Horst Schwickerath

A voir comment se comportent les uns à l'égard des autres les membres de la famille Aïkido, on peut se demander si le projet du Fondateur de «rassembler tous les Hommes en une seule famille» est une si bonne idée. Car si c'est ça la famille…

Passons sur les rebondissement du processus d'unification des deux grandes fédérations françaises. Nous publions dans ce numéro une prise de position de l'une d'elles, la FFAB, et attendons de recevoir celle de l'autre fédération, la FFAAA , pour la publier à son tour. Les Gaulois sont querelleurs, nous le savons depuis les bancs de l'Ecole communale (nos ancêtres…) Mais il semblerait que ce n'est ni un gène en -ix, ni le coq totem qui soit ici en cause. Comme les différents Fronts de libération dont se gausse les Monty Python dans « La vie de Brian», les différentes écoles ou styles d'aïkido sont malades de scissionite aiguë. Et si nous avons déjà évoqué ce problème dans ces colonnes, la situation s'est aggravée à un point où il convient de crier : « Halte !»

Prenons par exemple ce qui est advenu de l'héritage de trois grand maîtres incontestés après leur départ vers le Grand Dojo céleste : Morihiro Saïto, Hirokazu Kobayashi et Shoji Nishio. Leurs cendres étaient à peine refroidies que leurs écoles respectives éclataient en deux ou trois fragments mutuellement hostiles. Et que l'on ne nous parle pas de «la richesse de la diversité». Il ne s'agit pas de développements de styles différents mais de querelles de frères (et sœurs) se disputant l'héritage paternel (ou dans certains cas ce qu'ils croient être cet héritage qui n'a été en fait été légué à aucun d'entre eux.).

Le sectarisme ne fleurit pas seulement entre «groupuscules». Plus triste encore est la situation rapporté par Gaku Homa, ancien uchi deshi de O Sensei à Iwama, qui dirige le Aikido Nippon Kan à Denver dans le Colorado. Lors de la fête de Taï Saï, célébrant l'anniversaire de la mort de O Sensei, au sanctuaire (Aikido Jinja) d'Iwama, les personnes associées à Hitohiro Saito se virent refuser l'entrée du lieu où son père servit le Fondateur des années durant, puis se consacra à répandre son message. De même Stanley Pranin et son Aikido Journal, qui ont tant fait pour faire connaître la véritable histoire de notre d scipline, ne peuvent plus tenir de stand sur le terrain du sanctuaire. L'Aïkikaï a-t-il besoin de cela ? Quel intérêt y aurait-il à imposer une pensée unique et à jeter l'anathème sur les dissidents ? De quelle contagion veut-on ainsi protéger les pratiquants ? Ou bien par «une seule famille» entend-on la famille Ueshiba ?

Pour que notre position soit claire, précisons : nous sommes persuadés que sans l'Aïkikaï tel que l'a développé le premier Doshu (et Koïchi Tohei !) et son travail pour répandre l'aïkido de par le monde, aucun de ceux qui, à tort ou à raison, critiquent la «maison mère» n'aurait mis les pieds dans un dojo d'aïkido. Tout au plus quelques centaines de Japonais et une douzaine d'Occidentaux se retrouveraient entre Tokyo, Ibaraki et Osaka pour pratiquer un art obscur et sans avenir.

Dans l'entretien qu'il nous a accordé et que nous publions dans ce numéro, Jean-Claude Aegerter, vétéran de l'aïkido suisse dit : «Dans l'aïkido il y a différentes formes: il y a l'aïkido, et il y a l'aïkido politique. Peut-être que dans dix, quinze ans ils vont comprendre que l'aïkido, ce n'est pas la politique. C'est destructif pour le travail.» C'est bien là le problème : si les dissensions et le morcellement organisationnels n'affectaient en rien les pratiquants, tout cela ne serait que folklore. Mais tout cela crée autour de l'aïkido une atmosphère qui risque fort et de décourager nombre de pratiquants lassés de la contradiction flagrante entre les paroles de paix et d'harmonie et la réalité. Car les protagonistes de ces guérillas sont aussi souvent des enseignants et on ne voit pas comment ils pourraient disjoindre leur attitude dans la pratique de celle sur le " champ de bataille " burocratico-sectaire.
vIl serait temps qu'à tous les niveaux les pratiquants, ceux qui trouvent plaisir et joie sur le tatami, fassent entendre leur voix et forcent tous les protagonistes à mettre leurs actes en accord avec les idéaux qu'ils professent.

Nous souhaitons une bonne fin d'année et des fêtes toutes de paix et d'harmonie à tous nos lecteurs et lectrices, et de rouler d'un bel ukemi dans la nouvelle année.

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