Brahim Si Guesmi

Donc au début j’ai fait l’aïkido avec beaucoup de joie, mais plus tard mon père est devenu très exigeant, voilà.


Brahim lors de l'entrevue sur la terrasse de l'hôtel.

Est ce que tu te rappelles encore Brahim, quand tu as commencé à pratiquer l’aïkido ?

Ma première licence date de l’année 1980, j’avais 10 ans.

Qui était ton premier enseignant ?
Mon père.

À Paris ?
Oui, à Paris.

Te souviens-tu encore de ce qui t’a motivé à pratiquer l’aïkido ? Est-ce toi qui as choisi de pratiquer ou étais-tu poussé par ton père ?
Je dois un peu réfléchir. Au cours de la première année j ai fait de l’aïkido avec beaucoup de joie. Je voulais être avec mon père et pouvoir chuter ; les mouvements m’ont fasciné.
Durant ma deuxième année, j’ai commencé à comprendre que l’aïkido était une chose sérieuse et que ce n’était pas seulement pour s’amuser. Ça ne m’a pas plu, car j’avais 10 ans et a l’époque il n y avait pas de cours pour enfants, je devais alors pratiquer avec les adultes ; j’étais en quelque sorte une victime, car on exigeait trop de moi. Mon père de son côté a été très dur avec moi. Donc au début j’ai fait l’aïkido avec beaucoup de joie, mais plus tard mon père est devenu très exigeant, voilà.

Cette frustration a duré après, ou bien ça a changé ?
Comme je l’ai dit, le début était ……… mais jusqu’à l’âge de 14 – 15 ans je voulais juste m’amuser, les autres voulaient travailler sérieusement. Durant l’adolescence on a toujours des conflits avec ses parents. Ainsi j’avais deux problèmes, l’un avec mon père et l’autre avec mon père comme enseignant. Ceux qui connaissent mon père, il a 70 ans, c est quelqu’un d’agréable, mais à l’époque à l’âge de 40 ans, il n était pas du tout comme ça. Je me rappelle qu’un soir, quand j’avais 15 ans, je ne suis pas allé au cours. Mon père n’a rien dit. Le deuxième et troisième soir, je me suis absenté aussi. Mon père ne m’a rien dit… et pendant trois mois je me suis absenté et toujours sans que mon père me parle du sujet… finalement j’ai pris seule la décision de retourner au cours… et ça a tout changé.

Est-ce que ton père t a félicité pour ton travail ?
Il ne m’a jamais dit bravo.

Est-ce que les passages de grade étaient importants pour toi ?
Là je peux répondre rapidement ; j’ai oublié mes examens de Shodan et Nidan.
Je suis à mon tour enseignant d’aïkido et mes élèves ont passé leurs grades. L’un d’ entre eux qui pratique chez moi depuis 15 ans m’a dit « Brahim je me rappelle bien, comment j ai passé chez toi ma première Dan … » mais moi je ne me rappelle vraiment plus comment j’ai passé mes examens de grades. Lorsque j’étais petit à l’âge de 13 ans, j ai passé mon 1er ou 2e Kyu j’avais un petit poids de 45 kg, les autres pratiquants qui passaient leur 1er Kyu avaient un poids de 90 kg ce n’était pas un plaisir pour moi, c’est peut être la raison pour la quelle je n’ai pas un grand souvenir de cette période. Je suis sûr d’une chose, que durant les trois premières années de ma pratique, à l’âge de 10 à 13 ans, je n’ai presque jamais fait de technique. Je tenais le rôle de Tori une fois sur trois. Par apport aux autres j’étais un nain … Je disais souvent, je n’arriverai jamais à faire la technique correctement. La réponse était toujours : «  ça fait rien, tu fais bien le rôle d’Uke. Ça explique pourquoi j’étais mauvais techniquement. Mais d’un autre coté je peux par exemple faire Nikyo, la plupart n’adore pas cette technique, parce qu’ils sont raides et que ça leur fait mal. Moi au contraire ça ne me pose aucun problème, car j’étais maigre et surtout souple et comme ça j’acceptais le mouvement. En faisant Nikyo aux adultes ça me faisait mal de poser leurs grosses mains sur ma poitrine. Durant les trois premières années, il s’agissait de travailler mon corps.

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