« Sans Omote pour 2020 »

… dans cette image souvent hésitante qu’avaient les étrangers des Japonais au Japon …

Olivier Gaurin septembre 2012
Olivier Gaurin septembre 2012

Quand il fut enfin décidé il y a quelques années que Tokyo allait être de nouveau la prochaine ville olympique (2020), les hautes instances japonaises décidèrent de trouver une rengaine stigmatisante et populaire pour singulariser cet événement, un leitmotiv : une grande « idée fixe », comme le disait le compositeur Hector Berlioz. Elles auraient pu prendre la formule célèbre « URA WA NAI » qui signifie : « ne pas avoir de URA, ne pas avoir de « face cachée » ». Mais, et vous le savez peut-être déjà, celle qui fut choisie fut entièrement nouvelle et donna : « OMOTE NASHI ». Ce qui signifie au contraire : « SANS OMOTE », en français : « SANS FACADE » ou « SANS DÉTOUR ». Géniale trouvaille du sens qui joue toujours au Japon : « entre les quilles ».
Le consensus social, culturel, médiatique, politique et entrepreneurial autour de cette formule lapidaire fut énorme : on nous martela ainsi du « OMOTE NASHI » sans cesse à la télévision, à la radio, dans toute discussion, réunion, interview… et cela à tout bout de champ. À tel point qu’aujourd’hui cette formule du « OMOTE NASHI » est récurrente et fait partie du langage moderne courant.



« OMOTE NASHI » est donc non seulement devenu une « bonne résolution » qui court sur toutes les lèvres japonaises au moindre geste amical, mais plus encore elle est devenu en un temps record un véritable phénomène de société qui veut exprimer avant toute chose le naturel d’une action, d’un acte, d’une pensée, d’une démarche ou d’une parole.



Pour le Japon toujours hautement baigné dans le secret et les arcanes, les chuchotements de couloirs et des retours de vestes, il faut bien comprendre que ce « OMOTE NASHI » était à proprement parler une très bonne révolution. C’est en effet ici une révolution des relations humaines japonaises que de se dire « OMOTE NASHI » : une personne sans détour, directe et enfin « des-inhibée » (car à l’énoncé de la formule magique, on devient littéralement, personnellement et pour un court instant : un « OMOTENASHI »). Aussi parce que le Japon social et culturel est toujours, et encore aujourd’hui, animé dans les faits comme un grand théâtre constitué de cet « OMOTE » (la scène) : qui est ce que tout un chacun peut voir mais qui reste juste de l’apparence officielle (le Japon esthète, réglé et souriant), et d’un « URA » (les coulisses) : qui est, lui, ce qu’on ne voit pas, ou difficilement, mais où se déroule réellement le principal développement des liaisons et décisions concernant toute action à envisager, ou concernant ses relations sociales.


Imaginez donc, dans un pays comme celui-là où « URA » a plus d’importance que « OMOTE », ce que peut soudain signifier : « OMOTE NASHI » : Cela signifie qu’on le déshabille littéralement, cela veut dire qu’on lui enlève son « OMOTE », ses paravents. Cela signifie qu’on ne peut plus cacher « URA » justement par « OMOTE ». Et pour les Japonais c’est incroyablement terrible et à la fois fantastique comme idée : redevenir NATURELS, enfin NATURELS !
Il faut bien préciser que ce but premier de « OMOTE NASHI » fut extrêmement louable : remettre de la sincérité, de la spontanéité et de l’authenticité dans les moeurs et relations japonaises, et surtout, surtout, permettre de mieux communiquer avec… les étrangers. Car il s’agissait bien, en vue des prochains Jeux olympiques qui allaient en accueillir tant et tant, de remettre, passés les décors de cartes postales, un peu d’ordre dans cette image souvent hésitante qu’avaient les étrangers des Japonais au Japon : un pays et un peuple passablement incompréhensibles, habités de codex innombrables en forme de labyrinthes obséquieux, cachotiers par excellence, claniques ô combien, disciplinés à outrance, maniaques des bonnes manières jusqu’à la schizophrénie et finalement, malgré leur très haute courtoisie, absolument… impénétrables ! Bon, avec Fukushima en prime où bouillonnent toujours ses électrons, cela faisait beaucoup de casseroles à se trimbaler pour les jeux, en effet. Du coup « OMOTE NASHI » semblait être la solution de tous ces problèmes. Baguette magique : d’un coup, tout disparaissait derrière le… « naturel » !



Seulement, ben, cela ne fonctionna pas tout à fait comme ça. Ou du moins pas exactement comme le voulaient les inventeurs de la formule. Pourquoi ? Parce que les Japonais sont extrêmement polis, certes, mais également extrêmement malins. Ils se sont donc mis dès l’adoption presque obligatoire de cette formule à faire de « OMOTE NASHI »… un nouvel « OMOTE ». C’est-à-dire qu’ils ont construit en un rien de temps une nouvelle façon de « paraître naturels », tout simplement en se cachant derrière la formule (elle-même énoncée à voix haute tout en faisant) qui se retrouva à nouveau et toujours au devant de leur « URA ». Un nouveau « paravent » à URA fut donc trouvé illico


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