Utiliser la force de l‘adversaire


Germain Chamot à Valence 04/2017

« En aïkidō, on utilise la force de l‘adversaire » : cette expression, employée à outrance pour présenter notre discipline aux néophytes, est devenue galvaudée.
Si l‘idée, derrière cette sentence, n‘est pas tout à fait fausse, il faut néanmoins préciser quelques éléments...


Qu‘est-ce que la force ?

Détaillons tout d‘abord la notion de force. S‘agit-il de force pure ? De force-endurance ? Ou d‘explosivité ?
La définition stricte de la force est : la capacité à effectuer un travail. Quelqu‘un qui soulève x kilos est fort pour soulever ces x kilos. Quelqu‘un qui soulève plus lourd est plus fort.
La puissance est la capacité à exercer de la force dans un laps de temps court. Quelqu‘un qui soulève aussi lourd qu‘un autre, mais plus rapidement est plus puissant.
Posséder une force-endurance plus élevée, c‘est soulever aussi lourd qu‘un autre, mais plus longtemps.

Cela est relativement simple à comprendre. En revanche, les choses se complexifient lorsque l‘on réalise que la force ne concerne pas uniquement le développement musculaire.
Pavel Tsatsouline, une référence mondiale concernant le développement de la force, le dit simplement : la force est une compétence. Compétence d‘aligner correctement ses segments pour transmettre correctement le travail des muscles, mais aussi compétence de contracter les muscles nécessaires au bon moment. Bien entendu cela n‘exclut pas le développement musculaire. Être fort cela s‘apprend et se cultive.


En Aïkidō
« Aligner ses segments, contracter ou relâcher ses muscles... » cela ressemble étrangement au travail que l‘on effectue lors d‘un cours d‘aïkidō … Cela signifie-t-il que l‘aïkidō vise à développer la force ? Cela dépend … Cela dépend de comment on pratique. Si le partenaire (Uke) travaille de manière statique, en figeant sa position, en serrant fortement les poignets, en résistant à un mouvement dont il connaît la direction … Alors oui, le travail de Tori va consister à développer de la force pour surpasser cette contrainte.
Certes, il ne s‘agit pas du même type de force que celui développé dans les salles de musculation. Le travail est plus spécifique, mais il s‘agit tout de même d‘apprendre à aligner ses segments, à trouver à quel moment contracter ou relâcher tel ou tel muscle, etc. Et au final, lors de l‘apprentissage, le corps se renforce et se développe, au niveau des muscles, des tendons, du système nerveux.
C‘est un travail envisageable et l‘aïkidō est pratiqué ainsi dans beaucoup de Dōjōs.

La limite de cette approche est double. Premièrement, en abordant les choses uniquement par le biais de la force (qu‘on appelle « ki » afin d‘éveiller un imaginaire de fantasmes), on ne peut pas vaincre plus fort que soi. Dans le cadre d‘un Dōjō cela n‘est pas trop gênant puisque le professeur qui propose ce genre de travail est souvent plus fort que ses élèves. Et s‘il arrive qu‘un élève soit plus fort que son professeur, il accepte généralement de laisser son enseignant réussir son mouvement car, après tout, c‘est le prof. Donc le professeur qui propose ce genre de travail, « en force » (et cela peut être réalisé de manière fine), se retrouve rarement dans une situation au sein de laquelle il est mis en échec. Il a donc peu d‘occasion de percevoir les limites de son approche. Qui, encore une fois, même si elle reste théoriquement limitée, peut tout à fait fonctionner dans la majorité des cas.

La seconde limite, c‘est qu‘envisager le combat uniquement sous l‘angle de la force consiste à oublier un élément essentiel : le combat c‘est le mouvement ! Si le faible peut vaincre le fort, c‘est parce qu‘il compense largement par ailleurs … en bougeant intelligemment !
Comment bouger intelligemment ? En utilisant la force de l‘adversaire !
D‘où provient la force de l‘adversaire ? De son attaque. Comment une attaque est-elle forte ?
En étant rapide …
En physique, l‘énergie mécanique, celle produite par l‘attaque répond à la formule suivante :
Énergie mécanique = Énergie potentielle + Énergie cinétique = (masse x hauteur de chute x constante gravitationnelle g) + ½ masse x vitesse de frappe²

En d‘autres termes l‘énergie produite par l‘attaquant est liée à sa masse, à la hauteur de laquelle l‘attaque « tombe » (dans le cas d‘une coupe c‘est assez explicite) et... à la vitesse.
La vitesse étant au carré, elle est un facteur prépondérant, par rapport à la masse. À masse égale, une vitesse légèrement supérieure produit beaucoup plus d‘énergie.
Que les choses soient claires : à vitesse équivalente, un bras plus lourd emmagasinera plus d‘énergie, c‘est évident. Mais la vitesse reste prépondérante.
N‘oublions pas par ailleurs que d‘autres facteurs, tels que la perception du rythme (Hyoshi) de l‘adversaire et des moments d‘ouverture (Suki) peuvent amoindrir le besoin d‘une frappe puissante.
Le coup le plus dangereux n‘étant pas le plus puissant, mais celui qu‘on n‘a pas vu venir.


La vitesse
Ainsi, la vitesse est un excellent moyen de produire une attaque puissante. Elle permet également de surprendre l‘adversaire. La dangerosité d‘une attaque est liée à sa vitesse, il est donc logique que ce facteur soit prépondérant dans le combat.
La vitesse signifie le mouvement. Et lorsque Uke produit un mouvement celui-ci peut être guidé, retourné, bref utilisé, par Tori. La sentence : « en aïkidō, on utilise la force de l‘adversaire » serait plus juste ainsi : « en aïkidō on utilise le mouvement du partenaire ».


Comment utiliser le mouvement du partenaire ?
Il y a plusieurs manière d‘utiliser un mouvement. On les classe en trois catégories :
esquiver, puis réaliser une …


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