Takeshi Yamshima entretien été 2008.

L’aïkido, c’est comme un « grand cœur ». Interprète: Stéphane Benedetti.


Takeshi Yamashima -à Areyns/Barcelona 2008.

Pourquoi pratiquez-vous l’aïkido ?

Parce que je trouve ça intéressant. Et plus je pratique, plus je trouve ça intéressant. Intéressant, avec un côté presque amusant. Ça permet de comprendre beaucoup de choses, de tout le temps trouver quelque chose de nouveau.

À quel âge avez-vous commencé ?

Entre dix-huit et dix-neuf ans.

Et à cet âge, c’était déjà intéressant ?

La première fois que j’ai fait de l’aïkido, j’ai trouvé ça vraiment passionnant. Cela m’a rappelé les jeux que je faisais quand j’étais petit, les bagarres de gosses.

Et vous avez déjà remarqué un changement dans votre corps, ou est-ce que c’est venu plus tard ?

Je n’ai pas l’impression que ça a changé tout de suite. Cela a été progressif.
Pendant le cours que vous avez donné aujourd’hui vous avez parlé de souplesse. Etiez-vous souple à cette époque ?

…pas spécialement, non. C’est plutôt la manière d’utiliser le corps qui est décontractée. Ce n’est pas la souplesse de l’acrobate. Mais certainement aussi, quand on s’entraîne, ça détend le corps. Quand on pratique, automatiquement, le corps s’assouplie, dans une certaine mesure.

En Allemagne et plus généralement en Europe, on a développé très tôt une pédagogie de la gymnastique et de l’éducation physique. J’ai toujours eu l’impression qu’en aïkido il n’y avait pas de pédagogie. Une pédagogie est-elle nécessaire, ou bien au contraire nuit-elle au développement des élèves ? Par ailleurs, j’ai l’impression que les Shihan japonais qui sont venus en Occident ont, après une vingtaine d’années, modifié leur façon d’enseigner et de pratiquer.
Comment vous, avez-vous trouvé le chemin pour travailler « souple » ?

Éclat de rire.

SB : Tu as compris ? Il y a une différence entre souple et relaxé. Il y a la souplesse de l’acrobate, mais ce n’est pas du tout de ça que l’on parle. Il s’agit d’une relaxation dans le travail plus que d’une souplesse du corps. Il y a probablement beaucoup de Japonais qui arrivent à faire le grand écart, parce qu’ils n’ont pas les hanches faites comme nous.

Y : Au début, inévitablement, on a tendance à utiliser les mains, les bras, et donc de travailler en force, mais il faut essayer de comprendre que ce n’est pas ça, mais que [ce qu’il faut] c’est ce que l’on appelle le travail des hanches, ce qui veut beaucoup plus dire le travail de tout le corps. On ne peut pas faire bouger seulement les hanches, c’est tout le corps qui travaille ; ce n’est pas les bras, les bras suivent le corps.
Le travail du sabre est excellent pour cela. Si on n’est pas souple on ne peut pas… Si on travaille le sabre, il me semble que l’on comprend beaucoup plus facilement comment se décontracter et aussi comment utiliser les hanches. Beaucoup de gens qui n’utilisent pas le sabre se laissent prendre plus par la technique et ne trouvent pas le moyen de vraiment intégrer la technique et ce que l’on appelle le travail des hanches. Ils restent donc au niveau d’un travail musculaire. On ne peut pas travailler avec les hanches sans être décontracté, ce n’est pas possible. Par contre, si on n’utilise pas correctement les hanches on devient automatiquement et obligatoirement de plus en plus dur, parce qu’on compense. Mais ça, il faut d’abord s’en rendre compte, et ensuite, une fois que l’on a compris où était le problème, il faut le prendre à bras le corps.

Si on ne s’occupe que de projeter les gens et de les immobiliser, il est évident que cela ne peut aller bien loin. Il faut donc changer le contenu du keiko, de la pratique : ne pas se bloquer sur l’aspect technique de la pratique mais [se concentrer] sur sa finalité : ce travail des hanches.

SB : Moi, j’aurais tendance à traduire par « le travail du squelette plutôt que le travail des muscles ». Ce n’est pas littéralement ce qu’il a dit, lui il emploie l’expression japonaise « travailler avec les hanches ».
Où avez-vous commencé à pratiquer l’aïkido ?

SB : A l’université. C’étaient Arikawa Sensei et Yamada Sensei qui donnaient les cours à l’université.

Et le sabre du Yagyu Ryu ?

Y : C’est le Shinkage Yagyu Ryu. On m’avait dit et répété que l’aïkido venait du sabre. Alors comme tout le monde je suis allé dans un coin, attrapé un suburito et j’ai fais des suburi. Je me suis aperçu bien vite que cela ne me menait nulle part. J’avais un ami qui pratiquait le Shinkage Yagyu Ryu et c’est comme ça que ça c’est fait : je suis entré dans cette école-là simplement parce que j’avais un ami qui y pratiquait.

Le travail du Shinkage et celui de l’aïkido, c’est exactement la même chose. Mais ma rencontre avec le Shinkage Ryu s’est faite par hasard, ce n’était pas par volonté de faire quelque chose proche de l’aïkido. C’est en pratiquant que j’ai découvert que c’était la même chose.

Au sabre, particulièrement, on insiste énormément sur l’utilisation de la hanche en coordination avec le sabre et que c’est ce qui fait que le sabre vit ou ne vit pas.

Je pense que les conditions sont beaucoup plus pointues, beaucoup plus précises, au sabre. On travaille plus avec le maître, qui sert d’uke, et qui vous guide. Ainsi on arrive à développer un travail de hanche beaucoup plus juste, ce qui permet le développement ultérieur. Progressivement on arrive à une compréhension de ce que c’est vraiment le travail des hanches. Et évidemment c’est valable en aïkido et pour autre chose aussi.

Vous avez travaillé avec Yamaguchi Sensei ?

Avant de connaître Yamaguchi Sensei, j’avais déjà étudié le Shinkage Ryu et je suis arrivé à la conclusion que ce qu’enseignait Yamaguchi Sensei et le travail de Shinkage Ryu étaient des choses tout à fait similaires.

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