Entretien avec Daniel Toutain de Rennes

Saïto Senseï m'a dit il y a plusieurs années : « Pratique des suburi – des exercices de frappe avec le ken dans le vide – tous les jours, et tu verras que ton travail à mains nues va progresser en parallèle. »


Daniel Toutain lit l'Aikidojornal dans le dojo Sakura à Liège

Pourquoi avez vous commencé à pratiquer l'aïkido ?

Parce que je voulais apprendre un art martial, pour pouvoir me défendre, pour être plus fort. Donc j'ai cherché dans les arts martiaux, j'ai fait un peu de judo, mais celui qui m'a tout de suite le plus attiré par ses techniques, par son esprit, et aussi par son côté esthétique c'était l'aïkido.


Et quand avez vous commencé ?

J'ai commencé en 1968, à Paris, et mon premier maître était Me Masamichi Noro, qui était en France depuis 5-6 ans, et qui était délégué officiel de l'Aïkikaï de Tokyo. Il avait son dojo à Paris, et il a été mon premier maître : j'ai étudié chez lui une dizaine d'années, jusqu'en 1978. À partir de 1974 il m'a proposé d'enseigner. Il a commencé à me confier quelques cours, d'abord à l'extérieur du dojo, et ensuite dans son propre dojo. Et les deux dernières années avant de me séparer de lui, j'étais quasiment à plein temps dans son dojo comme assistant et pour assurer des cours également.

Ensuite je me suis retiré en montagne, en Ardèche, pour faire un peu le point, pour pratiquer : j'avais découvert à l'époque les livres et les vieux films de Me Saïto qui étaient sortis juste à cette époque là. J'avais été impressionné par la précision et les explications détaillées de Me Saïto, et dès ce moment là j'avais le projet d'aller le voir au Japon. Mais c'était une époque où les voyages au Japon étaient moins faciles, et cela correspondait également à une période de ma vie où il ne m'était pas aussi facile d'aller au Japon.

Après ces six mois j'ai rencontré Tamura senseï qui est devenu mon deuxième maître, jusqu'en 1987. Pendant quatre ans j'ai beaucoup travaillé, j'ai travaillé de façon très assidue avec Tamura Senseï, je l'ai suivi partout en Europe. Il y avait des stages de professeurs qui étaient organisés en France tous les mois et qui duraient une semaine, donc j'étais tout le temps avec lui.

Donc ces deux premiers maîtres m'ont beaucoup apporté, et ensuite j'ai eu besoin de voir autre chose. J'avais toujours cette idée d'aller travailler chez Me Saïto parce qu'entre temps je continuais de m'entraîner avec les documents que j'avais à l'époque : des cassettes vidéo, d'autres ouvrages qu'il avait édités. Et ce rêve a pu se réaliser au début des années 90. Je l'ai rencontré à ce moment-là. Il était venu en Europe et je l'ai rencontré en Italie, et là ça a été la révélation. J'ai tout de suite vu que c'était l'aïkido que je souhaitais pratiquer depuis toujours, qui correspondait à mes attentes, qui répondait à toutes mes questions et qui me permettait – cela je l'ai compris un peu plus tard– de me rapprocher de l'aïkido authentique, d'origine, celui du fondateur.

Là j'ai commencé à aller à Iwama en tant qu'uchi deshi, en tant qu'élève interne, vivant dans le dojo qui est celui du fondateur, à côté de la maison de Saïto Senseï, et jusqu'à ce jour j'y suis allé une vingtaine de fois. J'y ai séjourné pour y étudier, et ce n'est pas fini : j'ai l'intention de continuer d'y aller parce que c'est toujours un retour aux sources. C'est un lieu vraiment spécial et l'on peut dire que c'est là vraiment que la technique authentique du fondateur est préservée.

Voilà un petit peu mon parcours. À l'époque où je travaillais avec Tamura Senseï, j'avais des responsabilités de responsable technique national (RTN) à la Fédération Française d'Aïkido et de Budo et aujourd'hui notre groupe, Iwama Ryu France, qui représente l'aïkido d'Iwama, celui de Me Saïto, est un groupe autonome, indépendant, au sein même de cette fédération. Ce n'est pas par hasard que j'ai voulu rejoindre cette fédération puisque c'était un petit peu mon point de départ. Par affinité, et par rapport à Me Tamura pour qui j'ai une très, très grande estime, cela me paraissait logique et naturel que notre groupe adhère à cette fédération.

Actuellement j'ai un dojo à Rennes, depuis plusieurs années. J'y enseigne tous les jours. J'ai également un système qui me permet d'accueillir des élèves internes, selon la méthode japonaise, selon le système que l'on a à Iwama. Et donc régulièrement, tous les mois, parfois en permanence j'ai des élèves, soit professeurs, soit en formation de professeurs, qui viennent séjourner pour une ou plusieurs semaines, voire parfois plusieurs mois, de toute la France ou même d'autres pays – puisqu'il y a des gens qui viennent d'assez loin, du Mexique, parfois on a même eu de passage des gens du Japon – qui viennent se perfectionner, parce que l'on essaie de préserver dans mon dojo de Rennes le même esprit que l'on trouve dans le dojo d'Iwama, la même façon de concevoir la pratique. Et sinon, je dirige beaucoup de stages, que ce soit en France ou à l'étranger. Voilà mon « plein temps aïkido», qui s'ajoute à mes entraînements personnels, bien sûr.

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