La survie de l’art

…les objectifs de l’aïkidō ne sont pas vraiment clairs !


German au cours d'une stage à Valence

Ainsi que cela a été évoqué dans le précédent numéro, le confinement que nous avons vécu ces derniers mois a eu un impact non négligeable sur la pratique de l’aïkidō et sur la manière dont nous percevions notre entraînement.
Nul doute que cette période aura pendant un certain temps des répercussions plus ou moins discrètes sur nos vies. Il est toutefois difficile de les distinguer clairement à l’heure actuelle.

L’aspect social de la pratique

L’impossibilité de conserver nos relations habituelles entre pratiquants semble avoir été l’aspect le plus difficile à vivre, plus que l’absence même d’activité physique. En effet, il est toujours possible de s’entretenir seul physiquement même si je doute que tant de pratiquants que cela s’y soient astreints, surtout sur la durée, car c’est une gageure que de s’auto-discipliner pour pratiquer seul. Bien souvent c’est le groupe, le dōjō, qui permettent, par émulation, de persévérer dans la pratique. Lorsque l’on se retrouve seul on peut très facilement avoir tendance à rester assis dans son canapé. La pratique solitaire nécessite de définir clairement ses objectifs et c’est souvent là que le bât blesse : les objectifs de l’aïkidō ne sont pas vraiment clairs !

Il me semble que ce point est digne d’intérêt à plusieurs titres, le potentiel d’amélioration étant important à ce niveau. D’une part, pour tenter d’arriver à une pratique plus qualitative, mais aussi, d’autre part, dans l’hypothèse d’autres confinements à venir, pour permettre une pratique solitaire suffisamment stimulante capable de perdurer.
Il est par ailleurs très clair que si les objectifs de notre pratique étaient plus définis, il serait bien plus aisé de communiquer efficacement au sujet de notre discipline auprès du grand public.

Communiquer
Pour l’heure, nous manquons gravement de précision dans l’expression des bénéfices qu’il y a à pratiquer l’aïkidō. Dire que l’on se sent mieux après un cours d’aïkidō ne suffit plus. Car c’est aussi le cas après un cours de yoga, de karaté ou de Crossfit. Certes, la communication auprès du grand public nécessite de simplifier le message, mais cela ne signifie aucunement être imprécis.

Le confinement aura mis en exergue les faiblesses structurelles de notre discipline. Nous ne savons pas trop ce que nous cherchons. Nous avons des difficultés à évaluer la qualité d’un pratiquant ce qui est très probablement lié à la compréhension de ce qu’est l’aïkidō. Pour certains, il s’agit d’un art de combat. Pour d’autres, d’une voie d’éveil. Pour d’autres encore, il s’agit des deux. Des compréhensions différentes impliquent nécessairement des pratiques différentes puisque les objectifs sont différents.

Pratique solitaire
Il me semble que l’aïkidō est encore trop souvent perçu comme un « jūdō où l’on se saisirait les poignets ». En conséquence de quoi, le travail en relation avec des frappes « pieds/poings » est généralement considéré comme secondaire. Je m’explique : pour un jūdōka ou un lutteur, le travail technique solitaire – à niveau intermédiaire – est difficile sans matériel. Il faut utiliser des sangles ou des mannequins, et cela remplace rarement avantageusement un partenaire. C’est éminemment logique puisque pour un jūdōka, il s’agit de faire faire quelque chose à l’autre : le projeter.

A contrario, un pratiquant de pieds poings peut effectuer une grande partie de son entraînement en solitaire. Il lui faut développer une manière de bouger spécifique afin de pouvoir esquiver les frappes. Il lui faut également apprendre à frapper puissamment et rapidement. Ces deux aspects du combat sont avantageusement développés seul. Le sparring n’est qu’un des aspects de l’entraînement du boxeur ou du karatéka, là où le travail avec partenaire est essentiel en aïkidō.

Si les pratiquants d’aïkidō prenaient davantage conscience qu’une part importante de leur art peut être pratiquée seule, les progrès viendraient bien plus rapidement, mais cela suppose de concevoir de quelle manière nous devons bouger pour esquiver une frappe ou effectuer une technique. Or, bien souvent, nous ne concevons pas qu’il est « nécessaire » de bouger de telle ou telle manière puisque le contexte de non opposition ne nous l’impose pas. Au contraire, nous répétons les techniques à la manière de notre professeur sans nécessairement comprendre pourquoi tel ou tel choix ont été fait.

Bref, la pratique solitaire est essentielle – comme dans tous les arts ou sports de haut niveau. Elle nous oblige à clairement définir nos objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. Et, in fine, cela a un retentissement positif sur notre art.

Les germes de la survie

J’ose rêver qu’un système martial bien conçu puisse porter en lui les germes de sa survie. Il serait aberrant de prétendre que l’aïkidō est un art de survie, d’adaptabilité, un art qui transforme l’individu et le rend meilleur et, en même temps, être incapable de l’utiliser pour empêcher sa propre disparition. Les outils permettant la sauvegarde de not … lisez plus dans l'AJ 75FR

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