L’efficacité de l’aikido

Evidemment, il faut dans un premier temps définir ce que signifie efficacité


André Cognard 2011 à Bourg Argental

Je veux à travers cet article revenir sur la question de l’efficacité de l’aïkido. Il semblerait en effet qu’il y ait débat sur le sujet.
Evidemment, il faut dans un premier temps définir ce que signifie efficacité. Dans un deuxième temps, il est tout aussi nécessaire de préciser le cadre de référence de notre pratique. La réponse à la question de l’efficacité dépend évidemment du champ d’action dans lequel elle est posée.
En effet, quand je fais le tour des dictionnaires de français que j’ai à portée de main, j’y trouve ceci :
Littré édition en 7 volumes de 1969 :
- efficacité : qualité de ce qui est efficace.
- efficace : qui produit son effet
Nouveau Larousse illustré en 8 volumes dirigé par Claude Auger (avant 1928):
- efficacité : force, puissance de ce qui produit son effet
Nouveau Dictionnaire de la Langue Française par J.CH. Laveaux (1828)
- efficacité : signifie la même chose qu’efficace: la force, la vertu de quelque chose pour produire son effet.
Larousse étymologique et historique (Dauzat Dubois Mitterand 1964)
- efficacité 1495 J. de Vigny ; rare jusqu’au 17ème où il remplaça efficace.
- efficace 1155 du latin efficax : qui produit de l’effet.
Il semblerait qu’il y ait un certain consensus sur le mot et son usage. La mesure de l’effet, la constatation de celui-ci serait donc ce qui déterminerait l’efficacité de quelque chose. Cela implique bien sûr que ladite chose soit elle-même déterminée par une utilité, une destination.
À défaut de quoi, comment pourrions-nous juger de l’effet ? D’où ma seconde affirmation: il est nécessaire de préciser le cadre de référence.
Je n’entends pas ici participer au débat en cours mais plutôt y mettre un terme. Je pense que chaque prise de position s’organise à partir de points de vue d’autant plus divergents que les cadres de la pratique auxquels ils se réfèrent sont divers, voire antagonistes.
Entre ceux qui envisagent la compétition en aïkido, ceux qui le voient comme un rituel plus ou moins dansé, un art de combat de rue, un art de guerre applicable sur un champ de bataille, une manière de bouger pour améliorer son hygiène de vie etc., la liste est inépuisable tant les points de vue sont multiples et variés, souvent complexes et ambigus, confus, parfois ambivalents, opposés.
Mon projet n’est certes pas de dire quel est le cadre qui prévaut, quel est le bon point de vue sur l’aïkido. Il consisterait plutôt à dire, dans une certaine mesure, comment l’aïkido est efficace dans n’importe lequel de ces cadres.
Chacun a accès à soi-même au moyen de sa pensée, laquelle est le produit de sa conscience.
La conscience est un système complexe qui possède et utilise de nombreux outils que l’on peut diviser en plusieurs catégories.
Il y a la catégorie dont la caractéristique est la sensibilité. Il y a celle de la mémoire. Il y a celle de la vitalité. Toutes dépendent du sentiment d’être qui, au contact de l’altérité, se meut en désir d’exister. Le sentiment d’être se traduit dans la conscience soit par la capacité à dire « je » de manière irrévocable, soit par un doute quant à soi, quant à sa propre identité. Ce doute est bien légitime puisque l’altérité est le catalyseur du sentiment d’être en désir d’exister. Qu’est-ce qui peut justifier cette affirmation ? Le simple fait que nous naissons d’autres que nous-mêmes. Chacun est le produit de nombreux autres. S’ajoute à cela le fait que nul ne peut vivre en autarcie, que la vie est en sursis et que sa poursuite dépend de la nature, du milieu humain, mais aussi de l’accès à soi-même. Je dis que le sentiment d’être produit du désir d’être, source de tous les désirs, projets, rêves. Cela est vrai quand l’énergie du sujet est suffisante pour préserver l’accès à soi. Elle est toujours suffisante quand le sujet n’a aucun doute quant à soi, c’est à dire quand la question de l’identité n’est pas posée à sa conscience. C’est le cas de l’animal, c’est le cas de l’enfant jeune, ce n’est plus le cas chez l’adolescent qui au contraire est en plein questionnement. Il n’est qu’à voir l’importance que prend le regard des autres, l’appartenance à des groupes, l’obéissance à des codes, et la révolte contre tout ce qui est perçu comme « autre que soi », en particulier ce qui a été reçu des parents et de l’entourage proche, pour comprendre à quel point le « je » est flottant, à la fois apparaissant dans les tentatives d’être autrement et disparaissant dans les efforts pour être différent de soi, le « je » que l’on a été jusque-là. C’est dans le regard des autres que l’adolescent se sécurise mais pas n’importe quel autre, un autre très semblable, la première ressemblance étant d’être dans le même état de crise, d’être investi dans une recherche inobjectivable a priori. C’est ce qui explique le fait que ledit adolescent n’accepte aucune sorte de compréhension de la part de ses parents car il ne se comprend pas lui-même et ne peut accepter, ni d’être compris par autrui, ni d’être incompris, surtout pas d’être objectivé par l’adulte comme « adolescent, donc en crise d’identité ». C’est ce caractère d’incompris qui est le principe même de sa recherche, car sa conscience continue à fonctionner comme toutes les consciences : si elle savait ce qu’elle cherche, elle le serait déjà et par conséquent cela créerait une continuité avec ce qu’elle a été, alors que l’adolescent renie ce que sa conscience a été pour s’inventer nouveau. Il veut naître à lui-même par lui-même. C’est pourquoi tout ce qui a constitué son identité est remis en question. Il doute d’être né de ses parents, il ne pense plus appartenir à son système familial dont il rejette les valeurs, il doute même inconsciemment de son sexe et tout cela vient en particulier de ce qu’il ne pourrait pas habiter son corps en transformation avec la conscience qui était la sienne.
Face à cela, l’adulte responsable n’entre pas dans le jeu. Il maintient ses positions, défend ses valeurs, continue à parler au sujet qu’il a toujours connu et qui pour lui reste le même. Il n’essaie pas d’appartenir par démagogie au groupe de ceux auxquels se réfère l’adolescent, il renvoie à l’adolescent ses convictions, sa confiance en soi et sa vision d’une racine identitaire qui dépasse toutes les manières d’être, toutes les tentatives d’être autrement du jeune, sans les condamner pour autant.
L’adulte donne à percevoir son unité, l’exemple de sa cohérence devant la tempête psychique et émotionnelle, le chaos corporel auquel l’adolescent est soumis.
Certains peuvent se demander que vient faire cet exposé sur l’adolescence dans ce cadre. Il s’agit de décrire ce qu’est une crise identitaire. Tout ce que je viens de décrire s’applique à toute crise identitaire. Si l’on met de côté l’idée de crise et qu’on la remplace par recherche, les processus que nous pouvons


Le « je » se pense
a priori dans l’altérité.


observer sont les mêmes, la gravité en moins, sauf dans les cas pathologiques. Toute situation conflictuelle réactualise le chaos intérieur décrit à propos de l’adolescent.
Cette traversée de l’adolescence


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