Utilisation des forces : Le Moteur de l’Aïkido ?


Olivier à Paris 2013

Si l’on compare l’Aïkido à une rutilante automobile, il y a en Aïkido ce qu’on croit voir (la “carrosserie” Aïkido), et il y a ce qui fait ou devrait faire marcher l’engin (son moteur). Pour une fois, soulevons le capot et parlons du cœur de ce moteur très particulier de l’Aïkido. On entendra souvent comme explication de ce “moteur : “C’est un système qui fonctionne sur la force du partenaire, avec des “échanges” (avant-arrière, en haut en bas, déséquilibres ceci ou cela, Omote et Ura, etc.), et avec des angles… et surtout, ah oui : des spirales ! ... et des carrés, et des cercles, et des vitesses, etc. “Bref, ça roule Raoul !”. Bon, moi je veux bien, mais ce qu’on vous explique là n’est pas le moteur de la voiture, ce sont juste ses “éléments de transmission” (boite de vitesses, embrayage, circuits divers, etc.). Parce que ce moteur, il est quoi, lui ? Quelle est sa particularité… son “concept” de fonctionnement ? Et finalement, a-t-il un “génie” spécifique ? Certains anciens professeurs parlent parfois encore du Yin et du Yang en Aïkido. Or, ces notions, venues bien sûr de la Chine taoïste vers les années 700, ont été nommées “IN” et “YO” au Japon. Les techniques d’Aïkido se nommaient même à leurs débuts, il y a quelques siècles : « Aïki IN no YO no Hô1 » (« la loi du Yin et du Yang de l’Aïki »). Et ce n’est pas un hasard. Bon, vous allez dire : “Olivier c’est un rabat-joie ! Parce que, oui, oui, le “Yin-Yang-peace & love”, ça, tout le monde connaît. Ce n’est pas très original. On s’en fout d’ailleurs. Donc : bla-bla-bla…”. Pourtant, passons ici sur “l’entraînement” en Aïkido, qui est juste un exercice de “répétition perpétuelle” en quelque sorte, pour apprendre en principe à bien se servir de la voiture. Ou, au mieux, c’est une sorte de plaisir ou d’approfondissement en course (parcours fermé du Dô), avec la même voiture, la vôtre, et avec d’autres. Non, ce que je veux poser comme question ici, c’est la question de sa naissance : “Étant posée une attaque ; quel est l’objectif le plus fondamental à inventer pour atteindre envers cette attaque la facilité de défense la plus parfaite ? Quel peut être le concept central, essentiel, à trouver ?”. Voilà la question.
Alors ? Eh bien il faut pour pouvoir répondre à cette question imaginer la forme de la célèbre spirale blanche et noire du YIN & YANG (IN et YO) sous une forme en 3D dynamique comme j’en avais mis une image dans le n° 50 de 2014 (et que je vais remettre simplifiée ici : voir ci-contre). Sinon, sans cette image, il n’y a pas de réponse proprement Aïki. Et c’est ce qu’on a généralement “oublié” de vous dire en vous parlant autrefois du Yin et du Yang.
Un modèle théorique de ce “moteur” …
Il y a plusieurs modèles possibles, mais prenons-en un très simple : ce sera une sorte de “beignet”, creux en son centre : un tore (dont les bases géométriques sont en volume un tétraèdre à 64 faces et, important, ! dont toutes les forces s’équilibrent en son centre. Mais c’est difficile de développer plus ici, désolé). Bien, ensuite imaginez que des lignes de forces tombent en tournoyant (même effet Coriolis que l’eau qui “s’échappe” dans le siphon de la baignoire) dans ce “trou” central. En tombant dans ce siphon-là, ces forces s’effondrent, puis changent de polarités … et ressortent finalement de l’autre côté à l’inverse de ce qu’elles étaient avant. Elles passent donc de Yin à Yang et de Yang à Yin à l’infini …
Or, qu’est-ce qui est intéressant dans cette image ? Eh bien ce n’est ni la force IN-ceci ou YO-cela qu’on aura prise pour exemple et qui permet de passer d’une polarité plus à une polarité moins (ou vice versa), c’est le siphon interne de ce tore, et son point d’équilibre central. Car TOUTE FORCE PASSANT PAR CE POINT PASSE PAR UN ÉTAT ZÉRO (son équilibre neutre) en changeant de polarité au sein de ce système !

Donc, THÈSE : l’aïkido, quelle est son énergie de base ? La réponse est, oui : LE VIDE ! Le vide comme concept systémique de “dépolarisation-repolarisation” des énergies ! Car en Aïkido tout mouvement devra trouver comment faire passer toute(s) force(s) mise(s) en action(s) au sein d’un mouvement, aussi bien par Uke (l’attaquant), que par Tori (l’attaqué), en son (leurs) point(s) zéro pour que ce mouvement fonctionne de façon “libre” (et notez bien le mot : ”Équilibre” => “Équi-Libre”, “Équi-Liberté”, ou : “libertés redevenues réciproques”). Vu sous cet angle, Tenkan, Enka, Tai-sabaki, Tori-fune, Kokyu-hô… est-ce que ça vous parle ? Car c’est cela le véritable “concept moteur” de l’Aïkido. Pas autre chose : l’utilisation du vide ! Ce n’est pas du tout l’utilisation de complétude des Yin et des Yang par eux-mêmes (à la limite et en ce point fondamental d’ailleurs on s’en fiche complètement des Yin et des Yang). C’est plutôt le fait qu’à un moment donné et très précis, on parvienne en se servant de techniques spécifiques dites justement “Aïki”, à créer ou à trouver “un vide” ou des “vides” (“MU” en japonais) qui permettent de changer instantanément les polarités des énergies mises en place par l’attaquant, ou les nôtres. Et donc cela permet : D’AMENER TOUTE FORCE À UN ÉTAT ZÉRO DE SA PUISSANCE pour la retourner d’un coup dans ses polarités (neutre <=> neutralisation). Une force devient alors une faiblesse, et vice versa.
Quelle idée absolument prodigieuse de ces anciens qui ne se sont pas fixés sur l’usage de la confrontation des forces, mais au contraire ont pris et développé ainsi “le vide” comme concept central de pertinence martiale ! Je vais vous donner ici trois autres exemples qui montrent ce que cette thèse signifie de façon pratique :

Les mouvements divins
Premier exemple : en un peu plus de 40 ans de pratique assidue, j’ai dû réaliser moins d’une quinzaine de fois ce qu’on appelle


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