Le point de vue d'editions n° 27FR d'AJ.

Les questions à ne pas poser à propos de la création de l’aïkido


André Cognard à Bourg Argental – 2011.

Il m’a toujours semblé étrange que l’on insiste autant sur les rapports étroits, la quasi filiation de l’aïkido à Daïtoryu et à son illustre maitre Takeda Sokaku. Pourtant les relations entre ce dernier et Ueshiba Morihei Sensei furent pour le moins houleuses. Il n’est qu’à lire certaines biographies d’O Sensei pour être tenté de croire que Takeda Sensei était un maître envahissant, peu amène, qui aurait persécuté son élève Ueshiba pour en tirer des subsides. Je crois peu à cette version des faits. Pourtant, il me semble difficile d’établir une corrélation entre cet homme à la réputation de guerrier inflexible, de samuraï indomptable et la compassion à laquelle l’aïkido prétendit après guerre. Ajoutons à cela que pour attribuer la grand-paternité de l’aïkido à Takeda Sokaku, il faut faire peu de cas des apprentis-sages auxquels s’était soumis Ueshiba Sensei avant de rencontrer celui-ci et ignorer que le corps se forme dans la durée et qu’il est profondément marqué par ses premiers gestes comme la conscience garde l’empreinte de ses premiers enseigne-ments. En effet, certaines phrases sibyllines relevées au hasard de ses biographies telles que : « Dés l’âge de sept ans il étudiera le confucianisme et le bouddhisme au temple de Jizodera et subira l’influence spirituelle et psychique de son maître d’école Nasu Tasaburo qui deviendra par la suite une grande personnalité religieuse» ne montrent-elles pas des champs d’influences bien différents de Daitoryu.

L’autre source, celle de la Grande Ori-gine enseignée par Deguchi Oanisa-buro pourrait avoir influencé O Sensei, mais existe-t-il dans la doctrine d’Omotokyo une dimension religieuse qui ne soit pas exagérément mystique, ésotérique et surtout politique ? Les récits peu crédibles qui en sont faits aujourd’hui édulcorent une vérité que  le O Fude Saki met en évidence. Les ambitions politiques de Deguchi sont avérées et prouvées si besoin était par « l’épisode malheureux » de la Mongolie. C’est ainsi que l’on en parle généralement, mais il s’agissait d’une tentative de coloniser des populations par les armes qui a échoué grâce à l’intervention de l’armée chinoise. Certains font de la condamnation à mort de notre fondateur Ueshiba Morihei et de Deguchi Sensei un fait glorieux. J’ai entendu les récits les plus farfelus sur ce sujet, toujours accompagnés d’une dimension mystique et magique. Ce type de relations dans lesquelles on dit qu’O Sensei, enveloppé de lumière dorée, voit les balles qui lui sont adressées et les esquive facilement, ne peuvent que semer le doute sur la santé mentale de qui le dit et de qui y croit.
Piocher dans les innombrables biographies sur Internet :
« En effet, il avait découvert qu’il avait la capacité de percevoir l’intention de tuer de son adversaire et quand celui-ci le mettait en joue il pouvait voir des éclairs lumineux sur la trajectoire des balles. »

Quant aux affirmations concernant sa combativité féroce, on serait en droit d’attendre qu’elles fussent pour le moins édulcorées afin de protéger la mémoire du fondateur d’un art martial non violent ou qu’il y ait une prise de distance des narrateurs. Pas du tout !  D’où l’on en vient à penser que ce type de comportement est encore approuvé par le monde de l’aïkido.

 Extrait de la fameuse interview d’O Sensei :
« Question : J’ai entendu une histoire dans laquelle vous avez été impliqué lors d’un combat avec environ 150 ouvriers.
O-Sensei : j’y étais ? Autant que je me souvienne … Deguchi Sensei est allé en Mongolie en 1924 pour réaliser son objectif d’une communauté asiatique plus grande conformément à la politique nationale. Je l’ai accompagné à sa demande bien que l’on m’ait demandé d’entrer à l’armée. Nous avons voyagé en Mongolie et en Manchourie. Tandis que nous voyagions dans ce dernier, nous avons rencontré un groupe de bandits à cheval et des coups de feu ont éclaté. J’ai riposté avec un mauser et ai ensuite continué à me battre au milieu des bandits, les attaquant avec acharne-ment et ils se sont dispersés. J’ai réussi à me sortir de ce danger. »

J’aimerais que l’on passe pudiquement sur l’amalgame entre ouvriers et bandits. Il s’agit peut être de problème de traduction.
L’on peut dire que l’aïkido est vraiment touché par cette manière de réécrire l’histoire qui laisse peu de place à la vérité. Ce que l’on nomme pudiquement les deux incidents d’Omoto, pour tenter de démontrer que la répression dont a été victime la secte était une injustice, masque une réalité dans laquelle la mégalomanie de Deguchi joue un rôle déterminant. Il a quand même déclaré être le messie chargé du renouveau du monde et contesté la position de l’empereur du Japon, non pas pour dénoncer l’archaïsme d’un tel système mais en prétendant faire mieux, religieusement et politiquement, ce mieux signifiant alors plus autocratique. Je pense que les déclarations fracassantes d’Ueshiba Sensei sur

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