Pourquoi l’aikidō plus qu’un autre art martial ?


André Cognard – Shugyoshu à Bourg Argental – 2011.

Qu’apporte-t-il que les autres arts martiaux n’apportent pas ?



Si l’on met de côté tous les poncifs dont on pare notre pratique, art de défense uniquement, utilisation de la force de l’attaquant, être zen, toutes choses qui pourraient s’appliquer à tant d’autres, que reste-t-il de particulier à l’aïkidō ?



Je pose la question et y réponds aussitôt. Je crois que ce qui le caractérise, c’est le « aï ».
D’autres budos ont un discours philosophique dont l’essence est le respect d’autrui, la paix et la compassion. Mais aucun ne va jusqu’à se donner l’amour comme ligne de conduite.



Kobayashi sensei disait volontiers qu’un « homme qui ne rêve pas est un homme mort ». Bien sûr, il évoquait là le fait de vivre avec une aspiration profonde, un idéal.
J’ai donc essayé de comprendre ce qu’était mon rêve et en quoi l’aïkidō m’était apparu comme le moyen de l’accomplir.



J’avais une véritable méfiance envers le mot idéal que je confondais un peu avec idéologie. J’avais subi la pression idéologique de professeurs de lycée qui confondaient leur travail d’enseignant avec le prosélytisme pour la cause marxiste-léniniste. Bien qu’adolescent, je percevais la nocivité de leur discours et de l’endoctrinement auquel ils se livraient. Je fus donc contraint de construire une ligne de défense intérieure contre toute forme d’idéologie pour préserver mon autonomie de pensée et, bien des années après, je me suis rendu compte que pour y parvenir, j’avais utilisé mon rêve d’aïkido comme arme défensive.



Je me souviens que j’avais eu des difficultés intérieures à organiser ma pensée à cause de ce qui m’apparaissait alors comme une contradiction, le rejet de l’idéologie et le discours philosophique véhiculé par l’aïkidō. Je ne voyais pas à cette époque que j’utilisais ce dernier comme antidote de l’autre car je n’arrivais pas à dissocier idéologie et idéal.


Pourtant, il est aisé de comprendre que l’idéologie est toujours de la pensée fabriquée par autre que soi alors que l’idéal est absolument intime. L’une invalide le « je », détruisant son autonomie quand l’autre le révèle et le renforce car il s’élabore dans une profondeur qui échappe à l’altérité.
Ainsi, je compris que l’homme qui ne rêve pas dont parlait Kobayashi sensei est mort parce que son « je » véritable, celui qui a demandé un corps, celui qui a désiré exister, s’est tu.



Pour parler de ce rêve que l’aïkidō permet et qui le différencie probablement de la plupart des budos, je vais évoquer des souvenirs personnels, non pas parce que je pense que mon histoire a valeur d’exemple, mais juste pour éclairer ma démarche d’enseignant d’aïkido.


J’ai eu le désir de l’aïkidō quand j’étais enfant. Je ne connaissais rien de cet art si ce n’est le nom. Je n’en avais qu’une représentation sommaire. J’étais incapable d’en dire quoi que ce soit si ce n’est que je voulais pratiquer et si l’on m’avait demandé pourquoi, j’aurais été bien ennuyé pour répondre. Ma représentation était en quelque sorte vide de contenu tangible et en essayant de me remémorer cette période avec objectivité, je peux dire que je percevais une aspiration, un désir qui me parlait de moi sans en dire rien de précis. Il faudra que j’attende ma rencontre Kobayashi sensei pour comprendre que cette perception d’un « je » intérieur alors indéfinissable avait été un moyen d’évasion, un outil de liberté. Grâce à cela dont je ne pouvais rien dire, j’avais construit des mondes différents pleins d’espoirs, de renouveaux. Je ne les discernais alors pas plus que je ne comprenais ce que serait cette pratique à laquelle je pensais aspirer. Mais ils étaient là comme la conviction qu’aurait un détenu condamné à vie qu’il va bientôt être libre, une conviction absolue construite contre toute objectivité.
J’ai pu analyser ensuite que ma déception quant à l’aïkidō que je rencontrai


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