Le corps d’aïkidō


André Cognard à Bourg Argental

L’aïkidō, si l’on veut le pratiquer sérieusement, implique que le corps reçoive un entrainement spécifique.

Un des points difficiles est le non-usage de la force physique. La réactivité ordinaire induit des réflexes dont l’essentiel est la mobilisation de la force musculaire. Lutter contre les décharges d’adrénaline qui provoquent l’augmentation générale du tonus musculaire est essentielle pour l’aïkidōka. C’est encore plus vrai pour l’aïkidō de Kobayashi sensei dont la gestuelle est très particulière. Les capacités psychomotrices nécessaires à celle-ci sont d’un niveau supérieur à ce qu’impliquent la plupart des activités physiques et sportives. Cet aïkidō est basé sur la complexité et impose une coordination très précise et des dispositions sensori-motrices spéciales. L’augmentation du tonus musculaire a pour objet de créer une sorte de carapace garantissant l’unité du corps et augmentant sa résistance. Cette réaction a lieu pour permettre une réponse massive, une action univoque supposée être efficace devant une agression. Elle constituait une réponse probablement efficace dans le cadre qui fut celui de l’homme préhistorique, elle peut peut-être fonctionner en face de situations de danger à condition d’accepter la violence comme légitime réponse à une agression. Certes, la mémoire génétique parle au tréfonds de notre inconscient et nous dit que la violence a toujours payé mais cette réponse ne peut pas, ne doit pas convenir à un aïkidōka dont l’action se fonde dans l’éthique. C’est précisément ce qui rend la technique d’aïkidō Kobayashi complexe car la réponse à une agression physique ou morale, dès lors que l’on s’interdit la violence, est forcément complexe. Or, la réponse instinctive, l’augmentation du tonus musculaire, handicape l’exécution de nos techniques dont la structure nécessite une multiplicité de mouvements dans le même temps et dans des directions divergentes tout en maintenant une parfaite cohésion. Cette multiplicité d’actions a besoin d’une structure conscientielle capable de la contenir, ou peut-être devrais-je dire de la penser, même si le cadre d’élaboration des gestes n’est pas psychique.

Il me semble donc légitime, pour toute personne qui pratique, de se questionner à propos de l’organisation du corps, en particulier en ce qui concerne la posture, les performances physiologiques et neurologiques de celui-ci.

En outre, la question de l’élimination des réflexes communs et leur remplacement par des moyens d’action plus sophistiqués imposent de s’interroger sur l’activité neuro-musculaire et ses liens avec l’activité psychique.
Il est impossible d’éviter la question de la posture psychique, pour le dire en employant les mots à la mode dans le milieu martial, le « mind set ». La question de la posture psychique ne peut guère être dissociée du « metsuke », surtout dans l’aïkidō de Kobayashi Sensei où il est impératif de ne pas regarder l’attaque et l’attaquant mais où la position des yeux est définie à partir de règles précises en fonction des techniques exécutées.

Bien sûr tout cela, si tant est que je puisse donner quelques éléments de réponses à ces questions, nous conduit à une interrogation plus large sur la question du changement. Qu’est-ce qui change en soi ? Comment cela change-t-il ? Ces changements influencent-ils notre mode de pensée et notre manière d’être ?

Quelle légitimité avons-nous pour proposer aux élèves un changement? Quelle déontologie doit s’appliquer si ledit changement est susceptible de modifier les comportements ? Comment construire une éthique du changement ?

Il y aurait là matière à écrire un livre conséquent. Je vais donc essayer d’être synthétique mais je vais devoir néanmoins couper cet article en plusieurs parties.

Ce sera donc un article à suivre qui traitera de la transformation du corps et des conséquences de celle-ci sur le psychisme, des problématiques évoquées ci-dessus à propos du changement. Enfin, la question de la déontologie me permettra peut-être de conclure.

Évidemment, la question de la maîtrise, celle du rôle du maître et celle de la définition du cadre de la relation suivront en parallèle le développement de l’argument. Je tenterai d’élucider l’ambiguïté naissant de la recherche de la liberté et de la position de disciple au cours de cet article.

En quoi un corps peut-il changer ? Nous connaissons les effets de la croissance depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, nous connaissons aussi ceux du vieillissement, nous avons une certaine connaissance des modifications que peut entrainer la répétition constante d’un geste. Cependant, en ce qui concerne cet aspect, les activités physiques communément pratiquées se limitent à l’augmentation de la masse musculaire, à l’hypothétique assouplissement et à la valorisation des réflexes. Ceux-ci sont développés comme des automatismes et cela même quand il s’agit d’utiliser des stratégies, celles-ci devenant des réflexes psychiques. Je ne peux passer sous silence les atteintes physiologiques qui peuvent découler d’une répétition intensive d’un geste sans tenir compte de l’ensemble de la structure posturale.

 Ces changements simples, importance et tonicité de  … lisez plus dans l'AJ 69FR

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