SCOOP 1969-2014 45 ANS D’AÏKIDO : LE BILAN !

2ème partie

Olivier Gaurin
Olivier Gaurin

Moyen d’analyse de l’actif et methodologie : les deux uniques topiques d’apurement de l’aïkido

Deux traits vraiment majeurs qui remettent un peu d’ordre ici dans ce que je viens de dire. Et qui permettent de vérifier une justesse de l’aïkido, chez qui que ce soit. Ces deux traits sont :

1) Est-ce que ce qu’il démontre de son savoir, ce senseï, marcherait avec une femme qui fait la moitié de son poids, ou un(e) enfant de 12-15 ans qui fait 1m40, « affûté(e) » comme une moule? Et là… problème, n’est-ce pas ?

2) Et à l’inverse : est-ce que ce qu’il fait ou ce qu’il enseigne à des partenaires beaucoup moins forts que lui en général marcherait avec un gros balourd genre catcheur charcutier complètement débile ? En général : non, pas du tout non plus (vous avez d’ailleurs remarqué, lors des démonstrations - Enbu-kaï - c’est si évident : Uke en général est presque toujours un plus chétif et plus agile et surtout beaucoup plus léger en aïkido que celui qui fait la démonstration).

Passif 2 : Est-ce que je vois le mal partout ?

Cette ouverture au savoir écaillé du «Maître » est utilisée ainsi comme un moyen de domination sur l’imaginaire d’écaillure protectrice des oignons. Quand à parler de « connaissance », là, on entre dans les marais de l’incertitude dans presque tous les cas. Et c’est à la fois une incertitude de propos, de sources, et de causes de l’aïki, mais aussi ignorance de ses effets théoriques ou pratiques : « Quelles influences votre mouvement a finalement sur Uke? ». Oui, dans l’attaque, dans le mouvement, dans la saisie qui se dégage de tout son corps focalisé sur vous ? Mais c’est bien pourtant cette incertitude multiface, cette méconnaissance faite de certitude personnelle, qui devient sur le tapis untel ou untel la norme d’un espace-temps unique : celui du senseï (et non de chacun de ses élèves justement !). Avec le trop fumeux «nagare » qui fait figure de d’incontournable, « force et vitesse et surprise», on y revient, sont les trois mamelles de l’aïkido actuel. Ce qui est pourtant l’exact contraire de ce qu’il faudrait trouver, quoi ! Visiblement, ici, le plus fort (le senseï donc le premier) gagne à tous les coups. Les autres ramassent les miettes… ! Ce schéma fait frémir au court-bouillon… quoi ? Oui, il fait frémir chez les pratiquants : de la pseudo-jouissance, exactement comme dans la trilogie classique «du maître, du juge/gendarme, et de l’esclave » (chacun choisissant peu ou prou son rôle en fonction de la jouissance qu’il retire de sa position relative aux autres). Pourtant cette « jouissance» ferme les élèves sur un destin « d’aïki-creux », «phasmatique », au lieu de les ouvrir à ce devenir si particulier d’un «aïki-causal », déterministe, qui devrait dire exactement le contraire : « Le plus fort n’est pas forcément celui qu’on croit et je peux vous le prouver ! ».

Actif 2 : Le professeur, le senseï vraiment mature ?

Le professeur mature n’enseigne donc pas « son » aïkido aux autres, à des oignons destinés à sa propre cuisine, mais justement l’aïkido que ceux-ci peuvent parvenir à faire émerger avec leurs propres forces, et « d’où, et de quand ils sont ! », peut-être même mieux que lui. C’est alors « de l’aïki de par eux », car exprimé avec leur germe personnel et pour eux-mêmes. Ce n’est donc pas ici une copie d’aïkido, ni conforme et ni formatée, et pourtant elle possède tout des caractéristiques de l’aïki fondamental : ce qui est difficile à comprendre pour beaucoup, je le conçois aisément, puisque dans les apparences, les différences entre un « bon » aïkido et un aïkido « d’imitation » sont souvent de détails, détails très précis dont l’importance est justement inversement proportionnelle à leur visibilité ou leur lisibilité. Et le senseï mature fait ce travail toujours sur et à partir de ces caractéristiques des fondamentaux originels de l’aïki à mon sens (le « Aï » donc et le « KI »). Et de cette façon à la fois l’aïki ne se perd pas, et ni n’est standardisé comme un produit de grande consommation, ni transformé en une imitation imparfaite ou incomplète. D’où la question double, indispensable en aïkido aussi: « Quels sont les savoirs justes, et quelles sont les connaissances pertinentes qui les sous-tendent ? ». Ce qui revient à me demander ce qui fait socle (passé) et solde (futur) à la fois à ces savoirs et à ces connaissances. Et cette question des socles et des soldes de l’aïki me semble importante. Car, hormis « le coup de génie » - ce que je n’ai jamais vu en aïkido ou très peu, comparativement au génie de ses sources historiques s’entend - c’est ce qui fait origine à ces savoirs et à ces connaissances, qui leur donne leur légitimité ou non, leur justesse ou non. Or, la légitimité comme le juste n’existent qu’en fonction non d’un «mieux que…» mais en fonction d’une « adéquation à…


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