Le point de vue d'editions n° 33FR d'AJ.

Aïkidoka professionnel ou amateur !


André Cognard à Bourg Argental – 2011.

Voici une question qui anime un débat implicite. Je pense qu’il est nécessaire de la poser clairement d’autant plus que, dans nombres d’articles et d’interview, même dans ce journal,  de petites phrases allusives laissent assez fréquemment entendre qu’être amateur, c’est rester dans sa pratique libre des contingences matérielles. On ne risque pas ainsi d’être soupçonné de faire de l’argent. Au contraire, l’on peut parfois entendre que les professionnels ne sont pas libres, en tout cas, pas clairs car ils ont des objectifs financiers.

A l’opposé de ces considérations, le mot professionnel bénéficie parfois d’une aura de compétence quand le mot amateur risque d’induire des présupposés péjoratifs.
 
Mon propos n’est pas de dire qu’il est préférable d’être professionnel ou préférable d’être amateur. Il consiste à faire part de ma réflexion et de mon expérience dans le domaine puisque je suis moi-même un professionnel de l’aïkido depuis plus de trente ans. Dans un premier temps, je me bornerai à constater qu’heureusement, les deux conditions de professionnel et d’amateur cohabitent dans l’aïkido  et qu’il n’y a pas besoin d’une réflexion très poussée pour comprendre qu’elles sont nécessaires l’une à l’autre.
Mais j’ai plaisir à tordre le cou à des lieux communs aussi éculés que ceux évoqués plus haut. Il existe des amateurismes qui sont du niveau de l’expertise et au contraire, des professionnels frisant la nullité absolue dans tous les domaines. L’honnêteté, la rectitude morale et l’intégrité ne se mesurent pas à l’aune du bénévolat qui peut parfois recouvrir des pratiques bien plus douteuses que l’exercice professionnel. Être professionnel ne fait pas automatiquement d’un homme un commerçant sans scrupule, motivé exclusivement par l’appât du gain, et il faut dire aussi que chacun d’entre nous a recours quotidiennement à des commerçants qui rendent des services précieux de manière très honnête. Ne nous laissons pas influencer par le caractère péjoratif que prend souvent le mot « commerçant » dans notre société. Je parle bien sûr de tous les métiers du monde et aussi de celui de professeur d’aïkido, et je veux dire que même si je considère que l’exercice de la profession d’enseignant d’aïkido ne peut en aucun cas être un commerce, cela ne signifie pas pour moi que le commerce est forcément soupçonnable de manque d’étique et d’intégrité. Il y a dans certains commerces du « donnant donnant » qui confine au « donner recevoir » dans le meilleur sens de l’expression, et il ne suffit pas à mes yeux d’être amateur ou bénévole pour infléchir cette relation en en faisant un « je donne sans rien attendre ». Il peut exister des modes de rémunération morale qui sont d’autant plus discutables qu’ils restent implicites, voire inconscients et qu’ils ont le travers de créer une dette inextinguible envers le prétendu donneur désintéressé. En ce qui concerne le métier d’enseignant d’aïkido cela me semble très préjudiciable pour les élèves. Toute relation doit être basée sur un équilibre, la pratique  même le démontre, et la liberté est à ce prix. Ce n’est pas là une manière de jeter un doute sur l’intégrité de l’amateur mais bien de dire qu’il n’y a pas de lien direct entre amateurisme, professionnalisme et désintéressement.

La corporation des psychanalystes a souligné le fait qu’il était absolument nécessaire pour l’analysant de se dés-endetter en payant sa consultation. Je ne fais pas d’amalgame entre ce métier et le notre mais j’évoque ce point car l’histoire de mon accès à la profession d’aïkidoka a été marquée par une réflexion de Kobayashi Sensei allant dans ce sens. …

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