Bas les masques

Un aïkidōka n’est pas susceptible de consommer du « prêt-à-penser 


André Cognard avril 2013 à Bourg Argental

Il fait ses opinions à partir d’une conscience structurée par sa pratique et il suit une voie, ce qui le met à l’abri des mouvements de panique d’une population qui semble habitée par des instincts moutonniers. Confronté à une situation à risque, il ne réagit pas en bêlant et en fuyant. Il ne suit pas le troupeau quand celui-ci se jette de la falaise, parce qu’un berger hystérique a crié « au loup ». Si loup il y a, il le combat.

Un aïkidōka doit être capable d’avoir un point de vue indépendant de la cacophonie médiatique et des élucubrations d’un gouvernement aux abois. Un aïkidōka sait que des informations contradictoires saturent la conscience et créent de la sidération. Il sait que la sidération est mortelle car elle réduit à néant ses capacités d’action.
La découverte de sa mortalité n’est pas une nouveauté pour lui. Il y a bien longtemps que, contrairement à big brother, il ne croit plus à sa toute-puissance et n’a pas à gesticuler de manière incohérente pour tenter de dénier son impuissance.
Un aïkidōka n’est pas un suiveur, il n’a pas besoin qu’on lui dise comment se comporter, que penser, et il ne prend jamais la peur comme guide. Il sait que la peur ne protège de rien. Au contraire, il n’existe pas de plus mauvais point de vue que celui qui nait de la peur. Aucune décision prise « par peur de » n’est bonne.
La peur engendre trois réactions. L’agression, la fuite ou la sidération. Agresser le covid n’est guère possible. Le fuir ? Pour aller où quand il semble avoir pris pied partout sur la planète ? Alors, rester hébété, confiné en attendant l’hallali ou l’arrivée du sauveur ?
Non, ce n’est jamais la peur qui dicte sa conduite à un aïkidōka et ce ne sera pas elle qui lui indiquera la distance à tenir avec autrui. La peur est en train de faire plus de ravages que le covid. L’autre était déjà une source d’inquiétude dans la promiscuité exécrable des grandes villes. Il deviendrait un danger permanent, une menace de mort ? La réponse instinctive à celle-ci, celle de l’animal acculé, nous la connaissons.

Il y a bien longtemps que les gestes d’hygiène sont pratiqués dans nos dōjōs. Désinfection régulière, nettoyage du dōjō à chaque utilisation. Il y a bien longtemps que le respect nous a indiqué quelles sont les bonnes distances et les bonnes manières, que nous avons éradiqué la familiarité. Il y a bien longtemps que nous avons institué les rites de purification et le lavage des mains n’est pas une découverte pour un aïkidōka. La distance avec autrui est fondée sur le respect, pas sur la peur. Si la peur de l’autre devient la règle, elle détruira l’humanité plus sûrement que ce trop fameux virus.

Un aïkidōka n’est pas un oiseau de mauvais augure et ne prononce pas des malédictions. Il connait la puissance des mots, leur impact sur la pensée et l’impact de celle-ci sur les actes. Il sait que ses actes fabriquent sa vie et déterminent son destin. Alors, il ne projette jamais de pensée négative sur l’avenir de qui que ce soit ou de quoi que ce soit. S’il constate que les choses ne vont pas, il travaille à les modifier et s’il ne le peut pas, il sait que c’est à lui de changer. Kobayashi sensei me disait : « Si ta vie ne te convient pas, change-là. Si tu ne peux pas la changer, change-toi. »

Un vaccin comme solution aux problèmes de l’aïkidō ? Aussi irréaliste et inefficace qu’un vaccin contre le covid 19. Le prochain virus ne consultera pas le conseil scientifique pour évoluer. Et son successeur non plus !
Un aïkidōka sait quand il faut renforcer sa posture, projeter son ki dans un geste, raffermir son centre et construire son déplacement. La réponse au covid et à ses successeurs, la réponse à la peur d’autrui, est le renforcement de l’immunité.

N’est-ce pas ce que produit notre pratique quand elle est conduite correctement ?
Les craintes que, semble-t-il, nombre de « professants l’aïkidō » expriment quant à son avenir et à son vieillissement est le résultat de l’impasse dans laquelle ils ont choisi de s’engager.
L’aïkidō comme sport, c’est nul. Il y a beaucoup plus amusant. L’aïkidō comme loisir, c’est nul. Il y a plus distrayant. L’aïkidō comme self-défense, c’est nul. Un bon vieux Lebel ou un Beretta est plus efficace. L’aïkidō comme religion, c’est encore plus nul. Le Wahhabisme est bien plus convaincant.
Bien sûr, si l’aïkidō est limité à ces cadres-là, il n’a aucun avenir et c’est tant mieux.
L’aïkidō, si on le respecte, répond à une demande qui est bien présente dans notre société. Ne les entendez-vous pas, ne les voyez-vous pas ces personnes en recherche d’authenticité, de profondeur ?
Jeunes ou vieux, ils sont là. Ils voudraient une pratique qui leur permette de sortir du choix entre la fuite en avant vers l’horizon invisible, masqué par la pollution produite par une économie condamnée au galop, et la régression écolo-bobo à l’apogée préindustrielle de notre civilisation.
Ils croient à l’avenir. Ils sont prêts à évoluer. Ils n’ont pas l’intention de faire la révolution, ils ne veulent pas conserver le passé, ils sont déjà orientés vers la dimension spirituelle de la vie. Ils sont nés avec le sentiment d’être et regardent déjà vers la profondeur.
Si l’on prend le temps d’écouter le message d’Ōsenseï, on comprend vite qu’il répond à une attente qui se précise aujourd’hui.
Bien sûr, on peut faire le gourou mais on ne fait pas le spirituel. Ou bien l’on a été initié, ou bien l’on continuera à gesticuler, quelles que soient nos intentions, et à chercher des justifications à une pratique privée de sa substance.

L’aïkidō est une voie martiale qui nous parle de l’essentiel : la vie et la mort. Le réduire à un sport, un jeu relationnel, c’est le tuer. En faire un business, c’est criminel. L’espoir immense qu’il peut susciter, si on ne le défigure pas, est exactement la réponse dont le monde a besoin. L’autre est mon oxygène. C’est en lui que résident mes espoirs d’évolution. C’est ensemble que nous pouvons trouver l’harmonie nécessaire au bonheur. Tant que je pense l’autre comme un danger, un concurrent, un rival, je ne peux pas faire avec lui le chemin intérieur qui nous fait passer de la position d’ennemis à celle d’adversaires puis de co-créateurs et enfin, d’amis.
La spiritualité de l’aïkidō : Faire passer l’autre avant soi.
Bien sûr, j’entends les objections : « Utopie ! doctrine religieuse ! etc.. »
Non. Bon sens, intelligence des relations, efficacité relationnelle et bien être, bien vivre ensemble. Votre aspiration au bonheur est légitime. J’ai depuis longtemps désigné notre objectif : l’harmonie efficace. Cela consiste à chercher et à trouver l’accord avec tout ce que nous sommes appelés à vivre. Comment est-ce possible alors que les menaces semblent se multiplier ?

Kobayashi senseï nous a enseigné ceci : « Quand vous regardez vos élèves, voyez comment ils sont parfaits. » C’est la position de départ de l’aïkidōka qui, parce qu’il n’a pas d’intention de changer l’autre, parce qu’il le reconnait dans sa perfection, désamorce le conflit avant qu’il dégénère. Bien sûr, si je songe au terrorisme ou aux guerres, ma position d’aïkidōka solitaire semble complètement désuète, mais les problèmes collectifs doivent être résolus par les collectifs et les problèmes individuels par les individus. Or l’aïkidōka, en tant qu’individu, se fait un devoir de ne pas ajouter sa voix au concert de gémissements des lâches et d’aboiement des agressifs, tous mus par la même peur. Il travaille à valoriser l’altérité, à développer la confiance entre les humains, à rassurer. Il partage sa force intérieure et renforce ses proches. Il ne doute pas de l’avenir, car avenir il y aura. Et il y fera face, car il se sent prêt à mener tous les combats qui l’attendent. Être budoka, … lisez plus dans l'AJ 75FR

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