Bon anniversaire


André Cognard - 2011 à Bourg Argental

Vingt ans d’Aïkido Journal, c’est vingt ans de lutte pour la pluralité, l’ouverture et la tolérance.
Horst est en quelque sorte un missionnaire. Son combat est le seul qui vaut la peine : rapprocher les êtres, les faire se connaitre, les aider à se comprendre. Et dans ce combat, il est exemplaire. Il ne publie pas ceux qui disent ce qu’il veut entendre. Il pose un micro, il ouvre une page et il laisse parler. Cela ne signifie pas qu’il est toujours d’accord avec ce qui est dit. Cela signifie qu’il a la force d’entendre tous les points de vue et l’humilité de ne pas considérer le sien comme meilleur, supérieur, ou préférable.
Un lecteur non pratiquant serait en droit de se demander en quoi le monde de l’aïkido a besoin d’un tel messager. L’aïkido n’est-il pas la voie de l’union, de l’harmonie, de l’amour ?
Oui, c’est bien cela mais l’aïkido est pratiqué par des humains ou des apprentis tels.
Ils sont pleins de leurs doutes quant à eux et déclarent pour se rassurer: « mon maître est le meilleur » avec un implicite que je caricaturerai de la manière suivante : « étant l’élève du meilleur, je ne peux pas être mauvais, et surtout, ce que je dis ne peut pas être remis en question ».
D’autres, pour qui être sur un gros bateau est une garantie quant à la route à suivre, vous diront sans rire : « nous sommes dans la seule organisation reconnue par le … par l’… et cela fait de vous des incompétents, des marginaux délirants, des suppôts de Satan ».
Il y a aussi ceux qui s’accrochent au mythe de l’origine, la terre pure : « mon maître est le seul qui ait véritablement été le seul unique absolu vrai disciple du fondateur, et tout autre discours que le sien dont je suis l’unique authentique interprète, est à ranger au rayon des élucubrations ». Ils ignorent probablement que le seul remède efficace, quand on est ainsi dévoré par le doute, est la sincérité.
Alors, les grands groupes et leurs fantassins, les groupuscules et leur super-héros, les grands maîtres et leurs valets, les petits maîtres et leurs adorateurs, tous ensemble nous réinventent les royaumes combattants et la belle harmonie n’est plus que lettre morte, le délire d’un vieux barbu sénile.

Dieu merci, l’aïkido n’est déjà plus si moche que cela. Des personnes s’ingénient à réunir ce que d’autres veulent absolument diviser. Ils oeuvrent pour faire se connaître ces montagnes qui voudraient se battre et grâce à eux des progrès ont été accomplis. Horst est de ceux-là et Aïkido Journal est un message. Son contenu contribue à faire entendre que la pluralité est possible, mais plus encore, le fait qu’il soit est le message. C’est un lieu où tous les aïkido sont réunis, cohabitent, coexistent.

« Horst, tu fais un travail courageux, tu fais que l’on entende toutes les voix qui veulent bien parler. Aujourd’hui, le maître, c’est toi, celui qui montre la voie sans juger celui qui la suit ».
J’ai écrit à qui voulait l’entendre que, selon mon point de vue, enseigner, c’était dire où l’on regarde, d’où l’on regarde sans dire ce que l’on voit.

« Tu regardes vers l’avenir de l’aïkido, depuis ce présent dans lequel tu es en avance sur ceux qui sont encore tournés vers le passé ». Je n’ai pas de doute sur le fait qu’un jour, l’aïkido réussira à être une immense assemblée d’authentiques chercheurs d’harmonie.
Il y a une dizaine d’années, j’avais écrit un livre, « Apotropée ». L’apotropée, c’est un chant dont le but est d’apporter la paix. Un des poèmes de ce livre s’appelle : « l’homme qui te hait ». Je le dédie aujourd’hui à ton oeuvre de paix, Aïkido Journal :  
L’homme qui te hait

L’homme qui te hait ne te hait pas complètement.

Il hait en toi une aspérité, une émergence que peut-être tu ignores.

Il hait une parcelle de ton histoire mais cela n’est pas toi.

L’homme que tu hais n’est pas celui que tu vois.

L’homme que tu hais aime ses enfants,

Il a une mère qui pense à lui tendrement,

L’homme qui te hait ne voit pas en toi cet espace où tu sais t’émouvoir,
L’homme qui te hait ne voit que le dur l’ancien, le sombre en toi

Parce qu’il n’arrive pas à trouver en lui-même la lumière

L’homme que tu hais est un être universel comme ton propre fils,

Il a cette profondeur que tu n’arrives pas encore à sentir, ni en toi ni en lui,

Il porte, au milieu de tout son chargement de dépendances, de souffrances, de souvenirs collectifs lancinants, de blessures encore vives, un espoir : toi.

L’homme qui te hait ne ressent pas tes frissons de bonheur

Quand tu vois ton enfant faire ses premiers pas,

Il n’entend pas les accents rauques de ta voix

Quand ton aimée se glisse dans tes bras


Il est aveugle à la joie comme tu es sourd à sa demande,

Il est  sourd à  1’espoir que tu mettrais en  lui

S’il entendait 1’espoir que tu mets dans ceux que tu aimes.

L’homme que tu hais ne sait pas pourquoi tu le hais

Personne ne sait jamais quelle est la cause de la haine.

Elle n’est jamais ce que 1’on en dit.

Toute haine est bien fondée. Aucune n’est juste.

Ce que tu dis injuste dans ce qu’il est, il le voit juste en lui

Ce que tu dis juste  en  toi  est  injuste pour lui.

N’oublie pas que l’homme que tu hais est une âme…

L’homme qui te hait a une âme, mais il ne sent pas que tu sens,

L’homme qui te tue tue ce que tu hais en toi.

Il n’entend pas plus l’appel de ceux qui t’aiment que celui de sa profondeur.

Il est dans une détresse insurmontable parce qu’il n’a pas su convertir sa haine en demande.

Alors, il se hait et tue en toi ce qui en lui est insupportable

L’homme que tu tues porte en lui cette étincelle de lumière qui fera rejaillir les flammes de l’amour.

Vous qui vous entretuez, pleurez, non pas du mal que vous vous faites, mais de celui que vous avez fait au monde en ne vous rencontrant pas.

Oh, mes amis, quelle souffrance va encore engendrer ce sang versé dans le désert ?

Combien de générations vont-elles reprendre à leur compte ces chants de haine,

Et combien d’enfants, pas encore conçus, ne sont-ils déjà que des gorges offertes au couteau,
Des regards tendres et francs pour nourrir des haches?
  終わり

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