Saïgo Takamori - L'Envers du décor V

Le dernier samouraï ?


par Henry Liberman – Photo 09/06/2017 à Wiesbaden

Avant de reprendre le cours de notre récit, il nous semble bon de réitérer ce qui nous a menés à nous pencher sur la carrière de Saigo Takamori: c’est son rôle – posthume – de héros modèle pour les générations de terroristes d’extrême-droite et d’aventuriers hyper-nationalistes,  des fondateurs de la Genyosha (Société de l’Océan noir) de la Kokuryukaï (Société du fleuve Amour dite aussi du Dragon noir, le nom chinois du fleuve) à Mishima en passant par les jeunes officiers fascisants de la Sakurakaï (Société de la fleur de cerisier) qui se réunissaient dans le dojo Kobukan d’un certain Ueshiba Morihei. Ce que nous voulons montrer, c’est que là encore la correspondance entre l’image et la réalité est des plus ténues.

Pendant que Saigo menait la vie d’un gentilhomme de province dans son exil sur l’île d’Amami la situation à Kagoshima avait considérablement évoluée, et Hisamitsu, le père du daïmyo en titre s’était rapproché des jeunes samouraïs radicalisés menés par Okubo Toshimishi, le futur homme d’Etat de l’ère Meiji. Un pacte solennel fut passé entre le daïmyo et les ”loyaux servants” du Seichugumi qui allaient constituer le fer de lance de la poussée du domaine de Satsuma vers le pouvoir au niveau national. Un des buts que s’était donné le Seichugumi était de faire revenir Saïgo de son exil. Dès 1859 Okubo pouvait assurer son ami que son retour était proche. Trois ans après, Saïgo était toujour sur Amami et désespérait de pouvoir revenir un jour à Kagoshima et d’y jouer un rôle politique.

L’agitation des Seichugumi qui ruaient dans les brancards et parlaient de quitter le domaine pour aller faire la chasse aux étrangers et aux partisans des Tokugawa à Kyoto et Edo allait donner un argument de poids à Okubo : il réussi à persuader Hisamitsu que seul Saïgo avait suffisamment d’autorité pour calmer les impatients et empêcher ces têtes-brulées de faire capoter la stratégie élaborée par Nariakira: s’appuyer sur la cour impériale et le mouvement sonno-joï (révérer l’empereur et chasser les étrangers) pour faire pression sur le Bakufu et obtenir une participation au pouvoir.

C’est ainsi qu’en février 1862 Saïgo débarquait à Kagoshima. Pour reprendre le chemin de l’exil quatre mois plus tard…

Pris entre la mission que lui avait confiée son daïmyo et les shishi qui considéraient Saïgo comme un martyr de la cause impériale et qui maintenant voyaient en lui u

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