Entretien avec Jürg Steiner de Bienne au Suissse

Jürg Steiner est un élève de Hikitsuchi Senseï première partie


Jürg Steiner dans son dojo Centre Kumano en Bienne au Suisse

Jürg, ton dojo, le Centre Kumano, a déménagé il n'y a pas longtemps, pourquoi ?

Cela me semble une éternité, mais en effet cela fait sept mois que nous nous sommes installés ici, dans la Ernst-Schüler Strasse. L'ancien dojo était devenu trop petit. Ça allait au début, mais après deux ans nous avons simplement eu besoin de plus de place. Mais l'ambiance est aussi bien meilleure : d'un «bunker» bétonné nous sommes passés à cet espace baigné de lumière.

Je désirais aussi diriger un dojo dans le style japonais, par exemple avoir un véritable kamizama qui ait un rayonnement comme celui du Kumano Juku Dojo (le dojo de Me Michio Hikitsuchi au Japon) et qui puisse être accepté par celui-ci.
Et en août 2002 Anno Senseï a inauguré le dojo en y dirigeant un stage merveilleux et en célébrant une cérémonie de consécration shinto. L'un dans l'autre, un changement positif.


Mais tu n'y pratiques pas que l'aïkido ?

En effet. Je suis un thérapeute diplômé. En plus de mon activité quotidienne je dirige aussi des séminaires de réflexothérapie et de travail sur les méridiens, mais cela, je le faisais aussi dans l'ancien dojo. Pour résumer, en plus de l'aïkido je propose du shiatsu, des massages selon les méridiens et de la réflexothérapie.


Est-ce que les élèves ont bien pris ce déménagement ?

Ils ont tous été enthousiastes, la plupart ont aidé aux travaux de transformation. Quand on entre dans un espace qui est imprégné d'une lumière naturelle, on se sent bien. C'est ce dont rayonne ce dojo. Par ailleurs le dojo est assez bien situé, le parc est juste à côté et nous pouvons y pratiquer le bokken et le bojutsu.
Le risque est à la base de notre développement humain. Une entreprise, comme par exemple un dojo, qui ne prend pas de risque n'a que peu de possibilité de développement. Un dojo doit avoir environ soixante membres pour pouvoir se développer.

Quand on prend en compte le fait que l'on pratique tous les jours, que l'on utilise tous les jours les locaux, les tatamis et les douches, qu'un instructeur est présent tout le temps, que l'on a un espace de rencontre à sa disposition, on constate que les cotisations sont ridiculement basses. Mais comme l'aïkido est souvent offert dans le cadre d'associations qui bénéficient de subventions communales, nombreux sont ceux pour qui les cotisations, de toute façon trop basses, qu'ils payent dans un véritable dojo sont du «vol à main armée».

Oh oui, la présence est un facteur très important pour que les aïkidokas puissent pratiquer dans la joie, et par cette pratique, puissent éprouver le nécessaire misogi. Et aussi il faut avoir de la patience, de l'engagement, de la discipline et de la joie à travailler dans cette Voie. Bien sûr c'est une passion qui amène d'énormes satisfactions, mais malheureusement elle est en prise directe avec l'économie.


Mais on a la qualité…

En effet. L'aïkido n'est pas un sport, et surtout pas un sport de masse, l'aïkido est un budo. C'est un art martial.
Contrairement au karaté ou au judo il n'y a pas de règles, il y a donc un potentiel infini. Le timing est toujours différent, en fonction de l'attaque, de sa vitesse ainsi que de la personne, de sa taille ou de sa force – c'est différent et nouveau à chaque fois. Ainsi nous pouvons apprendre énormément, toute la vie, sans que cela ne devienne monotone. La qualité est une chose relative, mais je pense que les années que j'ai passées au Japon m'ont apporté cette qualité. C'est aux élèves du dojo que l'on apprécie le mieux la qualité, ils reflètent en effet l'enseignement et la manière d'enseigner du professeur.


Tu as déjà invité Anno Senseï et Tasaka Senseï à tenir des stages, pourquoi ?

Avant, dans l'ancien dojo ce n'était tout simplement pas possible par manque de place. Et j'espère que la présence de maîtres tels que Motomichi Anno Senseï puisse donner à voir l'aïkido dans sa forme originelle et fasse comprendre à mes élèves pourquoi j'enseigne de telle façon; pourquoi la discipline, l'engagement, le respect et aussi l'amour du prochain sont importants. En particulier Anno Senseï, avec ses 72 ans et ses 50 ans de pratique du budo n'est pas seulement un maître reconnu au niveau technique, mais pour moi il se distingue encore plus par la spiritualité de son aïkido. En effet ce n'est pas la même chose si tu viens sur le tatami deux ou trois fois par semaine ou si tu y à passé ta vie.
Hikitsuchi Senseï a toujours dit que jusqu'au 3e dan, l'aïkido était encore purement technique. À ce niveau la technique doit être parfaitement assimilée. À partir de 4e dan, on doit introduire l'aspect spirituel, et au niveau du 5e dan il faut aussi s'affirmer dans son environnement social c'est à dire dans le dojo, au travail et dans sa vie privée. On examine aussi ce qui a changé dans la vie du pratiquant. Au Kumano Juku Dojo, cela est intégré au passage du 5e dan. Le godan n'est attribué que si on peut reconnaître chez l'élève un développement spirituel et une vie sociale correcte.


Je pense qu'en Europe, et plus généralement en Occident, on ne voit pas les choses de manière aussi stricte.

Mais, au Japon, après le travail on aime bien aussi aller boire ensemble, non ?

Oui, mais sans exagérer, par exemple après une cérémonie on aime bien trinquer – dans le dojo aussi – avec le sake de l'autel du dojo. Boire ensemble constitue alors une partie de la vie sociale. Boire fait naître des discussions animées et joyeuses. Mais il faut garder une certaine mesure.

Quand on pratique un budo au Japon, que ce soit le kendo, l'aïkido, le karaté ou quoi que ce soit d'autre, on représente quelque chose : la sincérité, la discipline, la maîtrise de soi, etc. On a un certain statut. Quand tu pratiques un budo, tu as une certaine image, tu dois le représenter. Tu es responsable de ce que tu fais et de ce pourquoi tu vis. À partir du 5e dan tu as un statut, on te respecte, c'est pourquoi tu dois te conduire correctement.

Au Japon le monde du budo est très conservateur. Bien sûr, cela varie d'un dojo à l'autre. Par exemple les enseignants plus âgés sont en règle générale plus stricts. Les dojo japonais sont très disciplinés, on n'y est pas très tolérant.


Est-ce que l'on s'y développe ?

C'est un processus de maturation, des deux côtés.

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