, ou une conception de l’action, mais cela ne remet pas du tout en cause la fondation de ce qu’est l’aïkido. Ce n’est pas deux aïkidos avec des choses qui n’auraient rien à voir, c’est effectivement deux expressions d’une même base.

En Espagne je me retrouve avec beaucoup de gens qui travaillent avec Kitaora, des gens qui ont travaillé avec Yamada, avec Tamura. Il y a des gens qui se rattachent à Iwama. La conception de l’aïkido que j’ai pu développer, sa forme concrète, me permettent de travailler avec toutes ces pratiquants. Mon but n’est pas de répandre la bonne parole et la vérité absolue. Je pense que mon rôle est d’essayer de donner des éléments. J’ai une phrase rituelle en fin de stage : « j’espère que vous aurez trouvé des nutriments pour alimenter votre pratique ». Mon travail est là : donner de quoi alimenter la pratique des gens, quels qu’ils soient, quel que soit leur niveau, leur provenance. Et je prends vraiment plaisir en tant qu’enseignant à ce type de travail.


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