Léo Tamaki

La deuxième partie


… pendant notre entrevue à Paris 2012.

N’as-tu pas trouvé tout ce que tu souhaitais chez l’un de ces maîtres ?

Malheureusement non, parce que ça aurait tout de même été plus simple. Chaque maître a sa conception de la pratique martiale, mais il n’y en a aucune qui correspondait exactement à ce que je cherchais. J’ai donc construit ma propre pratique grâce à des enseignements variés.
Par exemple Kuroda senseï et Kono senseï veulent arriver au même endroit, et font appel plus ou moins aux mêmes principes d’utilisation du corps. Mais maître Kuroda passe par la recherche du geste parfait, tandis que maître Kono utilise la confrontation à des situations concrètes. Le travail de Kuroda senseï est très cadré, tandis que celui de Kono senseï est très libre. Pour moi ces deux approches sont importantes.

Comment te situes-tu dans ton cheminement martial ?

Il y a dans le cheminement traditionnel trois étapes, shu, ha et ri. Pour simplifier, shu est la copie, ha l’exploration, et ri la libération.
A l’époque des samouraïs, shu pouvait prendre peu de temps. Pour certains adeptes qui allaient voir un maître en ayant déjà maîtrisé une école, cela pouvait ne durer que quelques semaines. Si la durée de cette étape pouvait aller jusqu’à une dizaine d’années, je dirai qu’en moyenne cela prenait moins de cinq ans. C’est une étape durant laquelle l’élève s’entraînait intensément et vivait souvent avec son maître. Ha, l’exploration, consistait à mettre à l’épreuve ce qui avait été appris, tout en faisant ses propres recherches. Ri, enfin, est l’étape où l’adepte s’exprimait librement, que la forme soit similaire ou différente à celle qu’il avait étudiée en premier lieu. En ce moment je suis à l’étape ha.

Penses-tu que le système shu ha ri convient aussi à l’Occident ?

Tout à fait. Par contre je crois que peu de gens le comprennent réellement. Aujourd’hui la plupart des experts qui sont 6ème, 7ème dan, particulièrement à la FFAB, sont des gens qui sont encore au stade shu, de la copie. Ce n’était pas normal de voir aux stages de maître Tamura des pratiquants qui avaient commencé 30 ou 40 ans plus tôt et qui étaient tous les mois ou toutes les semaines derrière lui, chercher à imiter. C’est un positionnement infantile. Passer à l’étape ha ne signifie pas que tu as dépassé ton maître. Cela signifie qu’il est temps maintenant de passer à une étape plus active de la pratique, à la recherche et l’exploration, qui finalement t’amèneront à la libération.
Senseï parlait souvent de l’aïkido comme d’une famille, et j’aime beaucoup cette vision. Là, les pratiquants collés à son hakama après 30 ans, c’est l’équivalent d’avoir un gosse de 45 ans chez soi. Il y a eu une erreur quelque part ! Et aujourd’hui ce sont ces pratiquants qui en sont restés au premier stade qui se réclament seuls légitimes, fidèles parce qu’ils allaient à tous les stages de maître Tamura. On n’est pas fidèle à ses parents parce qu’on continue à habiter chez eux. On les rend fiers parce qu’on est capable de suivre sa route dans le monde. Et senseï avait quelques élèves comme cela, comme René VDB ou Stéphane Benedetti. Et ce sont ceux qui sont le plus critiqués par les suiveurs. Oui ils avaient grandi, ils n’avaient pas besoin d’être chez papa tout le temps. Il y avait du respect, ils venaient régulièrement, et ils entretenaient des liens sans avoir besoin d’en faire la démonstration.


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