Stefan Stenudd

à Plzeň – Czechia


Stefan avant notre entrevue - à Pilsen 30/07/2016

Ton aïkido est-il plutôt sportif ou plutôt orienté vers du spirituel ?

Je recherchais toujours la magie. Pour moi cela a quelque chose de spirituel. La philosophie dans l’Orient est toujours quelque chose de pratique. Ce que je veux dire : il n’y a pas de philosophie si on ne peut la pratiquer. C’est spirituel mais le corps doit également être en accord avec la tête. Le corps comme l’esprit doivent être impliqués dans la philosophie. En Chine et au Japon, il est impensable qu’un philosophe soit quelqu’un assis à un bureau et qui écrit des livres. Qu’est-ce donc? Où est ta philosophie ? Mais l’esprit doit pouvoir faire son travail. Il en est de même dans l’aïkido. C’est une attitude aussi pour l’esprit. Il faut accepter que l’on doive accueillir l’attaquant et que l’on recherche une solution pacifique. Si on veut utiliser l’aïkido comme une astuce pour vaincre l’adversaire, alors cela ne fonctionnera pas. Il faut être droit dans sa recherche. Nous voulons unir nos ki : takemusu Aiki. Malheureusement ce principe est souvent mal compris. Le budo vient du principe d’AIKI. On ne doit jamais oublier cela. Si ça ne vient pas du cœur, cela ne fonctionnera pas. Ça doit être vrai. Réellement. Je ne l’aurais pas fait pendant plus de 40 années, si l’aïkido n’était qu’essentiellement une pratique du corps. Je m’ennuierais tellement.


Est-ce que Me Saito faisait du Takemusu Aïkido ?

Oui en effet. Mais il était très avancé. Je me suis entraîné chez lui. C’était un type chouette. Son aïkido paraissait très tendu mais il improvisait tout le temps. Tout sortait de lui naturellement. Il avait toujours des Go-tai et des Ju-tai différents. On peut voir les films de lui. On voit les différences entre les versions Go-Tai, Ju-Tai et Ki-nagare. Et on voit toujours avec quelle joie il pratique. Il réalise toutes ces techniques dans l’instant. Et il réussit tout le temps parce qu’il est un budoka en chair et en os. Cela fonctionne toujours parce que les techniques naissent à chaque fois du centre. Il n’est pas une machine qui suit un protocole mécanique. Et sa force est tellement douce ... J’ai du bonheur à voir ses élèves anciens. Ulf Evenås à Göteborg. Il est génial car parfois il a l’air si dur et si grossier, mais quand on sent son aïkido, alors c’est doux. Son Awase est fantastique. Je crois que je suis bon au sabre, mais par exemple je ne suis pas capable de maîtriser son Awase. Je devrais m’entrainer des décennies afin de réceptionner un bokken avec mon sabre avec une telle douceur. Ces hommes ont du niveau. On tend rapidement vers des préjugés si on ne regarde qu’en superficie. Il y a toujours une couche sous-jacente.
Je respecte aussi Me Sugano. Nous avions une relation sympathique qui m’importait beaucoup. Me Sugano ressemblait à un ours en peluche mais quand on s’entrainait avec lui, c’était bien autre chose que l’on ressentait. Chaque enseignant influence son aïkido en fonction de ses expériences. Pour Me Sugano c’était Zen. Il y avait tellement de Zen dans son aïkido et pendant ses entraînements, on pouvait vraiment le ressentir. C’était „Nakaima“, le moment absolu du maintenant et ici. Magnifique.
La superficie est une chose mais le contenu en est une autre. Si l’on prend par exemple Steven Seagal, il est très simple de dire quelque chose à propos de lui mais je n’ai encore jamais pratiqué avec lui. Je ne l’ai jamais rencontré. On ne connait jamais vraiment la personne tant que l’on n’a pas eu l’occasion de le toucher. Je n’ai vu que des films ou des clips vidéo de lui et mon avis est influencé par ces images mais elles ne me disent rien à propos de lui. J’ai une vidéo dans laquelle il est très bon. Je peux approuver ce qu’il y a à voir sur cette vidéo. L’attaque est Futari-Dori, deux attaquants de deux directions opposées. Il porte une veste chinoise en soie. Le futari-dori est très élégant. Si je pouvais m’entretenir avec lui, je pense qu’il confrimerait ce que je dis – que le noyau de son aïkido vient du futari-dori. Il a fait cela vraiment bien.


Est-ce-que tu planifies ton cours ?

Non, jamais, même pas dans mon dojo chez moi. Je suis un type flemmard. J’écris des livres pour n’avoir rien à retenir. Lors de l’enseignement, je me tiens au principe du budo : si on fait un plan, on perd la sensibilité pour voir ce dont les élèves ont besoin. Si on n’a pas de plan, on est libre d’observer ce qu’il est nécessaire de travailler maintenant à l’instant t. On peut alors s’adapter. J’ai toujours fait les cours ainsi. C’est une combinaison de mon flegme et de ce que je considère comme le plus sensé au niveau pédagogique. Quelquefois, mes élèves rient de moi quand je suppose travailler une technique que l’on a déjà faite. Et il arrive qu’un de mes anciens élèves vienne alors dire : « oui, en effet, c’est bien le cas. Au printemps 1992. » (il rit). Cette base d’enseignement a naturellement aussi ses effets négatifs.

Je n’ai jamais suivi un certain système dans mon dojo. Même pas celui de Me Nishio chez qui je me suis beaucoup entraîné et que j’estime beaucoup. Son système fut élaboré par quelqu’un qui s’entraîna durant 50 ans à différents budos. On ne peut demander à un débutant

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