Rester élève

Shu ha ri


Léo pendant notre entrevue 1 mai 2013

Il est fréquent et politiquement correct de dire qu’un enseignant apprend autant de ses élèves qu’ils apprennent de lui. Bien entendu, enseigner permet de prendre conscience de choses qui nous auraient sans doute échappé si l’on était simplement resté élève. Les questions qui nous sont posées par les pratiquants, et la façon dont ils résolvent les problèmes, sont notamment de riches sources d’évolutions. Pour autant cela n’est qu’un des éléments, et probablement le moins important, qui permettent à un adepte de progresser. Les autres moyens principaux étant la pratique, la recherche, et enfin l’étude auprès d’un maître.

Shu ha ri
Le processus d’enseignement des Budos se caractérise par les étapes shu, ha et ri. En simplifiant, shu est l’étape de l’imitation. C’est une période durant laquelle l’élève doit imiter le maître. L’essentiel est de reproduire de façon aussi fidèle que possible ce qu’il réalise. C’est une étape frustrante, qui ne laisse pas de place à l’interprétation. Mais elle permettra à l’adepte de découvrir les principes et stratégies de la discipline, et surtout l’obligera à s’oublier soi-même en mettant de côté ses préférences et réflexes naturels.

Les uchi-deshis personnifient parfaitement cette période. Si l’on considère que les élèves d’Osenseï s’entraînaient une moyenne de trois heures quotidiennes, et que nombre d’entre eux partaient enseigner après quelques années, on peut prendre le chiffre de 5 000 heures comme indicatif de la durée MINIMALE de la période de shu. Pour des pratiquants “moyens” qui s’entraînent deux fois une heure et demie par semaine hors vacances scolaires et font quelques stages, cette période durerait donc … vingt à trente ans.

La période ha est celle de l’exploration. L’adepte est alors capable de reproduire fidèlement et avec une certaine efficacité les formes qu’il a étudiées. Etant souvent devenu enseignant, il commence à expérimenter les possibilités que peuvent offrir des variations, et même des changements importants dans ce qu’il a appris. Me considérant à cette étape, je n’ai aucune idée de sa durée moyenne, mais je crois qu’on peut imaginer sans grands risques qu’elle prend AU MINIMUM autant de temps, c’est à dire 5 000 heures. C’est une étape que connaîtront peu de pratiquants.

Et c’est enfin ri, la période de la maîtrise. A ce stade l’adepte n’agit plus en réaction à l’enseignement qu’il a reçu, ne cherchant ni à le copier, ni à s’en écarter. Sa pratique pourra être proche, comme très différente de celle de son maître. Elle sera dans tous les cas une incarnation libre et légitime de la discipline. Rares sont naturellement les adeptes qui atteignent ce stade.

Si métaphoriquement la période shu correspond à l’enfance où l’on imite ses parents, et la période shu à l’adolescence où l’on agit en réaction à eux, ri correspond à l’âge adulte. Celui où nos actes, similaires ou différents, ont le poids des enseignements reçus et de nos expériences.
Bien entendu ceci est une présentation simplifiée de shu ha ri. En pratique les stades sont perméables, et les allers-retours entre les différentes étapes, nombreux.
Les enseignants contemporains
S’il y a encore des enseignants qui ont pu consacrer des milliers d’heures à leur formation,


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