Entrevue avec Günter Zorn après le 11 mars2011, N°38FR


Günter devant la kamiza du hombu dojo à Tokyo.

Günter, tu nous a écris - nous l’avons déjà publié dans notre journal ainsi qu’en version web - que les répliques du séisme, après celui du 11 mars 2011, ont mis les nerfs des gens à rude épreuve. Probablement, elles auraient provoqué intensivement des angoisses latentes ?

Je ne crois pas que les gens qui habitent ici ont une grande peur des tremblements de terre. Le Japon a toujours connu des séismes. La seule différence, c’est que le séisme du 11 mars dernier était le plus violent connu de l’archipel, d’une magnitude de 9.0.
Les répliques correspondent à ce que nous avons vécu au Japon lors de ces vingt dernières années. Cependant, il y a des gens qui croient qu’il ne s’agit pas de tremblement de terre, parce que le sens de l’équilibre était un peu perturbé, c’était comme d’avoir le mal de mer.
En ce qui me concerne personnellement, j’ai chaque fois un sentiment plus de colère que de peur lorsque la terre tremble : mais pourquoi, enfin, ne cesse-t-elle de bouger ? Malheureusement n’y a pas de bouton à cliquer pour l’arrêter.
Hier matin la terre a encore bougé pendant le cours au Hombu dojo et là aussi on peut observer le calme et la sérénité des Japonais et aussi des étrangers qui vivent ici depuis longtemps. Ce comportement rassure les autres et ne laisse naître aucune panique. Kobayashi shihan a interrompu le cours pendant quelques secondes, jusqu’à ce que le tremblement se soit arrêté, puis il a poursuivi. Ça bouge de toute façon lorsque nous faisons des chutes, même si dans ce cas ni les fenêtres ni l’immeuble entier ne sont secoués.
A propos de sérénité et de calme, c’était quelque chose de remarquable, le 11 mars. J’étais à pied sur un boulevard avec une de mes connaissances lorsque le sol sur lequel je me trouvais s’est mis à bouger dans toutes les directions, j ai presque perdu l’équilibre. Ensuite j ai vu les immeubles se balancer autour de moi. Mais durant tout ce temps les gens sont restés sur place, ils étaient aussi surpris que moi. Puis ils se sont rendus en lieu sûr ; les voitures s’arrêtaient sûr les routes. Pas de panique, pas de folie.

Comment peut-on vouloir vivre dans un pays où la terre ne cesse de bouger ? Doit-on négliger cette réalité ?

Eh bien, les Japonais vivent ici depuis des milliers d‘années, avec un danger constant de séisme et de tsunami. Mais n’est-ce pas le cas de plusieurs pays dans le monde ? En Indonésie, en Chine, en Inde, au Mexique, en Italie, en Grèce, en Turquie, etc. ? D’après mes informations un terrible tsunami a eu lieu au Portugal – sauf que là-bas ce phénomène porte un autre nom. Il n’y a pas de lieu sûr sur terre, même en Allemagne ou en France des catastrophes peuvent se produire. Cependant les Japonais sont malgré tout les habitants de la planète qui ont l’espérance de vie la plus élevée. Personnellement, je peux dire que le Japon est un pays merveilleux avec des habitants que je respecte beaucoup. C’est un pays fascinant qui mélange tradition et modernité. Tokyo est pour moi la métropole la plus passionnante du monde avec une fraîcheur de l’air extraordinaire, sans oublier bien sûr le Hombu Dojo. Pour tout cela j’accepte les risques de séismes et de tsunami.
Donc il ne s’agit pas de nier cette vérité, mais plutôt d’arbitrer entre les dangers possibles et le privilège de vivre et de travailler ici.
Il était une fois un homme qui avait décidé de quitter l’Europe, où il vivait sans se sentir en sécurité, pour aller vivre en paix sur une île ou la sécurité était garantie. C’était en 1982 sur les îles Malouines, où des conflits ont déclenché la guerre. Malheureusement il a péri durant cette guerre.

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