Atémis et points de pression en aïkido

par le Dr John H. Riggs III


Dr John H. Riggs III à Midland.

Morihei Ueshiba a créé l'aïkido dans la première moitié du siècle dernier après avoir étudié divers arts martiaux et disciplines spirituelles. Il a été influencé par plusieurs styles traditionnels de jiu-jitsu, en particulier le Daïto ryu, et par les mouvements et déplacements du kenjutsu (art du sabre) et du sojutsu (art de la lance). Son point de vue philosophique a été façonné par le Bouddhisme, le Shintoïsme et la religion Omoto-Kyo. Ceci l'a profondément convaincu de la nécessité d'un art martial supérieur consacré à la préservation de la vie.

L'efficacité martiale de l'aïkido est l'objet de vives controverses. Ses techniques souples et fluides ont amené des pratiquants d'autres arts martiaux à mettre en doute son efficacité au point de douter qu'il s'agisse d'un véritable art martial. Ses mouvements qui ressemblent à de la danse donnent souvent l'impression d'un manque d'efficacité martiale. Par exemple, on peut lire sur le site Web d'une école de Daïto-ryu : «Si vous effectuez une technique et que votre partenaire sourit, c'est de l'aïkido ; s'il hurle, c'est du Daïto-ryu» (1). Ce même site affirme qu'en Daïto-ryu il faut connaître les points vitaux et que l'on utilise fréquemment les coups frappés, alors qu'en aïkido les coups sont enseignés dans une certaine mesure, mais ils ne sont pas recommandés. En développant l'aïkido, Ueshiba a créé un art martial reflétant sa vision du budo : une voie, une manière de vivre pour le monde, visant à la préservation de la vie et la restauration de l'harmonie.

Néanmoins le fils de Ueshiba, Kisshomaru, a indiqué que l'aïkido, malgré son apparence «douce», comportait de nombreuses techniques permettant de désarmer et de soumettre un attaquant de manière foudroyante (2).
Dans cet article nous traiterons des racines historiques de ces «techniques foudroyantes», souvent négligées, auxquelles Kisshomaru Ueshiba faisait allusion. Pour simplifier, les termes de kyusho jitsu, kyusho (points de pression, points vitaux) et atémi seront utilisés pour décrire aussi bien les points d'acupuncture que les points anatomiquement faibles dans l'application des techniques d'aïkido.


Origine des atémis aux points vitaux

On peut retracer l'origine des coups portés aux points de pression (ou points vitaux) au développement de l'acupuncture par les guerriers Ksatriya de l'Inde antique et aux arts de frappe, de projection et de lutte qu'ils pratiquaient(3). L'art appelé vajramukti comportait diverses techniques spéciales pour frapper les points vitaux du corps (frappe du tigre) ainsi qu'une technique énergétisante appelée maha suklaja qui visait à perturber les fonctions des organes internes.

Il semblerait qu'au départ ces techniques aient été développées en expérimentant sur des prisonniers de guerre, et que plus tard elles ont été utilisées comme méthode de premiers soins par les médecins ksatriya. De toute évidence depuis l'antiquité il existe un lien historique étroit entre les arts martiaux, les points vitaux et la médecine (4).
Les aptitudes des ksatriya ont été préservées dans l'art bouddhiste du kempo et ont été transmises aux temples chinois qui les ont raffinés et cataloguées. Les moines Shaolin ont considérablement développé le chin-na, art de saisies et de contrôle, ancêtre de tous les arts à base de clés et d'immobilisations, qui utilise pressions et frappes sur les points vitaux. Plus de mille ans d'étude ont permis de découvrir différents points qui peuvent provoquer des maladies ou la mort. Le dim mak, l'art de la «touche mortelle», est issu de ce mariage des arts martiaux et de l'acupuncture. Avec le temps, le nombre des points vitaux a évolué, et les pratiquants ont inventé des procédés pour les mémoriser et s'entraîner à les frapper.

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