Entretien avec Malcolm Tiki Shwewan.

"J’ai eu l’occasion de pratiquer avec Me Tamura à peu près un mois après avoir commencé, et j’ai trouvé ça tellement erveilleux que, depuis, je m’y suis entièrement consacré. C’était en fin 1969 début ‘70. À cette époque je faisais 5, 6, 7 heures par jour. Il y avait des stages qui duraient un mois à Annecy, et en Italie à Desenzano : J’y allais et j’en faisais du matin au soir. Quand on est jeune…"


Malcolm Tiki Shwewan lit l'aikidojournal à la Colle s/Loup 2005.

Malcom Tiki Shewan, ce n'est pas un nom français, n’est-ce pas ?

Non, c'est un nom écossais. Tiki, au milieu, c'est un nom que j'avais quand j'étais tout petit, tout simplement parce que le diminutif de Malcom c'est Mac, et mes parents voulaient un nom un peu plus agréable que Mac, donc ils m'ont donné un nom qui devait durer pendant toute mon enfance. Mais à 17-18 ans, quand j'ai commencé l'aïkido, « Malcolm » était difficile à prononcer pour les Japonais, alors quand je leur ai dit que je m'appelais aussi « Tiki », ils ont trouvé ça très bien. Et le hasard veut que cela puisse s'écrire avec des kanji qui veulent dire «se connaître soi-même» ou «vieux copain». Donc ça va très bien.


Depuis combien êtes-vous en France ?

Depuis 1973. Depuis 1968 en Europe, et depuis 73 ici.


Vous êtes venu avec vos parents ?

Non, tout seul. À 18 ans je vivais tout seul, en Angleterre, en Suisse et après en France.


Pour des raisons professionnelles ?

Pour mes études. J'étudiais les langues. J'avais fini mes études secondaires aux Etats-Unis à 17, 18 ans, et j'étais allé en Angleterre, à Oxford, pour poursuivre des études de langues. Et j'ai commencé à faire de l'aïkido.


En même temps ?

Oui, en même temps.
Mais vous n'avez pas fait des langues votre profession?

Non, mon activité principale, c'est l'aïkido


Et c'est là que vous avez trouvé l'amour de l'aïkido ?

Je ne sais pas… je faisais de l'escrime depuis l'âge de six ans et à 10 ans, on m'a inscrit à Londres au Budokwai pour faire un peu de judo, et cela avait laissé des traces. À 14 ans j'ai commencé à faire du iaï, donc du sabre japonais, à New York. Et puis quand j'ai été à l'université, j'ai cherché des activités à faire, j'ai fait un peu d'escrime, puis j'ai pensé faire un peu de judo, et je me suis blessé en faisant du judo. Je voulais faire autre chose…

Je voulais faire du karaté, mais je me suis trompé de jour. Je suis tombé sur un cours d'aïkido et, de vue, j'ai trouvé ça tellement merveilleux que je me suis dit : « Voilà, je vais faire ça ». Et le lendemain j'ai débuté en aïkido. J'avais déjà de bonnes bases par rapport au budo, ayant fait du iaï et aussi un peu de kendo. Quand j'ai fait de l'aïkido, j'étais déjà un peu dégrossi sur beaucoup de choses, pas techniquement, mais… J'ai eu l'occasion de pratiquer avec Me Tamura à peu près un mois après avoir commencé, et j'ai trouvé ça tellement merveilleux que, depuis, je m'y suis entièrement consacré. C'était en fin 1969 début '70.

À cette époque je faisais 5, 6, 7 heures par jour. Il y avait des stages qui duraient un mois à Annecy, et en Italie à Desenzano : J'y allais et j'en faisais du matin au soir. Quand on est jeune…


Qui donnait les stages à cette époque ?

À Annecy, c'était intéressant parce que cela durait un mois, et il y avait Me Tamura qui encadrait principalement le stage et il avait toujours, de passage, des amis. Il y avait, je pense, un grand lien entre les Japonais qui étaient en Europe. Donc Me Tada y passait, Me Noro y passait, Me Nakazono était présent, Me Chiba. Me Nakazono encadrait beaucoup. J'aimais bien travailler avec lui.


Beaucoup de gens disent qu'il était extraordinaire.

Stéphane Benedetti : Il avait ce qu'on appelle aujourd'hui du charisme. Il fascinait. Il racontait des trucs invraisemblables que personne ne connaissait, en japonais !

Tiki :Il était plus âgé, déjà… puis ses expériences de vie, de la guerre : il m'a raconté ça. Il est allé habiter en Suisse allemande à Schönengrund près de Herisau. C'était intéressant.


Chez Willy Frischknecht? Nous avons publié une entrevue avec lui en 99 dans l'édition allemande de notre journal.

Oui, C'est ça. Je suis allé vivre là-haut avec lui. J'ai une très bonne période de 4, 5 mois juste à vivre là-haut, et on suivait le programme qu'il établissait et qui était tous les jours différent. Il faisait cours ou pas, il expliquait, il parlait un peu de médecine, de pêche.

Il y a une anecdote amusante. Il devait donner un cours, je ne sais plus où, à côté, et à l'époque j'avais une Méhari. Il aimait bien monter dans la Méhari, il trouvait ça rigolo. Il était en retard et il me dit de me dépêcher. Il monte derrière, s'agrippe aux deux côtés, et on navigue tous les virages de la campagne suisse. Ça a duré peut-être un quart d'heure. J'allais le plus vite que je pouvais. Puis tout à coup je l'entends de derrière : « Ô ! Le kotodama dit qu'on ne meurt jamais. Mais au cas où je me suis trompé de philosophie dans cette vie, ralentissez quand même ! » C'était très drôle !

Donc de 1968 à 1985, j'ai gardé un régime vraiment intensif d'aïkido. J'ai été vivre au Japon pendant 2 ans. J'y ai fait de la forge pour apprendre [à fabriquer] les sabres japonais.

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