Apprendre à apprendre


Léo pendant notre Entretien …

Les étapes shu, ha et ri dans l’apprentissage des traditions martiales japonaises sont connues. En simplifiant on peut dire que shu correspond à l’imitation, ha à l’exploration, et ri à la maîtrise. Mais si shu ha ri peut être ramené à l’étude d’un mouvement, il s’agit évidemment à la base des grandes périodes de la vie d’un pratiquant. Je souhaiterai aujourd’hui me pencher sur les étapes beaucoup plus réduites de l’étude d’un mouvement.

Des techniques incroyables
Les techniques martiales traditionnelles japonaises sont des outils très subtils. Ils ont pour but de permettre à un adepte de survivre à une confrontation face à un ou plusieurs adversaires qui lui sont physiquement supérieurs.
Si le curriculum d’une école comporte plusieurs étapes de difficultés croissantes, même les premières techniques ne peuvent fonctionner après quelques répétitions (j’entends par là les quelques premiers milliers de fois où on la réalise). Alors qu’une vision superficielle peut donner l’impression que les techniques sont des leviers ou des frappes que l’on peut maîtriser en quelques heures, la réalité est toute autre. La véritable efficacité de ces mouvements les rend… littéralement incroyables. On ne peut y croire. Un geste dans lequel un regard non averti ne verra qu’un levier permettant une amélioration insuffisante du rapport de forces pour qu’un vieillard maîtrise un adversaire aux capacités physiques largement supérieures, fonctionnera de façon incompréhensible. Parce que la technique fonctionne lorsqu’il y a eu modification de l’utilisation du corps. Modification qui a été obtenue… en travaillant notamment la technique.

C’est donc la recherche d’un effet “incroyable” qui permet de l’obtenir. Mais pour cela il faut d’abord avoir conscience qu’un tel effet est possible, et on ne peut en avoir la certitude qu’après l’avoir ressenti, expérimenté dans sa chair.
Malheureusement aujourd’hui les adeptes capables de faire preuve de capacités trop belles pour être vraies sont souvent des mystificateurs.
Il m’a fallu longtemps avant de croiser la route d’un maître capable de prouesses incroyables. Il s’agissait de Tamura senseï. Et lors de mes recherches ultérieures, peu parmi les nombreux experts que j’ai rencontrés avaient développé des compétences incroyables réelles, même si beaucoup en faisaient des démonstrations… Si vous n’avez pas encore rencontré de tels adeptes, je vous invite à continuer à chercher. Soyez curieux, explorez, car la découverte en vaut vraiment la peine.

Reproduire la forme
Lorsque l’on débute la pratique martiale, on a tendance à se focaliser sur la fin d’un mouvement, ce qui arrive à aïte. Mais il ne s’agit là que d’une conséquence de la réalisation juste de toutes les étapes antérieures. Se concentrer sur elle empêche de voir le cheminement qui permet ce résultat. En conséquence on voit de nombreux pratiquants prendre des libertés pour arriver à une fin présentant une ressemblance toute relative avec ce qui a été démontré.
La première étape de l’étude est la reproduction. A ce stade tori et uke doivent travailler en coopérant, chacun cherchant simplement à imiter les formes respectives qu’ont démontrées l’enseignant et son partenaire. Miracle excepté, le geste de tori ne peut produire le résultat escompté. C’est sans importance. Uke doit donc coopérer. Il doit effectuer une attaque correcte tant dans le temps, la distance et la forme que l’intention. En revanche il devra reproduire l’effet en s’accordant à tori.
A ce stade le rôle d’uke est plus difficile que celui de tori. Car sans savoir comment fonctionne la technique, il peut en reproduire l’effet trop tôt, trop tard, ou de façon incorrecte. C’est la raison pour laquelle dans les koryus, uke était toujours un sempaï. En Aïkido il est possible de limiter les erreurs en se concentrant sur une réalisation très lente du mouvement. L’enseignant devra aussi veiller à ce que lui ou un pratiquant avancé passe avec chacun de ses élèves en tenant le rôle de uke.
Lors de cette étape, les attaques rapides et/ou puissantes sont à proscrire. En effet, le stress provoqué empêchera uke de se concentrer sur la reproduction d’une forme précise, et contribuera à ancrer en lui des gestes approximatifs, et une tension dans ses réactions. L’enseignant devra être très vigilant à ce stade, beaucoup de pratiquants attaquant trop vite et trop fort.


Aïkidojournal n° 56FR


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